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FORT FORT LOINTAIN A FERME SES PORTES.

brothers of afshin ☾ travel far enough, you meet yourself


FORT FORT LOINTAIN

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Mar 23 Déc - 23:25




Sinbad, Jeiran et Hansel

pourquoi fallait-il qu'on fasse toujours avancer les choses qu'elles le veuillent ou non ? mystère. manifestement, personne n'avait jamais envie de les conduire gentiment par la main.

Il y avait là une belle différence entre le fait d'aller à La Sirène Amputée avec l'équipage de l’Écorchée, ou accompagné de Sinbad Septmers. Elle était moindre aux yeux de toute personne ne sachant pas ce qui s'était passé, et ce qui se passait encore, mais pour le matelot, elle se ressentait jusque dans son squelette qui tremblait de lui-même. Avec les membres de l'équipe au complet, Hansel se sentait protégé, dans sa bulle, complètement hermétique au monde extérieur, et rien ne pouvait lui arriver, ou juste du bien. Quand le capitaine l'emmena, sans lui laisser le temps de réagir, loin de son bien-aimé navire et direction l'aventure, l'ancien confiseur ne ressentit rien de comparable à cette bonne humeur qui le caractérisait quand il était dans le groupe, avec Lorcan et les autres. Plus de cocon protecteur, plus de jolie bulle bien ajustée, juste une gigantesque estafilade dans l'univers douillet qu'ils s'étaient tous les deux crées parmi les ombres de la cabine, et qui ne manqua pas de le faire frémir  de peur, pendant le voyage jusqu'à la porte d'entrée de la taverne. A l'intérieur, ce fut pire encore. En balayant la salle du regard, remarquant toutes les personnes qu'il connaissait, et toutes celles qu'il ne connaissait pas, Hansel eut l'étrange envie de faire demi-tour et de retourner bien à l'abri des regards d'autrui, à moins que son réel désir ne soit simplement de tuer sur place la vile créature qui l'accompagnait, ainsi que toute l'assurance dont il était capable, et son statut de légende qui n'arrangeait rien à son cas. Il devait jubiler entièrement, pendant que son matelot essayait de se calmer, pataugeant dans son incapacité à faire le vide autour de lui tandis que lui se déplaçait avec grâce, comme à son habitude, muni de son calme olympien. Le cadet se répéta silencieusement, lorsqu'il essayèrent de trouver une place dans tout ce brouhaha constant, que ce n'était après tout qu'un verre. Un simple verre pour fêter leur retour sur terre – comme s'ils en avaient quelque chose à faire. S'il parvenait à le croire, alors tout le monde ferait de même, et personne ne verrait en ces deux marins ce qui était caché à la vue de tous, et personne, personne ne les regarderait d'un mauvais œil.
Après quelques minutes à se frayer un chemin dans la foule, et à esquiver quelques bagarres d'ivrognes ou chansons paillardes – les mêmes que Lorcan fredonnait quand ils se gelaient le derrière, la nuit, en faisant leur tour de garde sur le pont, comme Hansel pouvait les détester d'ailleurs – il finit finalement par en avoir la certitude :  C'était une mauvaise idée. Non. C'était une très mauvaise idée. On observait déjà le capitaine, reconnaissable entre tous, on les évaluait du coin de l’œil, et sa nervosité n'allait qu'en s'accroissant. "On aurait très bien pu fêter ma promotion dans ta cabine, ça nous aurait évité bien des problèmes." glissa-t-il doucement à l'oreille de Sinbad, tandis qu'il se tenait presque à ses côtés, un peu plus en arrière, comme si le capitaine restait le préposé navigateur dans ce bar miteux. Hansel le laissait  faire, avec ses airs qui disait : Vas-y, je te laisse nous perdre. A gauche ou à droite ? La table du fond de la salle, ou celle qu'on peut apercevoir juste devant nous, déjà bien trop occupé par des habitants du quartier ? Allez. Mais je décline toutes responsabilités si on se fait brûler, idiot. Le monde extérieur ne lui avait jamais paru si violent et fade à la fois, capable des pires ignominies, et si riche en couleurs qu'il ne savait plus où donner de la tête. Un dur retour à la réalité qui ne manquait pas de lui donner le mal du pays, mais dans le sens inverse. Le navire était tellement mieux. Au moins avaient-ils la possibilité de tracer sans regarder en arrière, et de ne jamais rester pourrir au même endroit, comme tous ces gens qu'il pouvait voir à chacun de ses retours à Fort fort lointain. La force de l'habitude était la plus dure à combattre, ainsi que celle des préjugés, et des bonnes mœurs qui restaient encrées jusqu'à plus soif. Le brun siffla entre ses dents, tout doucement, comme si on aurait pu remarquer sur ses lèvres un quelconque signe de son exaspération. Il ignorait encore s'il allait pouvoir subir une soirée ainsi, autour de ces êtres là quand une silhouette attira son œil mordoré, un peu à l'écart, là où il y avait assez de place pour posséder un espace vital convenable, ou presque. C'était inespéré. Comme une lettre pour un condamné, arrivée juste à l'aube de sa pendaison. Ce ne devait pas être insurmontable, alors.
Du moins plus pour lui.
Après une courte pause, le sourire d'Hansel réapparut sur ses lippes, comme à l'accoutumée, et il reprit son rôle d'employé, ainsi que les vouvoiements qui était de mise. "Venez, si vous insistez." reprit-il après coup, paroles lancées à bout portant, suivies d'une raillerie bonne enfant, visant à lui montrer que ce n'était pas exactement l'endroit qui lui aurait plu, mais que cela lui convenait tout de même, parce qu'après tout, quel lieu sur cette terre pouvait égaler le navire de Septmers ? "Il y a une place là-bas, occupé par un homme très distingué. Après tout, vous avez raison capitaine, comme toujours. Cet endroit est exquis. On sert même ici des nectars qui sauront ravir votre palais." Le nectar n'était pas si mauvais que cela, après tout, et la personne concernée pas moins surprenante, mais il ne put s'en empêcher. Peut-être que quand on s'attachait à une personne, on ne pouvait plus faire semblant d'être tout autre pour cette dernière. L'un de ces problèmes dont il avait parlé juste avant. Pourtant Hansel s'enfonça un peu plus dans la pièce, jusqu'à arrivé à cette table où trônait, roi délirant et impressionnant, son inventeur préféré. Si Shéhérazade inventait mieux les histoires que quiconque, et que Sinbad les vivait avec une force incomparable, personne ne réparait de la meilleure manière possible un objet comme le faisait Jeiran. Le matelot l'avait vu à l’œuvre bien des fois, avant, quand il était encore de ce monde, et toujours il lui fallait cligner des yeux pour réussir à y croire. Cet enfant d'Afshin était un maître à créer, et on ne pouvait que l'admirer pour son travail, ou ne serait-ce que savoir qu'il existe, pour mémoriser son nom et toujours garder à l'esprit cet homme qui rendait sa science vivante, et la mécanique de ses créations si farfelue qu'il aurait fallu des années afin d'en comprendre ne serait-ce que la moitié. Hansel se souvint durant un instant de tout le temps qu'il avait passé à son atelier, loin de sa routine agaçante des tournées à faire, des bonbons à confectionner. C'était ces moments-ci qu'il regrettait, parfois. Et revoir Aurorefauve lui rendait le sourire de bien des manières possibles. "Jeiran !" s’exclama-t-il comme simple entrée, de manière à ce que l'interpellé relève la tête – il était souvent distrait, après tout. "Que fais-tu donc ici ? Tu désertes ton atelier ?" continua-t-il, accompagné de ses yeux couleurs malice, et d'un capitaine qu'il devait introduire dans la conversation comme il aurait aimé le faire depuis qu'il avait su que ces deux-là étaient né du sable de leur contrée. On faisait des individus parfaitement exceptionnels, dans les terres désolées. Profitant de l'instant, il se déplaça un peu sur le côté afin de laisser place à Sinbad, juste après avoir prononcé son nom. "Hm, tu ne vois pas d'inconvénient à ce que nous venions nous joindre à toi ? La taverne est aussi remplie que ta tête. Et puis, cela me permettra de vous présenter enfin l'un à l'autre." Il plissa légèrement les yeux, comme il le faisait lorsqu'il réfléchissait, et qu'il sentait que le vent allait tourner en sa faveur. Ou non. "J'ignore si vous vous connaissez déjà, mais, eh bien, voici le grand inventeur d'Afshin, Jeiran Aurorefauve. Et Jeiran, je te présente Sinbad Septmers, propriétaire de l’écorchée, et mon..." Il y eut une pause. Comme un bâillement de moucheron. Hansel cherchait un mot qui ne venait pas, comme coincé au fond de la gorge, retenu par mille autres complètement inconcevables. "Capitaine."
Pas de bourdes. Pas cette fois. Par pitié.
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FORT FORT LOINTAIN





⊱ pseudonyme : Zabolac.
⊱ tête mise à prix : Santiago Cabrera
⊱ crédits : LAURA et Tumblr.
⊱ arrivé(e) le : 01/01/1970
⊱ tes licornes : David Leféroce.
⊱ schillings : 0

⊱ ta race : Humain, même s'il a toujours rêvé d'être un nuage.
⊱ allégeance : Qui ça ?





Lun 29 Déc - 19:18



Jeiran & Sinbad & Hansel
Toi le frère que je n'ai jamais eu...


- Les petits poissoooons daaaans l’eaaaau…

Tout en fredonnant, Jeiran acheva de plier son morceau de papier de façon à obtenir un joli poisson blanc de la taille de la phalange de son pouce, et passa un élastique autour de queue dans un nœud excessivement compliqué mais savamment pensé par l’inventeur qui ne faisait jamais rien sans une bonne raison. Même si, c’est vrai, au premier coup d’œil, on était en droit de penser le contraire. Confortablement assis sur son banc fétiche au fond de la salle de la Sirène Amputée, l’ingénieux bricoleur s’occupait en attendant le retour de son assistante, et quoi de mieux pour s’occuper en attendant le retour de quelqu’un qu’en faisant du pliage.

- Nagent nagent nagent nagent nageuuuh…

Sans cesser de pousser la chansonnette (à voix basse, parce qu’il n’était pas encore l’heure de chanter comme un poissonnier à la taverne et que cette chanson des petits poissons n’était pas exactement le genre de chanson qu’on entonnait dans les tavernes quand on a trop bu), il déposa précautionneusement son poisson de papier à la surface de l’eau dans un verre abandonné là, et lorsqu’il le relâcha, le poisson flotta à peu près droit. Première victoire.

- Les petits poissoooooons daaaaans l’eaaaaau…

Délicatement, il donna une pichenette dans la queue du poisson, qui, grâce à l’élastique, commença à tourner à la manière d’une hélice, permettant au poisson de papier de nager dans son bocal improvisé.

- Nagent aussi bien que les grooooos… conclut Jeiran en chanson avec un sourire satisfait sur le visage. Il se laissa aller contre le dossier du banc, les mains croisées sur le ventre, regardant avec une certaine joie enfantine son poisson tourner en rond dans son verre. Prochaine étape, trouver un moyen de le faire aller sous l’eau. Peut-être en l’alourdissant avec du poivre, puisque le sel faisait flotter. Ou en inventant un nouveau genre de papier ? Jeiran se perdait déjà dans ses réflexions sans queue ni tête lorsqu’on déposa avec force une choppe sous son nez, le faisant sursauter – et faisait sursauter le verre, dont le poisson de papier s’échappa pour s’écraser lamentablement, à moitié désintégré par l’eau (ou était-ce de la bière rancie en fin de compte ?), sur la table. L’expression de Jeiran passa de la joie à la surprise, avant de finir sur une moue déçue, blessée, et boudeuse.

- C’est pas très gentil ce que vous venez de faire. Remarqua-t-il en levant un regard chargé de reproches vers son assistante qui n’eut pas l’air très impressionnée, ni même de se sentir coupable, la bougresse. Au contraire, elle se contenta de hausser les épaules et d’attraper son manteau resté sur sa chaise en ignorant l’air interrogateur de son employeur.
- Vous partez ? se sentit-il obligé de demander, car elle était bien capable de partir sans lui donner la moindre explication.
- Il y a encore du rangement à finir à l’atelier, et mon père m’attend pour dîner ! Mais je ne m’inquiète pas, votre poisson fondu vous tiendra compagnie à merveille. Bonne soirée !

Et, dans une danse de froufrous, sa bien-aimée-mais-un-peu-grognonne assistante s’en fut fermer la boutique sans se soucier de si son employeur adoré avait bien emmené ses clés avec lui. La dernière fois qu’il les avait oubliées, il avait été obligé de passer la nuit à la taverne parce qu’il ne savait plus où habitait la jeune femme, qui était la seule autre personne au monde à avoir les clés de l’atelier. Jeiran soupira, posa des yeux résignés sur sa choppe. Boire tout seul, ce n’était quand même pas bien folichon. Et il n’avait pas envie de fabriquer un autre poisson. Tout seul et abandonné dans son coin comme un enfant qui a fait une bêtise de trop, Jeiran Aurorefauve ne se lamenta pas sur son sort bien longtemps pour autant, d’abord parce qu’il était de nature joyeuse et optimiste, et puis parce qu’il était incapable de s’ennuyer bien longtemps et trouvait toujours de quoi s’occuper. Surtout, il ne sortait jamais sans deux ou trois outils pour bricoler, lui qui avait toujours besoin d’avoir quelque chose à faire de ses dix doigts, sans quoi il ne se sentait pas à sa place. Il sortit donc de sa poche une aiguille à percer, quelques bouts de métal, du fil de fer, un minuscule moteur à automate dont il ne savait que faire, et quelques petites vis, ainsi qu’un petit tournevis. Son équipement de poche pour s’occuper pendant les longues soirées ennuyeuses comme celles-ci. Il se mit au travail, et, rapidement, oublia le monde qui l’entourait, jusqu’à l’heure qu’il était et l’endroit où il se trouvait, pour s’absorber dans la fabrication d’une petite grenouille sur ressorts. En soi la bestiole n’avait rien d’extraordinaire (du moins aux yeux de Jeiran, quelqu’un d’autre aurait pu s’émerveiller de la précision du design, et du réalisme du mouvement de la grenouille lorsqu’elle sautait, ses pattes ni merveilleusement articulées qu’on jurerait voir la souplesse d’un véritable batracien) mais il aimait fabriquer ces petites bricoles pour son amusement personnel. Et puis, ça lui permettait de garder la main.

"Jeiran ! Que fais-tu donc ici ? Tu désertes ton atelier ?"

Il venait d’apposer la touche finale à sa grenouille (qu’il avait joliment décoré de gravures en forme de dentelle à l’aide de son aiguille) lorsque l’appel de son nom à quelques pieds de là l’arracha à sa rêverie. Le temps d’apercevoir le visage propriétaire de la voix et de connecter les deux informations à sa mémoire (ce qui prit quand même une ou deux secondes, car l’inventeur mettait toujours un peu de temps à émerger quand il était absorbé dans ses pensées) et un sourire vint illuminer son visage.

- Je ne déserte pas, j’ai voulu prendre une pause et ma nouvelle assistante m’a lâchement abandonné pour aller nourrir son père, ou que sais-je encore. Donc, je suis tout seul, et tu tombes à pic, Hansel Denougatine. Répondit l’inventeur en relâchant la clé de la grenouille, ce qui eut pour effet de la faire bondir avec grâce sur le jeune marin.
"Hm, tu ne vois pas d'inconvénient à ce que nous venions nous joindre à toi ? La taverne est aussi remplie que ta tête. Et puis, cela me permettra de vous présenter enfin l'un à l'autre."
- Qui ça, vous ? demanda Jeiran en toute innocence et avec le tact qu’on lui connaît, avant de lever les yeux vers le compagnon d’Hansel (qu’il n’avait absolument pas remarqué jusque là)… et de frôler l’attaque cardiaque. Seigneur. C’te blague.
"J'ignore si vous vous connaissez déjà, mais, eh bien, voici le grand inventeur d'Afshin, Jeiran Aurorefauve. Et Jeiran, je te présente Sinbad Septmers, propriétaire de l’écorchée, et mon... Capitaine. "
- Je crois me souvenir de vous, mais je n’ai pas tellement la mémoire des visages, pardonnez-moi capitaine… mentit-il sans grand talent et sans remarquer l’instant de profond trouble de Hansel, trop occupé qu’il était à ne rien laisser paraître du sien, pendant que la grenouille mécanique continuait joyeusement de sautiller autour de la table, indifférente au drame qui se déroulait au-dessus de sa tête et dont seuls deux des protagonistes se rendaient compte, et chacun des deux étaient focalisés sur un drame différent. Si Sinbad le Marin savait quelles tempêtes il pouvait déclencher dans la tête des gens qui l’entouraient, il serait certainement le premier surpris.  – Pardonnez-moi, ne faites pas attention à ces machins, et asseyez-vous, je vous en prie. Ajouta-t-il en rassemblant ses outils devant lui, sans pour autant les ranger. Bricoler était un moyen pour lui d’évacuer le stress et de se concentrer, et quelque chose lui disait qu’il allait avoir besoin des deux, ce soir.

Respire Jeiran, respire. Les yeux rivés sur ses outils comme s’il réfléchissait à ce qu’il allait faire ensuite, Jeiran tenta en vain de réprimer la bouffée de panique qui l’envahissait alors que son frère (son FRERE nom de Dieu !) prenait place à côté de lui. A. Côté. De. Lui. RESPIRE JEIRAN. Il avait beau ne pas le regarder, Jeiran ne pouvait pas vraiment ignorer son ombre sur la table ni sa présence à quelques centimètres de lui. Jamais de toute sa vie l’inventeur n’aurait espéré se trouver à nouveau aussi près du frère dont on l’avait privé vingt ans plus tôt, lorsque son père l’avait pris à part et lui avait intimé à grands renforts de menaces de ne jamais approcher son demi-aîné. Oh, il l’avait bien recroisé dans sa boutique quelques semaines ou mois plus tôt, mais cette rencontre fortuite avait eu l’air d’un mirage… Alors que là… Hansel avait-il la moindre idée du cadeau à la fois merveilleux et terriblement, FATALEMENT empoisonné qu’il venait de faire à son ami ? Non, certainement pas, sinon il se serait abstenu. Brave et innocent Hansel. Les doigts de Jeiran s’activaient déjà sur le reste des débris de métal qu’il avait amenés avec lui, créant sans réfléchir, dans le seul but de permettre à leur propriétaire de retrouver une certaine contenance. Rapidement, les petites plaquettes de métal se retrouvèrent découpées, pliées et assemblées de manière à former un lotus qui s’ouvrait et se fermait avec délicatesse, et un petit mécanisme à feu à l’intérieur faisait qu’une douce lueur dorée brillait à travers le métal percé de petits trous en son centre illuminait l’objet une fois ouvert, comme si des lucioles étaient enfermées à l’intérieur. Le tout ne prit à Jeiran que cinq minutes, temps au bout duquel il se sentit assez confiant pour reprendre la parole.

- Excusez-moi, j’étais distrait. Alors, comment s’est passé votre petit voyage ? Hansel m’a quitté la semaine dernière en me disant que vous repartiez à l’aventure, j’espère que l’excursion a été fructueuse. Mais pour un voyageur aussi aguerri que vous capitaine, j’imagine que c’était une promenade de santé. Lança Jeiran au hasard, trop heureux et terrorisé de pouvoir parler directement à son frère.

Tout de suite il se maudit, songeant à la banalité de sa question. Mais en même temps, ses neurones refusaient de trouver mieux pour le moment. Il doutait franchement que Sinbad soit des plus réceptifs s’il lui annonçait d’emblée ‘au fait, je suis ton frère !’. Donc, il se retrancha en territoire familier et surtout commun : Hansel.

- Pour lui, par contre… poursuivit-il en désignant Hansel du menton, un sourire bienveillant sur le visage. Ne me l’abîmez pas trop, ce n’est encore qu’un marin débutant. Je serais bien triste de voir revenir mon admirateur préféré tout cassé après un de vos voyages. Il est brave, mais c’est encore une tête de linotte qui a failli faire exploser mon atelier en bravant l’écriteau ‘ne pas toucher’ une fois !

Bon d’accord, ce n’était pas très gentil de taquiner Hansel de la sorte, surtout qu’au final l’atelier n’avait pas explosé et les risques n’étaient pas si élevés que ça, mais Jeiran avait vraiment, vraiment besoin de cette échappatoire. Tant pis, il payerait à boire à Hansel pour se faire pardonner. Peut-être même qu’il lui raconterait… non. Non, il valait mieux pas. Et, faisant semblant d’être à moitié concentré sur son lotus qui était maintenant décoré de gravures de plus en plus inutilement complexes, Jeiran s’interrompit avant de demander à Sinbad d’où il venait. Mieux valait s’en tenir aux banalité d’usage pour le moment. Pas sûr qu’il réussirait à ne pas se trahir si on en venait à des questions personnelles, et ça, Jeiran préférait éviter…
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⊱ pseudonyme : elf
⊱ tête mise à prix : luke evans.
⊱ crédits : swan, tumblr.
⊱ arrivé(e) le : 01/01/1970
⊱ tes licornes : poucet, cam et gil.
⊱ schillings : 0

⊱ ta race : pauvre mortel fragile.
⊱ allégeance : ni oui, ni non, tant qu'elle vient pas l'emmerder hein.





Lun 29 Déc - 21:12




Hansel, Jeiran et Sinbad
Les enfants prennent le bonheur partout où il se trouve.

Partir en voyage est une chose, rentrer de ce même principe en est totalement une autre. La joie n'est pas similaire, et même si le bonheur d'être avec son équipage est toujours présent, parfois il est bon de se retrouver à la capitale, de la recroiser du bout des doigts. Des terres il en a vu, autant que des îles perdues non loin de contrées qu'il a déjà explorées. Une semaine, il leur a fallu une sacrée semaine pour exporter des cargaisons de tissus et d'herbe à chat sur un petit bout de terre, non loin de sa contrée natale Afshin. Qu'il fut agréable de recroiser le soleil, de s'en imprégner jusqu'au plus fin fond de son être, voire même de parler un peu sa langue avec les quelques villageois. Il y a vu des sourires, et une négociation qui aurait pu très mal tourner à cause de l'intervention de son matelot encore trop jeune. Surprise faite, sa parole ajoutée à la voix grave de Sinbad fut appréciée des acheteurs et c'est avec une autre bourse pleine de schillings qu'ils purent rentrer. Le vent marin se mêle à la populace qui bouge, enfin le pont tombe, la terre l'accueille et c'est à ce moment précisément qu'il en profite pour embarquer Hansel loin des autres qui doivent s'occuper de la salle besogne - qu'il connaît plutôt bien, étant entre autres de laver le pont de fond en comble. Une mine réjouie accompagne ses traits, et un baluchon vieillot trône royalement sur son dos, contenant de quoi faire auquel cas il croiserait des clients désireux de cette herbe illicite. Tout paraît bien se dérouler, peu importe le froid, la neige qui tombe parfois sur l'immense château qui se déroule devant leurs yeux, du moins jusqu'à ce qu'ils rentrent dans le quartier miteux de la capitale, et la sirène amputée, connue pour son rhum loin d'être infecte. Est-ce qu'il lui arrive de se dire que rien ne pourra gâcher cette fichue journée ? Aujourd'hui, il peut l'affirmer. Quand bien même il fera amèrement regretter son cadet d'avoir pointé le bout de son nez dans une affaire qui ne le regardait pas, il gardera cette joyeuse surprise - qui il en est sûr lui fera plaisir - pour le lendemain matin. D'ores et déjà son nez est agressé par les odeurs qui grimpent au plafond de la taverne, une légère fumée embrouille son horizon et surtout des rires étouffés attisent ses oreilles. La maison des marins, l'endroit de refuge des âmes en peines qui se torturent l'esprit à vouloir dominer l'océan. Ils sont de ceux-là, probablement plus Septmers que Denougatine qui a gardé un amer souvenir de ses escales douteuses. A cette idée sombre un frisson lui traverse l'échine, et il préfère à la réalité s'en débarrasser derechef pour ne pas pâlir à vue d'oeil. En général, et surtout en ce lieu, il se retrouve seul ou accompagné de son second. Seulement, cette fois-ci c'est cette tête brune qu'il a voulu embarquer, sans savoir réellement pourquoi, certainement un attachement fait sans même qu'il s'en rende compte, un fil invisible qui prend de l'ampleur lorsqu'ils se retrouvent seuls dans sa cabine que personne n'ose ouvrir. Inspirant profondément les effluves aigres comme sucrées, il est coupé dans son élan par un Hansel qui ne peut s'empêcher bien sûr de faire une remarque perspicace. « On aurait très bien pu fêter ma promotion dans ta cabine, ça nous aurait évité bien des problèmes. » Comme toujours, il est le seul à monter son crâne d'idées saugrenues, autant avouer directement au monde qu'ils finissent dans le même lit, qu'ils sont amants et que l'un s'enflamme bien plus vite que l'autre. Ne préférant rien en répondre si ce n'est un rire sec sincère accompagné d'un roulement d'yeux dépité, à son tour il est à la recherche d'une table, de quoi discuter et qui sait finir le nez royalement dans l'alcool. Débauche est comme un point d'honneur à ce tableau trop parfait, surtout que sans elle, les mercenaires ne seraient pas ce qu'ils sont actuellement, tantôt craints, tantôt fascinés, détestés, ils vont de pair avec tout ce qu'il y a de plus pourri sur cette terre, à commencer par l'origine du mal selon la bourgeoisie. Pour se faire, il faut avant toute chose avoir ce rang spécifique, avoir parcouru d'autres endroits, ensuite avoir une certaine prédisposition à courir sous les jupes - ou les pantalons, mais ça, il n'est pas obligatoire de le préciser - et pour finir, une soif insatiable pour quelconque alcool, de préférence le rhum parce qu'il rime avec piraterie. Le résultat quant à lui est clairement visible, le corps change de la bonne ou de la mauvaise manière, tout dépendra alors de la façon dont la personne concernée a utilisé ces quelques éléments. Ne jamais en abuser, mot d'ordre clair et net - sauf quand il y a beuverie générale. « Il y a une place là-bas, occupée par un homme très distingué. Après tout, vous avez raison capitaine, comme toujours. Cet endroit est exquis. On sert même ici des nectars qui sauront ravir votre palais. » Oh bon sang, voilà qu'il joue les hôtes modèles en plus. Fronçant les sourcils, perplexe d'une telle parole, il le suit sans rechigner, curieux de découvrir cet homme très distingué qu'il lui offre sur un plateau d'argent. Toutefois il ne peut s'empêcher de redécouvrir du regard la décoration qui n'a point changé malgré les années. Insalubre, cassé, toutefois il y fait aussi bon vivre que dans une cour royale, les jardins en moins ainsi que les combats à la loyale. Ici l'idée sera plutôt de casser une bouteille sur une table et de crever l'oeil de son ennemi, beaucoup moins classe Sinbad en convient, cependant c'est assez efficace et impressionnant - si l'on veut épater la galerie à coup d'hémoglobine. Absorbé par cette scène imaginée, il en a complètement oublié Denougatine discutaillant joyeusement avec un autre homme assis à une table - seul, forcément. Il secoue sa tignasse foncée pour reprendre un peu mieux les évènements au vol et si les paroles d'Hansel se mélangent au brouhaha ambiant, il n'en retient qu'un Jeiran Aurorefauve. Une présentation. Pardon ? Serait-ce là un plan imaginé par le plus jeune pour qu'il se retrouve face à un autre ? Qu'est-ce qu'il peut bien avoir en tête ? Le capitaine lui jette un regard quelque peu étonné. Inventeur de surcroît ? Intéressant. Surtout quand il baisse les yeux vers la surface en bois massif et qu'il découvre une belle petite grenouille faites de ferraille qui saute sans s'en lasser, une création improvisée peut-être ? Gardant un sourire en coin de lèvres, son appréhension retombe aussi vite que possible. « Je crois me souvenir de vous, mais je n’ai pas tellement la mémoire des visages, pardonnez-moi capitaine… » Ses prunelles émeraudes s'attardent sur l'inconnu. Peau hâlée, dégaine du même gabarit.

Ils sont du même sable. De la même contrée, du même endroit aussi chaud que possible où un astre de plomb règne en maître sur les villages et ses habitants. Jeiran Aurorefauve, ce nom semblerait lui dire quelque chose, et c'est en s'asseyant qu'il se met à réfléchir. A l'instar d'une douce mélodie qui jamais ne part, il est convaincu de l'avoir déjà entendu quelque part, mais où exactement ? Durant l'une de ses sept galères ? Est-ce Hansel qui a abordé son cas ? Non, non, impossible. La mémoire courte n'est pas pour lui. Jambes croisées sous la table, ses coudes se posent sur le rebord avec une nonchalance déconcertante qui le définit plutôt bien. Jeiran, Jeiran, Jeiran. Pour peu il répèterait ce prénom entre ses lèvres, toutefois et histoire de ne pas ressembler à un être ayant perdu la raison, il s'abstient en le regardant tripatouiller de ses doigts de l'argent - ou quelconque autre pierre possible à travailler. Sa tête se penche sur le côté, l'inventeur est absorbé, c'est le processus de création qu'il lui offre sans rien lui demander en échange. Quelques minutes qui semblent secondes dans l'esprit de l'écumeur, une fleur insufflée d'existence vient à naître. C'est à n'en rien comprendre. Et à vrai dire, Sinbad ne cherche pas à savoir comment il a pu faire tel miracle en si peu de temps. Certains intellectuels du royaume se donneraient corps et âmes pour avoir une si bonne maîtrise du matériel. « Excusez-moi, j’étais distrait. Alors, comment s’est passé votre petit voyage ? Hansel m’a quitté la semaine dernière en me disant que vous repartiez à l’aventure, j’espère que l’excursion a été fructueuse. Mais pour un voyageur aussi aguerri que vous capitaine, j’imagine que c’était une promenade de santé. » Que de compliments pour sa petite personne, rien pour dégonfler un égo qui refuse de grandir encore. Il pince sa lèvre inférieure, haussant vaguement les épaules, et à peine a-t-il le temps d'ouvrir la bouche que l'illustre créateur reprend le dessus d'une voix plutôt assurée. « Pour lui, par contre… Ne me l’abîmez pas trop, ce n’est encore qu’un marin débutant. Je serais bien triste de voir revenir mon admirateur préféré tout cassé après un de vos voyages. Il est brave, mais c’est encore une tête de linotte qui a failli faire exploser mon atelier en bravant l’écriteau ‘ne pas toucher’ une fois ! » Un nouveau, il ne fait pas si bien dire. Pourtant en six mois, le trentenaire à en devenir n'a cessé de l'épater par sa réactivité ainsi que son envie de se perfectionner, et peu importe la matière, qu'il s'agisse de comment faire des noeuds ou d'apprendre à mieux se battre, il n'a jamais lésiné sur le travail, jusqu'à s'en durcir la peau des mains ainsi que tailler son corps à l'image de ceux qui crèvent pour une pincée de sel abyssale. Accordant une oeillade complice à Hansel qu'il pourrait comprendre entre mille, il rajoute naturellement. « Un inconscient, le plus beau spécimen existant à Fort Fort Lointain à ne pas en douter ! Et vos dires ne m'étonnent que très peu, c'est un empoté doublé d'un esprit noble, la perfection faite homme n'existant pas, il lui faut bien des failles qui nous poussent une fois ou deux à hausser le ton. » C'est en remarquant une serveuse passer qu'il se permet une petite parenthèse à cette discussion qui vient à peine de commencer. D'un mouvement de main il l'attrape par la hanche quémandant une bouteille de rhum pour ne pas faire tâche dans ce paysage de carnage - si plaisant et dégoûtant à la fois. La relâchant pour qu'elle vaque à ses occupations en gloussant, il se surprend à essayer de remettre le doigt sur ce prénom. Son visage ne lui dit rien, ou plutôt très peu, il paraîtrait radicalement inaperçu à Afshin, mais ce prénom. Il en grimace et en passe une main sur sa propre nuque pour la masser, frôlant de fait la chainette en argent qui tient son pendentif. Frustré, il l'est pour le pire, il s'en mord le bout de la langue sans savoir où il va. Il cherche dans le saugrenu, il pourrait avoir la présence d'un type des océans, toutefois ses vêtements paraissent trop beaux pour convenir à un gueux. Soit, inventeur, oui mais qu'aurait-il pu faire pour qu'il ait le mérite d'avoir une trace dans la mémoire de Septmers qui le découvre en ce moment même ? Trop de silence n'est pas forcément, il ne laisse même pas plus de temps à ses compagnons pour en ajouter une qu'il retrace le chemin en rétorquant. « Pour ce qui est de l'expédition, elle n'était pas mauvaise, même plutôt pleine de rebondissements. Bien loin d'être digne d'un ouvrage de contes, néanmoins il n'y a pas eu de pertes et c'est un fait que je ne peux négliger. » Ajoutant à cela un petit rire en coin de lèvres pour ponctuer sa phrase qui en dit juste assez sur cette semaine déjà écoulée. Tournant sa tête vers le concerné qui pose bien des questions et jacasse autant que lui, c'est en tapotant un peu du pied sur le sol qu'il pense avoir trouvé une piste. Mettre en commun ce qui lui est donné. Afshin, Jeiran, inventeur. Tout cela additionné devrait le jeter sur une piste quelconque, peu importe, ou bien ? Bouche à moitié ouverte, il laisse un petit silence planer avant de reprendre. « Votre prénom ne m'était pas inconnu. Le cheval enchanté c'est ça ? Je n'ai entendu parler de cette histoire que très tardivement, à vrai dire j'ai toujours pensé qu'elle n'était qu'une légende pour redorer les vieux murs de Mar-à-Calèche. » Petite pause, sa main droite se glisse sur l'épaule avoisinante de Jeiran, qu'il serre un peu certainement en signe de respect - ou bien d'allégresse. « En tout cas, il est plaisant de voir que vous existez en chair et en os et que votre esprit n'a de cesse de fonctionner, de ce que je peux en constater. » Poussant son argument d'un coup d'oeil vers la fleur s'ouvrant comme se fermant, il ne peut retenir une remarque envers le plus jeune des trois. « Je ne pense pas me tromper en affirmant que tu es irrémédiablement poussé vers ceux qui viennent de notre contrée. Tu devrais sérieusement songer à y élire domicile, Hansel. » Est-ce qu'il y croit un minimum ? Le cheval enchanté. Il s'en souvient maintenant, c'était même Kale qui était venu tout sourire lui raconter cette nouvelle bonne pioche pour Afshin qui de manière véridique, a attiré beaucoup plus de populace à la capitale qu'autre chose. Il lui avait affirmé sans aucun détour qu'un équidé fait de rouages avait vu le jour dans les dunes, qu'il avait emmené le conseiller du roi Shahryar dans le ciel jusqu'à ce qu'il disparaisse - et personne n'a tenu à le rechercher. Il n'avait pas souhaité le croire. En revanche, et ce qu'il y a d'amusant avec les racontars, c'est que plus ils se répètent, plus ils s'insinuent en quelqu'un, ils sont présents, jusqu'à pousser à bien vouloir s'illusionner quelques secondes. S'il est capable de faire en un temps-record des petites machines, alors pourquoi pas un étalon magique ? Parfois, il faut savoir ne plus se cantonner à la réalité, apprécier le rêve - et le capitaine comprend bien mieux pourquoi Hansel passe du temps dans son atelier. « Vous avez attisé ma curiosité en tout cas, et puisque nous avons été tissés dans un sable similaire, je souhaite savoir à quel point. D'où venez-vous exactement ? Hm ? » Et à ce moment précis, la serveuse revient avec son plateau, déposant sur le meuble deux verres vides ainsi qu'une belle bouteille de rhum déjà ouverte - une belle attention en perspective. La donzelle loin d'être farouche lui adresse en repartant un clin d'oeil peu discret auquel il n'en retire qu'un large sourire flatté, et servant un verre à son matelot comme à lui-même, c'est en prenant une gorgée de l'alcool des vagues qu'il se dit qu'il va peut-être falloir plus d'une bouteille pour pimenter leurs échanges. Le hasard dit-on. Dans leur cas il serait plus question d'un secret caché, et c'est bien connu qu'il en faut peu pour délier les langues.
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Lun 29 Déc - 23:12




Sinbad, Jeiran et Hansel

pourquoi fallait-il qu'on fasse toujours avancer les choses qu'elles le veuillent ou non ? mystère. manifestement, personne n'avait jamais envie de les conduire gentiment par la main.

C'était une bonne idée, d'avoir fait les présentations ainsi, du moins plus que celle de Sinbad. Hansel le pensait encore tandis que Jeiran le remarquait enfin – heureusement d'ailleurs, puisqu'il n'avait pas été discret, et que même si souvent l'inventeur était distrait, il n'en demeurait pas moins valide. Oui, il avait fait le bon choix, il savait que ces deux hommes se plairaient – pas trop tout de même, mais cela ne regardait que le matelot. En effet, ses deux comparses avaient de nombreuses similitudes au-delà même de leur contrée de naissance, de leur teint halée, et des sourires qu'ils pouvaient bien vous offrir jusqu'à vous couper le souffle. En commun, l'amour du travail bien fait, l'acharnement et des philosophies de vie qui se valaient, même si au premier abord Jeiran devait valoir un peu plus sur le plan de l'honneur que Sinbad. Lui n'était pas un pirate, lui n'était pas l'arnaqueur des sept mers, lui ne fréquentait pas son employé. Malgré ses paroles légères, le malaise de ce dernier n'allait pas en diminuant, bien au contraire, il doutait même qu'il s'en aille avant que tous les regards de cette pièce ne se soient évanouis dans la nuit, hormis un. Mais cela irait tout de même. Il fallait vivre dangereusement, ou ne pas vivre du tout, de toute manière, puis c'était trop tard pour fuir, et maintenant qu'ils étaient là, et qu'il avait trouvé un sujet de discussion convaincant, autant s'asseoir et advienne qui pourra. Vogue la galère. Ce qu'Hansel fit, après avoir compris que la place qu'il occupait à présent avait été celle de l'assistante de l'inventeur. "Alors tu as trouvé une assistante ?" se prit-il à dire, un peu pour lui-même, car il connaissait déjà la réponse. Un instant l'ancien confiseur songea que cela aurait pu être lui, l'assistant, s'il avait décidé de rester à Fort fort lointain. Il ne doutait presque pas qu'Aurorefauve l'aurait embauché, au moins à l'essai, et il aurait pu alors faire ses preuves dans son atelier,  un lieu qu'il adorait, au côté d'outils qui le fascinait toujours autant. Tout aurait été alors bien différent. Mais il avait choisi l'aventure, et était tombé amoureux de nouvelles contrées. La vie n'en finissait jamais avec quelqu'un, rien n'était encré définitivement, même le passé pouvait se modeler à la guise des plus futés, ceux qui refusaient de voir la vérité en face et qui s'en était inventé une autre. D'ailleurs, qu'en savait-il, peut-être qu'un jour nouveau ses pas le mèneraient dans l'antre de l'inventeur, ou pourquoi pas chez sa sœur. Bon, il y avait tout de même des chemins plus probables que d'autres – et celui qu'Hansel arpentait en ce moment n'en était pas. S'installant donc en face des deux fils dAfshin, il jeta un coup d’œil à Sinbad, qui lui-même observait l'inconnu. Il se fit tout petit durant l'espace de quelques instants, juste assez pour se redonner du courage et jouer son rôle pleinement, car il le fallait, pour son salut du moins. Au moins n'avait-il pas l'impression de mentir à son ami en se pointant avec son capitaine ainsi, mais les remords n'étaient pas bien loin, et il lui faudrait toujours détourner l'attention de sa propre personne pour se sentir plus à l'aise qu'il n'admettait l'être. C'était compliqué de jouer la comédie, c'était lassant aussi, et éreintant. On en venait même à se focaliser exclusivement sur notre propre mensonge jusqu'à en oublier les expressions des autres, qui ne trompaient jamais sur leurs pensées. S'il n'avait pas été un poil paranoïaque, le matelot aurait peut-être pu remarquer que ces présentations n'étaient peut-être pas finalement une très bonne idée, et que quelque chose clochait, quelque chose de secret et de très ancien. Mais bien entendu, cela aurait été trop beau, et surtout trop simple. Si la vie faisait souvent des cadeaux, il lui arrivait la plupart du temps de les imprégner de son poison dévastateur, à n'en pas douter. "Excusez-moi, j’étais distrait. Alors, comment s’est passé votre petit voyage ? Hansel m’a quitté la semaine dernière en me disant que vous repartiez à l’aventure, j’espère que l’excursion a été fructueuse. Mais pour un voyageur aussi aguerri que vous capitaine, j’imagine que c’était une promenade de santé." La discussion avait repris, après que tout le monde soit bien installé, le cœur solidement accroché. Le dénommé Hansel se tut, en songeant que cette question était plus faite pour un navigateur que pour un simple marin, et son rang voulait qu'il ne dise rien, ou juste quand il le fallait – la bonne blague. Ainsi il laissa à Sinbad le loisir de répondre, mais ce dernier n'en fit rien puisque Jeiran reprenait déjà, de sa voix qui était revenue à la normale, après coup. "Pour lui, par contre… Ne me l’abîmez pas trop, ce n’est encore qu’un marin débutant. Je serais bien triste de voir revenir mon admirateur préféré tout cassé après un de vos voyages. Il est brave, mais c’est encore une tête de linotte qui a failli faire exploser mon atelier en bravant l’écriteau ‘ne pas toucher’ une fois !" L'interpellé leva les yeux de la grenouille qu'il avait repéré derechef, énième création de l'inventeur des dunes, et ces derniers terminèrent leur course au plafond en signe d'exaspération. "Je ne l'avais pas vu, ton panneau !" rétorqua-t-il en faisant la moue, seul argument qui l'enfonça un peu plus dans sa gaucherie. Sa fragilité factice, ses bourdes en tout genre n'étaient pas inconnues aux deux hommes, et il fallait voir comme la moitié de Fort fort lointain le désignait comme enfantin, tandis que l'autre moitié s'en fichait bien. Une réputation dont il s'était débarrassé, un peu, parfois, du moins pour lui qui ne se voyait plus comme candide. Après tout, il était un pirate. Non ? Lui-même n'y croyait pas trop, mais au moins n'était-il plus le gamin collé aux jupes de sa sœur. Comme il put s'en douter, Sinbad suivit les paroles qu'avait prononcé Jeiran, non sans avoir au passage intercepté le regard de son amant qui se prit à esquisser un petit sourire tout de même, parce qu'il ne pouvait pas s'en empêcher. "Un inconscient, le plus beau spécimen existant à Fort Fort Lointain à ne pas en douter ! Et vos dires ne m'étonnent que très peu, c'est un empoté doublé d'un esprit noble, la perfection faite homme n'existant pas, il lui faut bien des failles qui nous poussent une fois ou deux à hausser le ton." Beh tiens. S'il n'avait pas été aussi touché par la nervosité, Hansel aurait rit, mais il ne le fit pas, et se contenta d'attraper la grenouille qui se trouvait de son côté, afin de s'occuper les mains, divertissement agréable qui prit fin lorsque ses yeux remarquèrent la serveuse qui s'était faite capturée par son capitaine, une main passée sur sa hanche. L'ancien confiseur aurait voulu n'en avoir cure, ne pas y faire attention, pour n'éveiller aucun soupçon, mais ce ne fut encore pas le cas, car son cœur ratait déjà un battement pour lui faire comprendre que la jalousie ne touchait pas que les autres. C'était idiot, mais tant pis. Il suivit distraitement du regard la jeune femme qui s'était empressée de quérir une bouteille, et cela réussit à occuper son esprit possessif tandis que ses deux camarades s'étaient engagés doucement dans la discussion. Assez distant, Hansel n'en retint que quelque mot, mais l'histoire que racontait Septmers ne lui était pas étrangère. Il connaissait Jeiran, à l'instar de son ami qui semblait se souvenir. Après tout, Aurorefauve était lui-aussi une des légendes d'Afshin, comment n'aurait-il pas entendu parlé de lui ? Dans tous les cas, le cadet était bien trop occupé par sa rivale – il lui en fallait peu – pour entrer complètement dans l'échange, mais il releva tout de même la tête, qu'il avait tourné afin de suivre la course de l'infortunée, lorsqu'il entendit une nouvelle fois son prénom. "Quoi ?" demanda-t-il en clignant des yeux, son attention revenant sur ses pas – c'était aussi parce qu'il avait remarqué que la serveuse revenait. "Oh." dit-il en comprenant, un sourire amusé venant s'étirer sur ses lèvres. "Je crois que je pourrais m'y faire, Sûrement, même, malgré la chaleur. Enfin, vous êtes beaucoup à avoir quitté Afshin, peut-être y'a-t-il là-bas quelque chose de potentiellement dangereux... Mieux vaut ne pas s'y risquer." Des paroles en l'air, dites sur le ton de la rigolade, ce qui l'aida presque quand la jeune femme revint avec leur commande qu'elle posa sur la table. "Merci !" ne put-il tout de même pas s'empêcher de dire à son intention, de manière si railleuse que cela se vit tout autant que le manège de la poissonnière. On ne se refaisait pas totalement, après tout. Coudes posés sur la surface en bois, mains soutenant son menton, Hansel reposa une énième fois son regard sur la discussion et essaya d'y faire plus attention, tandis que la grenouille l'appelait, que la serveuse l'énervait et que Sinbad lui servait un verre qu'il prit avec un autre remerciement bien plus poli. "Vous avez attisé ma curiosité en tout cas, et puisque nous avons été tissés dans un sable similaire, je souhaite savoir à quel point. D'où venez-vous exactement ? Hm ? C'était intéressant parfois de laisser parler les autres, d'observer leurs manières, leurs façons de faire en spectateur. Il eut envie de dire à Jeiran comment, une nouvelle fois encore, il était époustouflé par ses travaux, mais il se tut tout bonnement, en reprenant son jeu avec la grenouille, qui était de lui appuyer sur le crâne pour la faire sauter plus haut. Au moins ne disait-il pas de bêtise, et puis peut-être pourrait-il apprendre lui aussi quelque chose sur le passé des deux hommes, et d'un en particulier.
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⊱ pseudonyme : Zabolac.
⊱ tête mise à prix : Santiago Cabrera
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⊱ ta race : Humain, même s'il a toujours rêvé d'être un nuage.
⊱ allégeance : Qui ça ?





Mar 30 Déc - 20:14



Jeiran & Sinbad & Hansel
Toi le frère que je n'ai jamais eu...


Ignorant la mine renfrognée du pauvre Hansel qui maintenant boudait et ronchonnait, Jeiran commençait légèrement à se détendre, satisfait d’avoir réussi à lancer la conversation sur autre chose que lui – ou même autre chose que Sinbad. Il réussit même à rire de manière naturelle, ce qui n’était pas forcément chose acquise vu le début pour le moins chaotico-catastrophique de cette soirée aux yeux de l’inventeur, et probablement de lui seul puisque ni Sinbad ni Hansel ne semblaient remarquer quoi que ce soit d’étrange chez lui. Tant mieux, il n’avait aucune envie que ça se remarque, les explications n’avaient jamais été son fort, si en plus de ça il devait se lancer dans une plaidoirie pour convaincre Sinbad que si si, il avait un frère qu’on lui avait caché pendant plus de trente ans, il ne garantissait pas l’état de sa santé mentale à la fin de la soirée. Donc, parler de Hansel et de ses gaffes était un excellent compromis. Même si le concerné n’était pas forcément consentant, mais Jeiran se promit de lui offrir la grenouille (avec laquelle il semblait développer beaucoup d’affinités pendant que Sinbad attrapait une serveuse par la taille) en remerciement. Rassuré, Jeiran s’autorisa même à boire une gorgée de la choppe que son assistante lui avait apportée avant de partir. C’est vrai, tiens. Dans une autre vie, peut-être aurait-ce été Hansel qui lui aurait apporté son rafraîchissement. Peut-être aurait-ce été Hansel qui se serait pointé tous les matins à l’atelier, prêt à travailler d’arrache-pied sur les dernières fantaisies nées de l’esprit fantasque de l’inventeur. Jeiran avait la fâcheuse tendance d’être très perfectionniste et extrêmement exigeant envers les gens qui travaillaient avec lui, ce qui expliquait qu’il change d’assistant ou d’apprenti tous les quatre matins, ne trouvant jamais son bonheur. Hansel, c’aurait peut-être été différent. Le garçon avait l’esprit vif, la curiosité, et ce côté ingénu et imaginatif que Jeiran appréciait tant et que lui-même, en un sens, avait toujours, une sorte de regard enfantin sur le monde que certains trouvaient ridicule, mais que les gens comme Jeiran considéraient indispensable dans le monde de l’artisanat. Oui, Hansel Denougatine aurait été un bon apprenti, mais le destin en avait décidé autrement. A savoir, il avait décidé que son presque apprenti devait officier sous les ordres de son frère. Le destin avait vraiment un humour pourri, parfois. Jeiran laissa échapper un soupir qui pouvait passer pour de la compassion et ébouriffa les cheveux d’Hansel, ce presque apprenti pour qui il avait une affection presque fraternelle, ou paternelle même parfois quand il lui disait de ne pas toucher à ceci ou cela comme on rabroue un enfant pas sage. Mais rapidement, Sinbad capta à nouveau son attention.

« Votre prénom ne m'était pas inconnu. Le cheval enchanté c'est ça ? Je n'ai entendu parler de cette histoire que très tardivement, à vrai dire j'ai toujours pensé qu'elle n'était qu'une légende pour redorer les vieux murs de Mar-à-Calèche. »
- Oh, vous parlez de Janhangir ? commença à répondre Jeiran, avant de s’interrompre lorsque  Sinbad, dans un geste que JAMAIS l’inventeur n’aurait attendu de sa part, posa sa main sur son épaule. Jeiran sentit son cœur arrêter de battre dans sa poitrine avant d’exploser dans un feu d’artifice aussi douloureux qu’agréable. Ebahi, Jeiran regarda pour la première fois depuis son arrivée Sinbad dans les yeux, et dut faire un effort surhumain pour ne rien laisser paraître de l’émotion ridicule qui le submergeait. Tais-toi, foutu cœur. La main. De Sinbad. Sur son épaule. Brièvement, Jeiran pensa à Hansel assis à côté de lui. Il ne savait plus s’il devait lui casser la figure ou l’embrasser. Il pensa aussi à Taher, à la tête qu’il ferait s’il voyait son légitime bien-aimé avoir un tel geste de proximité envers son fichu bâtard. Une main sur une épaule, une légère pression, et des années de douleur passée sous silence, d’absence et de distance, s’envolaient des épaules de l’ingénieux inventeur.

« En tout cas, il est plaisant de voir que vous existez en chair et en os et que votre esprit n'a de cesse de fonctionner, de ce que je peux en constater. »
- Et oui, c’est vrai que Mar-à-Calèche avait bien besoin de faire revenir les touristes mais Jahangir est aussi réel que vous et moi, capitaine. Réussit à articuler Jeiran une fois que Sinbad eut relâché sa pression. Je n’ai toujours aucune idée d’où il est passé après s’être envolé d’ailleurs. Je me demande s’il me reviendra, un jour. Ajouta-t-il rêveusement, retombant déjà dans ses travers de jeune homme sur la Lune, perdu dans un monde fourmillant de pensées qui l’entraînait aussi facilement qu’un fétu de paille, même dans de pareilles circonstances. Après tout, la seule chose qui pouvait autant mobiliser son attention que Sinbad, c’était bien son cheval enchanté, son chef d’œuvre, la fierté d’une vie…

Ses pensées s’envolèrent loin, très loin au-delà de Fort Fort Lointain, au-delà des déserts d’Afshin, quelque part hors de portée des Hommes où, peut-être, Janhandir avait achevé sa course folle contre l’infini. Le conseiller ? Jeiran n’y pensait même pas, songeant uniquement à sa création, sa merveille, dont il se demandait sans cesse où il pouvait être à présent. Il ne se passait pas un jour sans que Jeiran ne pense à son cheval, dans lequel il avait mis tant d’énergie, de connaissances et d’espoir… un cheval qui, en un sens, cristallisait l’essence même du génie encore jeune alors de Jeiran. Un soupçon de créativité, une pincée d’intelligence, une dose de malice, et surtout, surtout, cette confiance absolue, presque religieuse, en sa création. La confiance d’un gamin qui n’avait plus rien à perdre que son cœur aussi pur que l’éclat de la robe de Jahangir. Et ça avait marché. Et au fond de lui, tout au fond, même dans les heures les plus sombres, Jeiran l’avait toujours senti. Jahangir était là, dehors, quelque part, et un jour, Jeiran le retrouverait. (quant au conseiller, lui, il l’avait complètement oublié cela va sans dire).

"Je crois que je pourrais m'y faire, Sûrement, même, malgré la chaleur. Enfin, vous êtes beaucoup à avoir quitté Afshin, peut-être y'a-t-il là-bas quelque chose de potentiellement dangereux... Mieux vaut ne pas s'y risquer." Plaisanta Hansel, ramenant Jeiran à la réalité.
- La seule chose dangereuse dont je me souvienne, c’est les coups de balais de mon ancien maître, maître Nouroz. Un brave homme, mais bien sévère. Son courroux était pire que les tempêtes de sable du désert, et ses colères étaient célèbres à travers tout Mar-à-Calèche. Si tu l’évites, tu devrais survivre dans notre belle contrée. Et si tu évites les scorpions et les serpents aussi. Et les chameaux, ça mord fort ces bêtes-là. Crut bon de l’avertir Jeiran, toujours prêt à donner un conseil avisé.
« Vous avez attisé ma curiosité en tout cas, et puisque nous avons été tissés dans un sable similaire, je souhaite savoir à quel point. D'où venez-vous exactement ? Hm ? »

Oups. Aussitôt la question posée, Jeiran obéit à son réflexe de survie premier : boire dans sa choppe, se noyer dedans, pour ne pas avoir à répondre tout de suite. Nom d’une bique, il s’était fait avoir comme un bleu. Furtivement, il jeta un œil du côté de Hansel… qui jouait avec cette maudite grenouille. Grmbl. Impossible de compter sur lui donc pour faire diversion. Bon, il allait falloir la jouer finaude, celle-là. Le cœur de Jeiran, décidément bien agité ce soir, recommençait à battre la chamade. Un mot de trop, et c’en était fini de son secret. Et il n’avait pas envie de le voir révélé ce soir. Pas maintenant. Pas comme ça. Jeiran sentit son sang se glacer dans ses veines à cette idée. Alors qu’enfin, pour la première fois en vingt ans, il avait une vraie conversation avec son frère, l’idée que tout puisse voler en éclats aussi facilement… le tétanisait. Tout à coup l’inventeur d’Afshin se sentit retomber en enfance, vingt ans en arrière, pauvre garçonnet voyant son frère qui ne connaissait même pas son existence s’éloigner inexorablement de lui, le laissant dans l’ombre et la solitude. Tout à coup, Jeiran était aussi angoissé qu’un môme de onze ans, au-dessus duquel la menace d’une gifle bien pire que les possibles torgnoles de son père planait.

- Je… commença Jeiran, qui aurait bien voulu disparaître sous son chapeau, mais qui était bien obligé de donner une réponse. Non mais ça ne vous dirait rien, et puis ce n’est pas très intéressant, vous savez.

Mais face au regard interrogateur et surpris que lui opposa Sinbad, Jeiran se crut obligé de founir un semblant de récit, d’autant que Hansel savait plus ou moins son parcours, même s’il ne lui avait jamais tout raconté, et qu’il préférait éviter que le jeune homme ne lâche par erreur des informations que Jeiran aurait préféré garder pour lui. On ne savait jamais. Jeiran garda donc les yeux plus ou moins fixés sur sa choppe, même s’il s’efforça d’adopter un ton détaché. Il était décidément bien mauvais comédien, il faudrait qu’il fasse quelque chose pour remédier à ça. Prendre des cours de théâtre tiens. Qu’il apprenne au moins à bobarder efficacement.

-Hansel vous a peut-être déjà raconté, après tout. Je viens de Port-Aurore, mais j’ai quitté la ville alors que j’avais quinze ans. Je n’y suis pas retourné depuis, autant dire que ma ville natale n’est plus qu’un lointain souvenir…

Jeiran but une nouvelle rasade de sa choppe, portant un toast silencieux à sa mère Kimia, ainsi qu’aux autres femmes de la maison close qu’il ne mentionnait pas. Mais l’alcool, que Jeiran ne supportait pas malgré ce qu’il pouvait bien raconter, commençait lentement mais sûrement à faire son effet. Après tout, pourquoi pas ? De toute façon, ce n’était pas comme si Sinbad était au courant des travers de son père… et ça pouvait être intéressant de voir s’il allait, à un moment ou un autre, tiquer.

- Cela dit je me souviens de la maison close. Normal, j’y suis né. J’y ai grandi aussi. Ma mère était une des filles de la maison à l’époque, mon père n’était qu’un client de passage. Pas très prestigieux comme naissance, je vous l’accorde. Rit-il, jamais honteux de sa naissance mais toujours prêt à en rire quand on voyait où il en était aujourd’hui. Il n’a jamais été très présent, guère désireux de s’embarrasser d’un gamin illégitime. Puis, il est mort, et quelqu’un que j’admirais beaucoup a quitté la ville… et je suis parti à Mar-à-Calèche où j’ai été l’apprenti d’un armurier qui m’a tout appris pendant dix ans. Puis j’ai fabriqué Jahangir. La suite…

Laissant sa phrase en suspens, Jeiran acheva de vider sa choppe. L’alcool lui avait quelque peu redonné de la vigueur au cœur, et il se sentait plus sûr de lui.

- Et vous, capitaine ? D’où est-ce qu’on vient, quand on est une légende des mers ? demanda Jeiran, tout en connaissant déjà la réponse par cœur. L’ironie du sort. Mais en même temps, il n’avait jamais su quelle avait été exactement l’enfance de son frère, et il était au moins aussi curieux que Hansel… mais pas pour les mêmes raisons.
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⊱ allégeance : ni oui, ni non, tant qu'elle vient pas l'emmerder hein.





Mer 31 Déc - 13:56




Hansel, Jeiran et Sinbad
Les enfants prennent le bonheur partout où il se trouve.

Une légende. Que faut-il faire exactement pour en devenir une ? Que faut-il être tout bonnement ? A en juger par son interlocuteur totalement perdu dans ses pensées, il semblerait qu'avant tout il faille naître à Afshin quelque part dans l'un de ses villages, pourquoi pas dans sa capitale aussi pour y donner une dimension encore plus belle. Ensuite il faut savoir marquer les esprits d'une manière ou d'une autre, non pas en commettant des crimes abominables, mais plutôt en faisant des miracles en matière d'avancement. C'est ce que Jeiran laisse à penser en tout cas, en ayant donné naissance à une créature ailée uniquement faite à partir de métal, d'argent et Dieu seul sait ce qu'il a pu encore mettre dans cette machine infernale. Une légende, elle se fait aussi par le biais d'une présence, de la gentillesse d'une personne ou non, de là on dira d'elle si elle est digne de porter un tel rang ou pas du tout. Il a été encore mieux que méritant à ce sujet, à vrai dire, Sinbad n'arrive pas à déceler la moindre once de méchanceté dans ce regard sombre comme si toute la haine du royaume s'était faite la malle du jour au lendemain. Il a le sourire maladroit certes, mais continue de faire face à tout ce qui lui tombe en pleine figure. Serait-il de ces créatures qui passent leur existence enfermée chez eux à déborder tellement d'idées qu'un jour leur crâne explose sous cette pression ? Il ne saurait le dire exactement, ne le connaissant certainement pas assez pour pouvoir affirmer une telle chose. Qui vivra verra, et le regret d'avoir été embarqué dans cette discussion tout à fait anodine semble n'être plus de mise dans son corps affalé sur cette chaise de taverne, son baluchon étant tombé au sol. Jahangir, tel est le prénom de cet équidé présumé magique. Plutôt agréable, au moins il ne s'est pas encore acoquiné des prénoms trop fades de Fort Fort Lointain, fidèle à ses origines jusqu'au moindre poil de sa moustache, il ne peut s'empêcher de sourire un peu plus en entendant le remerciement sec de son matelot qui vraisemblablement, ne supporte déjà pas la vue de la serveuse au corset écarlate. Est-il fier de son coup ? Qu'est-ce qu'il souhaite faire exactement en mettant à mal ce pauvre petit coeur battant ? Rien à la réalité, seulement pour l'embêter gentiment se dit-il. « Non mais ça ne vous dirait rien, et puis ce n’est pas très intéressant, vous savez. » Face à un tel refus, le mercenaire n'en tire qu'une mine étonnée mêlée à une petite grimace. Aurait-il quelque chose à cacher ? Serait-il honteux de sa propre histoire ? Pourtant, de ceux qui ne peuvent pas se permettre de juger les autres, l'aîné des trois en fait certainement parti. Hansel a déjà eu la bonne idée de se confier à lui, après une nuit passée dans sa cabine, sur l'oreille il avait souhaité en retour avoir une partie de ses cicatrices - néanmoins il n'en a retiré qu'une toute petite partie de ce chapitre sur les serpents géants. Le souci avec Sinbad c'est qu'il arrive à faire causer autrui, c'est évident il a presque ça dans le sang et les belles paroles se mêlent souvent aux aveux. Cependant, quand il s'agit de s'attarder sur son cas il est bien plus discret qu'à l'accoutumée, ne voulant pas s'étaler des heures durant sur comment il a poussé une centaine d'hommes vers le précipice, il reste un coffre au trésor introuvable mais toujours recherché par ceux qui veulent explorer son coeur pourri par la culpabilité. Son silence est-il maintenant une arme ? Il faut croire que oui puisque l'illustre inventeur se dévoile après coup. « Hansel vous a peut-être déjà raconté, après tout. Je viens de Port-Aurore, mais j’ai quitté la ville alors que j’avais quinze ans. Je n’y suis pas retourné depuis, autant dire que ma ville natale n’est plus qu’un lointain souvenir…  » Son sourire sur son visage ne fait que s'agrandir alors que sa main posée sur l'épaule de Jeiran resserre à nouveau cet endroit particulier. Bon sang, le hasard fait bien les choses ou bien le destin ? Peu importe finalement. Ils viennent définitivement du même endroit, avec de la chance ils ont peut-être côtoyé la même ruelle, des pavés similaires et les possibilités ne sont que plus grandes. Sa main retombe le long de son corps, l'autre attrape le verre dans lequel il s'enfonce un peu non pas pour se donner du courage mais plus pour s'altérer la gorge - il tire d'ailleurs une petite moue de satisfaction quant à cet alcool foutrement fort que la donzelle lui a donné. Il ne lâche pas une miette de son récit, allant jusqu'à se nourrir de ses paroles comme on peut s'empiffrer d'un buffet lors d'une soirée mondaine. Hansel ne lui a rien raconté, il a gardé sans aucun doute la surprise pour que son amant reste béat de cette nouvelle. Il aborde le sujet d'une maison close dans laquelle il aurait vu le jour, très bien, il n'en est que surpris à moitié puisque bien des fils et des filles naissent entre ces quatre murs. En le voyant ainsi, il ne peut s'empêcher de se dire que voilà une belle revanche sur les cadeaux offerts par la fatalité. « Il n’a jamais été très présent, guère désireux de s’embarrasser d’un gamin illégitime. Puis, il est mort, et quelqu’un que j’admirais beaucoup a quitté la ville… et je suis parti à Mar-à-Calèche où j’ai été l’apprenti d’un armurier qui m’a tout appris pendant dix ans. Puis j’ai fabriqué Jahangir. La suite… » Un parcours particulier ayant mené un être tout aussi original à la réussite. Ses traits s'adoucissent progressivement, il ne peut s'empêcher de zieuter le peu de rhum qu'il reste dans son verre avant de reposer toute son attention sur son interlocuteur. Un mouflet qui n'a pas été désiré, qu'il est dur de se construire lorsqu'il manque un chaînon à ce que l'on nomme une famille - ou plutôt les clichés que l'on s'en fait. Il n'est pas le seul à y connaître quelque chose, tout au contraire, victime lui aussi d'un adieu prématuré il a grandi en revanche avec la présence d'une figure paternelle qui n'a certes pas été parfaite, mais au moins un minimum respectable. Il doit tout à Taher, y compris ses principes basés uniquement sur la vérité.

La gorge un peu nouée de cet avant trouble, ses sourcils se froncent presque avec une certaine tristesse pouvant compatir à ce creux dans l'âme qui fait un mal de chien - pire qu'une morsure ou qu'une griffure, ça, c'est indéniable. Il redoute étrangement la suite des évènements, il est arrivé ici puis quoi ? Il fait bien plus qu'attiser sa curiosité, il se sent happé par le chant des sirènes en deux temps trois mouvements. Sauf qu'il met déjà un point final à son passage sur terre, préférant quémander celui d'un autre. « Et vous, capitaine ? D’où est-ce qu’on vient, quand on est une légende des mers ? » Il n'en tire qu'un petit rire franc qui fait trembler sa gorge, si bien que sa tête tombe en arrière, une main posée délicatement sur son estomac. Une légende, on en revient toujours à ça alors ? Une légende. Il n'a rien fait pour mériter ce titre, contrairement à Jeiran qui a révolutionné radicalement les pensées du sultan à Mar-à-Calèche, du reste concernant celui qui se bidonne il en a été plutôt de survivre que de faire des miracles. Si encore il lui était possible d'avoir un autre nom, il en serait plutôt du faiseur de cadavres. Roulant des yeux à cette pense funeste, il se redresse un peu pour redonner un peu de carrure à la bêtise qu'il est à lui tout seul. « Je crois que Port-aurore forge les incompris. » Sans en dire trop il se demande ce qu'il va pouvoir dire. Hansel lui aussi est totalement inconnu face à ce qui a bien pu le forger. Serait-ce grave de dire de but en blanc qu'il était un moins que rien ? Non pas qu'il l'était réellement, il le souhaitait juste et passait ses doigts dans les bourses des passants avec Kale histoire de les faire courir un peu à travers les ruelles sableuses de son village en bord de mer. Il se ressert un verre pour accoster en toute tranquillité le départ déjà bien en fanfare du fils tant attendu du marchand Septmers. Il inspire profondément, pince sa lèvre inférieure avant de la lâcher pour reprendre en haussant les épaules, plongeant ses prunelles vertes dans les joyaux sombres du créateur il en a déjà bien trop dit. « Si vous n'avez eu qu'un père couard, en ce qui me concerne je n'ai pas eu la chance de connaître le charmant visage de ma mère. Malheureusement elle s'en est allée peu de temps après m'avoir donné naissance, paix à son âme douce femme qu'elle était selon les dires de celui qui m'a élevé. » De ses traits il n'en a jamais strictement rien su, si ce n'est une description approximative de son père. Selon lui, elle avait de beaux cheveux noirs qui tombaient à la perfection en plein milieu de son dos, elle sentait la vanille et la cannelle, ses lèvres étaient toujours accompagnées d'une douceur incomparable et ses yeux, ses yeux que diable ! D'un vert digne des plus belles collines de Saay ou encore de Fort Fort Lointain. C'est ce qu'il a gardé d'elle, deux portes ouvertes vers son âme saccagée. Une sylphide tout ce qu'il y a de plus respectable a mis à la lumière du jour un bout de monstre, si seulement elle savait, elle doit être estomaquée à l'heure qu'il est, perdue entre les nuages. « Ce bon vieux Septmers premier du nom n'était pas parfait, mais au moins il agissait selon sa propre définition du mot juste, me rappelant toujours à l'ordre lorsque je me retrouvais avec une bourse ne m'appartenant pas entre les mains. Le plus amusant c'est qu'il avait une bonne situation, toutefois dans mon esprit je n'arrivais pas à me faire à cette idée que j'avais déjà tout. » Garçonnet capricieux qui souhaitait un autre présent ? C'est à peu près ça, en faisant outre de son ami d'enfance qui était plus pouilleux que lui et qu'il souhaitait avant toute chose, pouvoir connaître sa situation. Il se mettait réellement dans la peau d'un vagabond des rues, ses vêtements étaient crasseux, il avait toujours un peu de terre sur le visage, cependant il rayonnait comme jamais, comblant sans aucun doute le manque d'une mère par le biais d'un autre être qui lui avait tout appris - y compris comment ne pas s’essouffler au bout d'une dizaine de mètres de course. Nostalgique, il ne peut empêcher un énième rire de faire siffler ses dents. Secouant un peu sa tignasse, son ton plus assuré reprend le dessus. « Et au bout de plusieurs années, la passion m'a attrapé par les tripes. J'ai laissé mes proches derrière moi pour sept peu laborieux voyages dont je me serais bien passé. Je suppose que je l'ai mérité, un bon procédé d'échange entre la vie et moi, elle m'a trop donné. » Soupirant vaguement, il laisse un petit silence dans les airs pour se reprendre par la suite, presque avec une certaine fatalité, et pour le coup il dérive son regard vers son matelot qui écoute attentivement ce que les deux hommes des sables peuvent bien dire. « Parce qu'il n'y a rien de pire que la passion mon ami, rien de pire, même la mort semble douce à côté d'elle. Elle consume, elle fait perdre la raison à quiconque la frôle du bout des doigts, et fatalement ne peut qu'engendrer des souffrances autour d'elle. Néanmoins c'est aussi quelque chose dont on ne peut se passer, qui nous pousse à exister un peu plus sur cette terre qui court après sa propre fin, et si vous avez ça Jeiran, la passion, alors vous avez tout. » Et il ne parle pas forcément de celle qui est engendrée par l'amour, bien au contraire. Plutôt celle qui s'impose en évidence, en l'occurrence celle chez Sinbad prend la douce nomination d'océan, de vagues, d'un horizon qui s'étire jusqu'à l'infini. Fixant Hansel encore quelques secondes, il revient sur le visage bronzé de cette autre légende bien plus unique que la sienne. « Et ne laissez personne vous l'enlever, peu importe les mises en garde. » De nos jours il manque cruellement de personnes passionnées, s'il y en avait à chaque coin de rue, cela se saurait et le pirate serait le premier à les apercevoir. Des artistes il n'y en a que trop peu, les riches quant à eux se contentent de robes ou de belles parures, les plus hauts placés préfèrent le pouvoir. Mais que savent-ils exactement ce qui dévore le coeur des plus pauvres ? C'est bien plus insidieux, plus ardent. Une flamme bleutée est née dans son palpitant gorgé de sang, à l'image de ce qui l'obsède tant. Qu'en est-il de Jeiran ? Serait-ce rouge ? Ou plutôt brun comme ses créations ? Et d'Hansel ? De quelle étincelle est-ce qu'il brille ? Donne la couleur de ton âme, et je te dirais de quelle matière tu es fait.
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FORT FORT LOINTAIN

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Jeu 1 Jan - 19:49




Sinbad, Jeiran et Hansel

pourquoi fallait-il qu'on fasse toujours avancer les choses qu'elles le veuillent ou non ? mystère. manifestement, personne n'avait jamais envie de les conduire gentiment par la main.

Il fallait se reconcentrer sur la scène, sur tout ce qui faisait de cet instant quelque chose d'indéniablement peu commun, et de beaucoup plus grand que ce qu'Hansel avait pu penser accomplir – ou détruire – en amenant Sinbad à cette table-ci. Il doutait pourtant y arriver réellement maintenant que son attention avait été accaparé par la serveuse qui ne lui sortait tout bonnement pas de la tête. C'était malheureux d'en arriver à des conclusions si pitoyables, mais c'était ainsi, et il fallait bien faire avec cette flamme dans le cœur qui brûlait tout sur son passage pour provoquer l'essence d'un mal que la matelot n'avait jamais connu – ou peut-être que si, finalement, car c'était ce qu'il avait ressenti lors des acclamations du public pour sa sœur un peu plus que pour lui-même. Il ne préféra pas y songer, un peu plus longtemps sous risques de perdre ses moyens déjà bien faibles, et s'employa donc à regarder l'échange, tout en buvant dans son verre le rhum qui lui brûlait la gorge et lui remettait un peu les idées au clair, pour mieux les obscurcir par la suite. La grenouille semblait le regarder et se rire de lui, avec sa bouche immense de batracien parfaitement représenté. Heureusement, il y avait pire animal à rencontrer sur cette terre, et les paroles de Jeiran lui fit comprendre que même les poissonnières n'empoisonnaient pas autant que l'esprit que les bêtes qu'on pouvait trouver à Afshin. "La seule chose dangereuse dont je me souvienne, c’est les coups de balais de mon ancien maître, maître Nouroz. Un brave homme, mais bien sévère. Son courroux était pire que les tempêtes de sable du désert, et ses colères étaient célèbres à travers tout Mar-à-Calèche. Si tu l’évites, tu devrais survivre dans notre belle contrée. Et si tu évites les scorpions et les serpents aussi. Et les chameaux, ça mord fort ces bêtes-là." Un instant Hansel s'imagina ces créatures, mais ses pensées se retrouvèrent bien égarées et un cheval mécanique volant se matérialisa dans son esprit, fier destrier impossible à contrôler. Il fut suivit par des rues ensablées, un gigantesque soleil de plomb et un petit inventeur réveillé par un plus grand. Il n'avait pas de mal à se représenter Jeiran jeune et incompétent – du moins plus qu'aujourd'hui, courant à travers la foule pour une quelconque course de son maître. Mais pour ce qui était de l'enfance du capitaine, cette dernière lui donnait plus de mal, et s'il savait que Sinbad avait vécu de nombreuses histoires afin de devenir ce qu'il était à ce jour, Hansel n'arrivait pas à le concevoir comme un enfant rêveur, bien qu'il en avait encore le regard. C'était ainsi. Comme s'il était né avec ses cicatrices et ses secrets, comme s'il était né navigateur, amoureux de l'océan. Il n'y avait pas de passé qui remontait aussi loin, et toutes les anecdotes racontées lors de leurs entraînements étaient, bien que sincères, trop absurdes pour être réelles aux yeux du cadet. Ce dernier eut tout de même un petit sourire en les regardant, tout d'abord parce qu'ils semblaient bien s'entendre – l'alcool aidant à délier les langues un peu trop nouées – et parce que l'instant était paisible, comme des récits qu'on racontait près du feu, les soirs d'hiver, et qui réchauffait un peu et nourrissait la soif de connaissance des plus jeunes. Des récits qui avaient pour certains été conté d'autres fois, un peu rapidement, mais qui demeuraient agréables à redécouvrir, quoiqu'assez gênant, car la vérité était parfois difficile à entendre. Bâtard, misère, maison close, absence, famine, abandon, mort. Tant de mots qui faisaient parti du vocabulaire de l'inventeur d'Afshin, mais aussi d'Hansel, de Sinbad, et sûrement des trois quarts des personnes présentes en ces lieux – peut-être même de la serveuse. C'était dur à dire, mais c'était ainsi que ça se passait ici. Il fallait faire avec la mort, la boue, le sang. Il fallait faire avec ces aspects peu ragoutants de l'existence humaine, parce qu'on y était obligé, et qu'on avait beau tout entreprendre afin que ces termes ne deviennent pas familiers, ils nous tombait dessus quoi qu'il arrive, un moment ou un autre, et c'était une obligation de faire avec et de s'y accommoder le plus vite possible.

"Et vous, capitaine ? D’où est-ce qu’on vient, quand on est une légende des mers ?" Hansel tourna légèrement la tête sur le côté afin d'observer ledit interpellé, qui se mit à rire, comme il le faisait quand il était un peu nerveux malgré tout, mais qu'il ne voulait pas le montrer. Ce fut du moins ce que son matelot retint de l'instant, avec le fait que Sinbad trouvait cela amusant qu'on le nomme « la légende des mers ». C'était pourtant ce qu'il était, à peu de choses près. Il en avait écumé, des petits bouts d'univers, toute sa vie, et c'était ainsi qu'on le connaissait. L'enfant n'était plus rien. Ce ne fut même pas lui qui se mit à parler, mais un homme objectif qui entonna des paroles qu'Hansel but en même temps qu'une gorgée de rhum. "Si vous n'avez eu qu'un père couard, en ce qui me concerne je n'ai pas eu la chance de connaître le charmant visage de ma mère. Malheureusement elle s'en est allée peu de temps après m'avoir donné naissance, paix à son âme douce femme qu'elle était selon les dires de celui qui m'a élevé." Ainsi tous les trois n'avaient jamais eu qu'un parent à aimer. L'un avait été élevé par une prostituée, l'autre par son père. Pour ce qui était d'Hansel, c'était un mélange de ces deux histoires, à une certaine échelle. De sa génitrice il n'avait plus rien. Rien qu'une tignasse indomptable, et qu'un peu de sang des contrées glacées. Pas de souvenirs, pas de sourires. Juste une naissance, la maladie déclenchée par le manque de nourriture, et la mort. Il ignorait encore aujourd'hui s'il aurait voulu la connaître, et non pas juste l'avoir croisé dans la vie. Si elle avait été là, tout aurait été sûrement différent, à commencer par l'oubli de la belle-mère qui avait poussé le père Denougatine à commettre un méfait plus grand que ses attentes : Un abandon, un saut dans l'inconnu suivi d'un arrêt rapide. Malheureusement pour lui ses gosses avaient voulu vivre. Et ils avaient vécus, ça oui, et vivaient même encore. Mais le prix de ce hapy end ne s'était pas mesurer en pièces d'or, mais plutôt en souvenirs souillés, le genre de songes qu'aucun enfant n'aurait du avoir à porter, qu'il se nomme Hansel, Jeiran, Gretel ou Sinbad. C'était étrange, comme à mesure que le temps passait, ce dernier devenait de plus en plus humain, et fait de la même substance que tous les autres. A son arrivé sur l’Écorchée, l'ancien confiseur n'avait vu en lui qu'une légende, tout bonnement, avec tout ce que ce titre impliquait – l'aura, la puissance, le statut de commandant, l'invincibilité presque. Lorsqu'il s'était montré en colère, le capitaine avait retiré cette enveloppe qui le caractérisait, lorsqu'il avait été blessé, cette dernière s'était complètement évanouie aux yeux d'Hansel. Parce que Sinbad n'était pas une légende. Il était un homme. Un homme qui avait été un enfant, avec son lots d'erreurs, de malheurs. Un homme qui était devenu attachant, à défaut d'être intouchable.
Le cadet se remémora tout cela, et par quelles étapes il était passé avant d'en venir à cette conclusion qui avait fait de lui ce qu'il était aujourd'hui. A nouveau il put user de son imagination débordante pour le peindre dans les mêmes rues de Port-aurore, baignées de la lumière orangé du soleil et des couleurs bleutées de la mer, épouse d'un ciel sans nuages. Il le vit courir, lui aussi, mais pas après les mêmes rêves. "Et au bout de plusieurs années, la passion m'a attrapé par les tripes. J'ai laissé mes proches derrière moi pour sept peu laborieux voyages dont je me serais bien passé. Je suppose que je l'ai mérité, un bon procédé d'échange entre la vie et moi, elle m'a trop donné." Les deux hommes avaient déjà eu cette discussion, à peu de choses près. Ils savaient tous les deux comment elles se terminaient, une pluie de remords qui accablaient Sinbad, parce que tout ce qu'il avait commis lui n'avait pas été digne d'une légende, et qu'il aurait peut-être mieux fallu qu'il meurt au lieu de mener des âmes par le fond – il n'avait jamais dit qu'il aurait du rester à port-aurore, d'ailleurs. Pourtant il ses dernières paroles étonnèrent Hansel, qui demeura immobile afin de ne laisser paraître aucun signe qui aurait été en mesure de le trahir – de les trahir. "Parce qu'il n'y a rien de pire que la passion mon ami, rien de pire, même la mort semble douce à côté d'elle. Elle consume, elle fait perdre la raison à quiconque la frôle du bout des doigts, et fatalement ne peut qu'engendrer des souffrances autour d'elle. Néanmoins c'est aussi quelque chose dont on ne peut se passer, qui nous pousse à exister un peu plus sur cette terre qui court après sa propre fin, et si vous avez ça Jeiran, la passion, alors vous avez tout." Sinbad le regardait. Il ne s'adressait pas qu'à l'inventeur, à n'en pas douter, et le plus jeune, prit dans les prunelles de son pirate en resta coi. Plusieurs choses se jouaient ici, sur différents tableaux. Des mises en gardes, des souvenirs brisés, des conseils d'un passionné à un autre. Hansel en déglutit sa salive en essayant de rester le plus calme et stoïque possible, bien que la main qu'il posa sur son verre afin de le terminer ne servait qu'à lui donner contenance. "Et ne laissez personne vous l'enlever, peu importe les mises en garde." Un sourire vint naître à la bordure de ses lèvres, et en reposant sa choppe sur la table, il sut quoi ajouter pour appuyer le fait que Sinbad savait reconnaître les personnes passionnées. "Il l'a." commença-t-il avec son petit air d'animal mal dressé dans le regard. "Du moins pour son travail, car pour ce qui est des autres individus de son espèce... c'est autre chose." Il eut un petit rire en regardant l'inventeur. "Je n'ai jamais vu quelqu'un de si amoureux. Il faut le voir dans son atelier, que dis-je, son antre." Des images de cet homme  virevoltant à travers ses outils et ses créations lui revinrent en mémoire, accompagné d'une mine douce et amusée, qui montrait toute l'affection qu'Hansel portait à son inventeur, afin d'en dissimuler une autre.
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FORT FORT LOINTAIN





⊱ pseudonyme : Zabolac.
⊱ tête mise à prix : Santiago Cabrera
⊱ crédits : LAURA et Tumblr.
⊱ arrivé(e) le : 01/01/1970
⊱ tes licornes : David Leféroce.
⊱ schillings : 0

⊱ ta race : Humain, même s'il a toujours rêvé d'être un nuage.
⊱ allégeance : Qui ça ?





Ven 9 Jan - 20:02



Jeiran & Sinbad & Hansel
Toi le frère que je n'ai jamais eu...


« Je crois que Port-aurore forge les incompris. » avait lâché Sinbad, consentant enfin à répondre à la question de Jeiran, lui qui avait cru qu’il allait se prendre un vent qu’il n’aurait pas démérité. Qui était-il après tout pour interroger un vieux loup de mer comme lui ? Certes, il ne faisait au fond que retourner une question, mais l’émotion de Jeiran était telle que tout était sujet à anxiété, à défaut de trahir son agitation par une nervosité extérieure. La main de Sinbad toujours sur son épaule, l’inventeur ne laissait rien paraître, apparemment serein et intéressé, alors qu’en son for intérieur il perdait du lest, il s’asphyxiait, il avait envie de crier sa vérité au monde mais avait pour quel fou on le prendrait qu’il le faisait. Alors il se taisait, ravalait trente ans de solitude, et écoutait. C’était tout ce qu’il pouvait faire pour le moment. Ecouter. Ecouter le bref récit que le marin daignerait lui faire de ces trente-et-unes années manquées. Ca en fait un vide, trente-et-un ans. Mais ça, Sinbad le marin semblait déjà le savoir, lui qui avait vécu sans mère, de la même façon que Jeiran avait vécu sans père, à quelques détails près. L’inventeur avait toujours plus ou moins su que la mère de Sinbad était morte jeune, mais il n’avait pas eu les détails de l’affaire : c’était Kimia, sa mère, qui lui avait un jour raconté tout le peu qu’elle savait des Septmers, après que son cher fils l’ait interrogée sans relâche pendant des heures, sûrement le jour où il avait eu assez de jugeotte pour comprendre que sa situation n’était pas tout à fait habituelle ni conventionnelle dans ce monde. Vivre sans mère… Jeiran peinait à s’imaginer le vide que ça devait laisser. Grandir sans père était une chose, mais la mère ? Comment se serait-il débrouillé, lui, sans Kimia ? Pour toute réponse aux aveux de Sinbad, Jeiran se contenta de hocher la tête, en guise d’assentiment, comme un moyen de dire ‘navré de l’apprendre mon frère’, imitant sans en avoir conscience ces nomades qu’il avait si longtemps suivis, et qui savaient que parfois le silence valait mieux que d’embarrassantes déclarations. Mais Jeiran n’était pas au bout de ses émotions.

« Ce bon vieux Septmers premier du nom n'était pas parfait, mais au moins il agissait selon sa propre définition du mot juste, me rappelant toujours à l'ordre lorsque je me retrouvais avec une bourse ne m'appartenant pas entre les mains. Le plus amusant c'est qu'il avait une bonne situation, toutefois dans mon esprit je n'arrivais pas à me faire à cette idée que j'avais déjà tout. »

Si Jeiran avait tiqué à la mention du ‘bon vieux Septmers’, il fit semblant de sourire lorsque Sinbad mentionna ses larcins avec son ami d’enfance. Il savait déjà tout ça. Il savait même ce que Sinbad ne savait pas. Que Taher Septmers avait effectivement une définition bien à lui du mot juste, et qu’elle n’était visiblement pas la même pour tout le monde. L’estomac de Jeiran se noua alors qu’il sentait encore la poigne de fer de Taher autour de son bras, son visage déformé par la colère, sa voix tonnant comme l’orage dans ses oreilles alors qu’il lui martelait que jamais, jamais il ne devait approcher Sinbad, et encore moins lui dire qui il était. Les doigts de son géniteur s’étaient enfoncées dans son bras comme les serres d’un aigle chauffées au fer blanc, et il en avait longtemps fait des cauchemars. Jusqu’à après sa mort. Depuis, il ne supportait plus qu’on l’attrape par le bras pour le faire se retourner et réagissait toujours un peu trop vivement quand ça arrivait, comme s’il se sentait agressé. Comme si Taher était revenu d’entre les morts pour le blâmer, encore et encore, d’exister.

« Et au bout de plusieurs années, la passion m'a attrapé par les tripes. J'ai laissé mes proches derrière moi pour sept peu laborieux voyages dont je me serais bien passé. Je suppose que je l'ai mérité, un bon procédé d'échange entre la vie et moi, elle m'a trop donné. »

Ah, les fameux voyages. Ceux pour lesquels il avait disparu du paysage alors qu’il avait dix-sept ans, et Jeiran quinze. Jeiran dut se mordre la langue pour s’empêcher de lâcher un ‘je sais’ qui n’aurait pas manqué de soulever des interrogations. Si Sinbad savait que c’était ses voyages qui avaient poussé l’inventeur à partir aussi… S’il savait que sans Sinbad et ses sept voyages, il n’y aurait probablement jamais eu de Jeiran Aurorefauve et son cheval enchanté… Jeiran sentait déjà un sourire teinté d’amertume se dessiner sur ses lèvres quand Sinbad lui coupa l’herbe sous le pied.

« Parce qu'il n'y a rien de pire que la passion mon ami, rien de pire, même la mort semble douce à côté d'elle. » Interloqué, Jeiran releva les yeux de son verre pour regarder Sinbad. Mais le marin ne le regardait plus : son regard était dirigé vers Hansel, et l’inventeur ne put qu’écouter, en silence, l’étonnant discours de son frère. « Elle consume, elle fait perdre la raison à quiconque la frôle du bout des doigts, et fatalement ne peut qu'engendrer des souffrances autour d'elle. Néanmoins c'est aussi quelque chose dont on ne peut se passer, qui nous pousse à exister un peu plus sur cette terre qui court après sa propre fin, et si vous avez ça Jeiran, la passion, alors vous avez tout. »

Estomaqué, Jeiran garda le silence quelques secondes, sondant le regard enfiévré de Sinbad qui regardait toujours Hansel. Les yeux de l’inventeur glissèrent alors sur le cadet de la tablée, cherchant à comprendre ce qui se jouait là. Il ne soupçonnait rien de la vérité, mais il ne fallait pas être une flèche pour comprendre que deux conversations se déroulaient en même temps. Aussi, Jeiran ne dit rien. Seuls ses yeux sombres, indéchiffrables, semblaient dire : ‘je sais’. Oh oui, il savait. Mieux que quiconque, peut-être. Mais n’eut-ce pas été prétentieux que de le dire ? N’eut-ce pas été prétentieux que de clamer qu’il la connaissait, cette passion, qu’elle lui était chevillée au corps depuis qu’il avait posé les mains sur un montage pour la première fois, depuis que cette connexion s’était faite, chez Maître Nouroz, et que pour la première fois Jeiran s’était senti complet ? Certains disaient qu’on pouvait avoir la solitude, la peur, ou la tristesse pour compagnes : Jeiran, lui, avait cette boule de feu dans les entrailles qui ne le quittait plus, qui ne le quitterait, il l’espérait, jamais. Non, pas une boule de feu. Une lumière. Une lumière qui irradiait de l’intérieur, dans son cœur, dans son âme, qui animait le pauvre pantin de chair et de sang qu’il était malgré lui, parce qu’un homme en mal de chair et un dieu capricieux l’avaient un jour décidé. Au fond, qu’est-ce qui différenciait Jeiran de Jahangir ? Parfois, Jeiran n’était plus très sûr de le savoir. Parfois, il se demandait. Ce qu’il faisait là. Pourquoi il était là. Et il plongeait, il se perdait dans les méandres des ténèbres, de son labyrinthe intérieur, et il implosait. Et la lumière réapparaissait, ça ne manquait jamais. Et il créait. Et la machine démarrait de nouveau. Sa passion, c’était tout ce qu’il avait : c’était ce qui le faisait vivre, il en avait parfaitement conscience. Qu’on la lui retire, et il redeviendrait le pauvre pantin de chiffon qu’il était dans son enfance, pauvre personnage ballotté au gré des flots jusqu’à s’échouer sur un rocher ou couler à pic… Un sourire naquit sous la moustache de l’inventeur. Et, dans ses yeux, brillait discrètement, cette lumière qui l’animait, unique organe réellement vital de son être.

"Il l'a." Jeiran arraché de ses pensées regarda Hansel et lui dédia un sourire amusé. "Du moins pour son travail, car pour ce qui est des autres individus de son espèce... c'est autre chose."
-Quelle mauvaise langue. Lâcha Jeiran en riant, l’atmosphère soudainement détendue.
"Je n'ai jamais vu quelqu'un de si amoureux. Il faut le voir dans son atelier, que dis-je, son antre."
-Tu vas me faire rougir, Denougatine. Par contre je te prierai de t’abstenir de ce genre de déclaration si un jour je te présente une femme qui me plaît, ce n’est pas le genre de discours qui les séduit d’habitude. Grimaça-t-il en se remémorant de (trop) nombreuses scènes de ménage où il se voyait toujours reprocher la même chose : il travaillait trop et ne s’intéressait qu’à ses machines. En même temps, était-ce de sa faute s’il n’avait encore trouvé personne d’assez passionnant pour lui faire détourner la tête de ses précieuses inventions ? L’infortuné inventeur soupira, puis d’une traite, finit sa choppe. Il sentit l’alcool lui réchauffer l’œsophage, sentait aussi qu’il commençait à se distiller dans ses veines et son cerveau, et savait pertinemment que vu les circonstances, ça n’était pas une bonne idée. Et comme d’habitude, face à un dilemme et déjà alcoolisé, il prit la décision qui s’imposait : la mauvaise. Commander une autre choppe. D’un geste de la main, il interpella la serveuse et lui demanda silencieusement une deuxième tournée. Mauvais plan Aurorefauve, très mauvais plan. Déjà qu’il ne tenait pas l’alcool, si en plus il tirait sur la corde… Oh et puis flûte, Taher n’était plus là pour lui tirer les oreilles de toute façon. Et qu’il aille au diable, ce vieil empaffé.

-La passion… reprit Jeiran, rêveusement. C’est une belle chose, la passion. Je ne serais pas allé bien loin sans elle, Hansel a raison. Mais avec les êtres humains, c’est plus compliqué. Il s’interrompit pour récupérer la nouvelle choppe que lui avait amenée la serveuse et en but une ou deux gorgées. C’est comme si… il fallait impérativement que ce soit eux qui viennent en premier. Comme s’ils étaient plus importants que tout le reste. Pardonnez-moi si je passe pour un abominable être insensible, mais personnellement, je pense qu’on devrait laisser la liberté aux gens de faire passer leur ‘passion’ avant tout le reste. Leurs familles, leurs amis. Leurs amours. Et quand je tiens ce discours, on s’empresse de me traiter de tous les noms…

L’alcool le rendait plus bavard, plus critique aussi. Posant un coude sur la table, il leva un doigt moralisateur sous le nez de Hansel, ses yeux plantés dans les siens.

-Hansel. Ne laisse jamais PERSONNE te dire qu’ils sont plus importants que tes rêves. Plaque les tous. Frères, sœurs, amis, amantes, qu’ils aillent au diable ! Ce qui compte, c’est ce qu’il y a là-dedans. Ajouta-t-il en appuyant son index contre la poitrine de Hansel, au niveau du cœur. Puis il se laissa aller contre le dossier de sa chaise, les yeux levés vers le plafond, songeur. Sauf si ton cœur va vers quelqu’un plutôt que quelque chose, évidemment. Dans ce cas-là, tu as droit à une dérogation, je suppose.

Une lumière s’alluma dans le regard de Jeiran, qui esquissa un sourire malicieux avant de se pencher vers le jeune homme, qu’il trouvait bien silencieux ce soir.

-Mais c’est peut-être déjà le cas, non ? Je te trouve bien calme, ça ne te ressemble pas, toi qui n’es qu’un diablotin d’habitude. Ferais-tu ton timide, Hansel Denougatine ? demanda-t-il sans grand sérieux, n’attendant même pas une réponse de sa part. Mais s’il avait su à quel point il mettait les pieds dans le plat, il se serait certainement abstenu. Ou pas. C’est vrai qu’il avait bien bu, dis donc.

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⊱ ta race : pauvre mortel fragile.
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Sam 10 Jan - 15:44




Hansel, Jeiran et Sinbad
Les enfants prennent le bonheur partout où il se trouve.

La passion, quel sujet désagréable et sujet à des tas de débats. La passion humaine, la passion pour un but, la passion pour peu ou énormément de choses. Finalement elle n'a pas tant de définitions que cela, il en faut une pour tous les regrouper parce qu'elle peut s'étaler sur des royaumes entiers. Quand elle est touche un homme ou une femme, c'en est fini de la personne qui voulait couler une existence paisible sur sa petite barque, parce que quand elle arrive, il est question de changements, d'un éclair de génie qui taraude gentiment le crâne pour faire germer une idée qui jamais ne disparaîtra. La passion pour lui, c'est l'océan, c'est des paysages, c'est des rencontres, ce n'est pas tant des autres êtres humains bien qu'il apprécie leur compagnie, pour Sinbad c'est un autre cas de mesure. L'amour existe, peut-être de façon passionnelle, néanmoins un congénère ne pourra pas lui redonner cette sensation qu'il trouve lorsqu'il vogue sur les flots avec son équipage. On ne peut expliquer l'inexplicable, on ne donne pas de nom à ce qui ne se nomme pas, et vice-versa. Un éternel cercle qu'il prend malin plaisir à modeler selon ses propres envies, la preuve en est qu'il torture d'un seul regard le cadet du trio qui ne sait plus réellement où se mettre. Ce n'est pas pour autant qu'il le quitte des yeux, tout au contraire, comme si quelque part il y cherchait une certaine provocation, voulant le faire sortir de ses gonds pour qu'il se rende compte que, lui aussi, il veut faire partie de cette passion dévorante, or, il n'y a déjà plus de place - de là à ce qu'il s'en rende compte, Hansel sera sans aucun doute détruit par les faux espoirs. Plus ou moins perdu dans ses pensées, c'est l'affirmation du marin envers l'inventeur qui le tire totalement de sa torpeur. Il l'a paraît-il. Voilà encore un point qui les rapproche plus que de raison, serait-ce la malédiction de ceux qui naissent à Afshin ? D'avoir une occupation si prenante qu'elle fait oublier absolument tout le reste ? C'est à croire que oui, que ceux qui sont nés sous le soleil ne peuvent se contenter du sable sous leurs pieds, qu'ils veulent toujours plus, réfléchissent trop surtout et un jour finissent par mourir heureux. Septmers perdra probablement la vie dans une tempête, emporté par les vagues, en ce qui concerne son voisin de table ? Le mieux serait dans son atelier, parmi ses créations qui veilleront sur lui là-haut, ou en dessous. Pour ce qui est de Denougatine, il n'est pas tellement sûr, ni adorateur des sucreries, seulement à moitié obnubilé par l'écume, il reste un mystère à déceler. « Je n'ai jamais vu quelqu'un de si amoureux. Il faut le voir dans son atelier, que dis-je, son antre. » L'un a sa bicoque, l'autre sa cabine, ils devraient songer à échanger de place un de ces quatre. L'un s'improvisant esprit débridé et l'autre esprit trop créatif, et le capitaine en est convaincu, ils pourraient faire des miracles - ou des horreurs, à voir selon le cas bien sûr. Gardant un sourire discret sur le visage, il ne peut qu'être étonné de la descente de Jeiran qui s'enfile sans crier gare sa choppe. Fort bien, soit il est habitué à l'alcool, soit une émotion trop forte le pousser à tomber dans un tel extrême, quoi qu'il en soit, c'est plutôt amusant à regarder - en sachant qu'il ne supporte pas très bien les effluves de cette boisson, du moins c'est ce qui lui paraît logique en voyant ses gestes tantôt mollassons, tantôt rapides. Un véritable numéro à lui tout seul, au moins il aura su marquer son esprit d'une manière ou d'une autre - et pas que en ayant un verre dans le nez. Pauvre bête à plaindre, son avis sur le sujet lancé par le plus âgé semble le mettre dans bien des états, à commencer par l'affirmation d'une petite thèse ridiculement vraie. Au moins sont-ils d'accord là-dessus, personne ne devrait empêcher quelqu'un d'être entier sous prétexte d'un égoïsme qui appartient à tout à chacun, finalement n'est-ce pas le but de tout être à Fort Fort Lointain ? Trouver sa moitié et ne plus s'en détacher ? Quitte à ce que celle-ci soit malheureuse à un certain degré ? Ils le sont tous. Le bonheur est égoïste, les passionnés le sont plus que n'importe qui. « Sauf si ton cœur va vers quelqu’un plutôt que quelque chose, évidemment. Dans ce cas-là, tu as droit à une dérogation, je suppose. » Lancé dans sa parole divine, il ferait un très bon orateur - qui sait pourrait-il peut-être même détrôner la reine et ses beaux mots ? Ajustant un petit rire en coin de lèvres, les doigts de sa main pianotent doucement sur le verre qu'il termine à son tour assez rapidement, retenant des remarques de quoi enfoncer encore plus son amant caché aux yeux de tous. Manquerait plus qu'il soit mal à l'aise et crache le morceau, ce serait regrettable en plus d'être monstrueusement dangereux. « Mais c’est peut-être déjà le cas, non ? Je te trouve bien calme, ça ne te ressemble pas, toi qui n’es qu’un diablotin d’habitude. Ferais-tu ton timide, Hansel Denougatine ? »

Seuls les bonnes gens sous l'emprise de l'alcool et les enfants disent la vérité dit-on. Il n'a pas idée à quel point. Bien trop dans son coin, même pour le concerné par cette timidité maladive, ça lui semble plutôt étrange alors que tout chez lui est complètement clair. Il devrait cesser de se mettre dans de sales draps, relativiser ou ne pas trop s'illusionner. Il n'y a rien de pire que les chimères après tout, et Sinbad se refuse à lui faire du mal - il en fait déjà bien assez de toute manière. Inspirant profondément, il laisse quelques secondes de silence préférant le briser avec un gloussement tremblant dans sa gorge. Il attrape la bouteille de rhum, il en verse à peine dans son verre qu'il ravale d'une gorgée puis passe ses coudes sur la table à l'instar d'un sale môme pédant et cherchant à se faire sermonner. « N'êtes-vous donc pas au courant Jeiran ? Quelqu'un s'est fait une petite place dans ses pensées. » Serait-ce l'instant des aveux ? Que nenni, il tient bien trop à sa carcasse pour se sacrifier au nom de quelques baisers. L'air le plus sérieux du royaume sur le visage, il utilise l'attente pour jouer avec la pelote de nerfs d'Hansel - torture psychologique ? Si peu. « Elle est rousse, plutôt élancée et se nomme Eleonore, il semblerait aussi qu'elle ait le Diable au corps. » D'où est-ce qu'il sort cette invention ? De ses souvenirs. Il peut se remémorer comme si c'était hier le petit bal improvisé par une cliente très satisfaite de ses services, d'une donzelle répondant au doux prénom d'Eleonore, qui après la disparition fort étrange de son cavalier, s'était mise en tête de le rechercher dans l'immense bâtisse, tombant sur Sinbad pour son plus grand regret. Ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'il avait été l'instigateur de cette escapade nocturne sur le balcon, qu'il avait commis pour ne pas changer des bonnes habitudes, l'irréparable, scellant une promesse inconnue sous la lune ronde. Pauvre Eleonore, elle qui voulait la compagnie d'un jeune homme dans son lit, elle n'avait rien eu finalement si ce n'est une frustration conséquente ainsi qu'un petit morceau de coeur cassé. « Je suis convaincu qu'Hansel vous la présentera, si bien sûr il ne s'est pas ennuyé d'elle d'ici là. » Elle parlait trop, elle le collait trop, elle était trop tout la donzelle aux yeux pétillants bien que très charmante à regarder - c'était tout finalement, elle n'avait que le paraître pour atténuer ses défauts. Il ne le sort pas des sables mouvants, tout au contraire, il le nargue avec un bâton qu'il ne lui permettra jamais d'attraper sans titiller un peu tout son être. Qu'est-ce qu'il cherche ? Il ne se rend plus compte de rien, ne voulant laisser le sérieux trop sortir de cette conversation, il invente, tisse au gré de ses envies jusqu'à mettre l'illustre inventeur dans cette création. Ne préférant rien ajouter si ce n'est une oeillade à l'un comme à l'autre, c'est l'arrivée de son second qui le sort de son envie de se terminer le rhum à lui tout seul. Vêtu d'orange comme à l'accoutumée, ses traits graves ne présagent rien de bon. Passant outre le matelot, il glisse une main sur l'épaule de son dirigeant pour clairement lui démontrer qu'il n'est pas là pour se fendre la poire avec les deux autres. « Tu m'excuseras de cette intervention Sinbad, mais nous avons un petit problème. » Se préparant à divers éloges pour bien présenter son ami de toujours, il fronce les sourcils à l'entente de ceci. Un problème ? Vraiment ? Bon sang ils viennent tout juste de rentrer. Relâchant son verre, il passe une main sur la sienne, souhaitant se rassurer d'une manière ou d'une autre par ce contact. « Rollo, à propos des fleurs. » De Grin, nom d'un chien. Retenant une injure entre ses dents, il se lève derechef en lui lançant un regard bourré de questions. Pas besoin d'en rajouter plus, la gravité de la situation laisse à penser qu'il n'est clairement pas satisfait de sa cargaison ou bien qu'il veut négocier le prix, peu importe finalement, si on ne veut pas de Kale, qu'on souhaite sa présence, c'est que tout peut vite dégénérer. « Fantastique. » Qu'il souffle, dépité de mettre un terme à la discussion qui avait si bien commencé. « Et bien Aurorefauve, ce fut un plaisir de croiser votre route, j'espère que nous nous reverrons ! » Son attention dérive sur l'entremetteur du jour. « Quant à toi Hansel, profite du repos qui t'est accordé, tu en as bien besoin. » Contrairement au flibustier qui ne peut plus s'arrêter, totalement lancé dans une mécanique qui ne cessera jamais de le dépasser. Accordant un hochement de tête poli à l'un comme à l'autre, il jette une bourse pleine de quelques schillings sur le meuble soutenant toute la boustifaille, largement suffisant pour payer leur dépravation. Bien rapidement il leur fait dos jusqu'à disparaître dans la fumée, dans la foule puis dans la lumière, sans même se rendre compte que celle-ci sera bientôt éteinte par des années de mensonges, par des masques faux ainsi qu'un secret trop bien gardé - celui du sang qui coule dans deux corps différents, celui de deux existences craquelées à cause d'un seul esprit souillé.
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Ven 23 Jan - 14:36




Sinbad, Jeiran et Hansel

pourquoi fallait-il qu'on fasse toujours avancer les choses qu'elles le veuillent ou non ? mystère. manifestement, personne n'avait jamais envie de les conduire gentiment par la main.

Il aurait aimé pouvoir dire qu'il contrôlait parfaitement la situation, que tout se déroulait comme il l'avait imaginé de nombreuses fois, à l'instar d'un doux rêve sans anicroche ni petit problème de cet acabit-ci. Pourtant il n'en était rien. Absolument tout lui échappait. De sa maigre assurance à son sourire de cent pieds de long. De sa bonne conscience à l'affection qu'il éprouvait envers les deux hommes qui lui faisait face. Aucune n'était là pour rattraper les bêtises de l'autre, d'ailleurs – aucun des trois, en tout cas. L'un avait sûrement un peu trop bu, l'autre était sûrement un peu trop lui, et tout partait de travers, pour ne pas changer. C'était désolant. Voilà qu'ils amorçaient des discussions qui n'auraient jamais dû voir le jour en ces lieux, ni même ailleurs, et ils le faisaient sans discrétion aucune, à grand coup de rire et de paroles mal placées, trop évidentes pour être balayées d'un revers de la main par un Hansel qui restait bien droit dans son siège puisque le monde commençait à tourner un peu trop à son goût. Pourtant cela avait bien commencé. Enfin pas trop mal. Et puis tant qu'on ne parlait pas de lui, l'ancien confiseur était ravi. Il voulait tout savoir des autres – de certains autres, en réalité, mais de lui il ne voulait rien révéler, car cela revenait à s'exposer, et qui plus que sa propre carcasse n'était pas en mesure d'accepter cela le sourire aux lèvres, maintenant que tout avait changé ? Il s'était mis dans de beaux draps. Et tout seul, en plus de cela. "C’est comme si… il fallait impérativement que ce soit eux qui viennent en premier. Comme s’ils étaient plus importants que tout le reste. Pardonnez-moi si je passe pour un abominable être insensible, mais personnellement, je pense qu’on devrait laisser la liberté aux gens de faire passer leur « passion » avant tout le reste. Leurs familles, leurs amis. Leurs amours. Et quand je tiens ce discours, on s’empresse de me traiter de tous les noms…" Oui, même son discours criant de vérité n'avait pas affecté le mousse plus que de raison. Il avait déjà pu déceler cette étrange particularité en l'inventeur, tout simplement parce qu'on reconnaissait ceux qui était fait de la même substance rêveuse que nous. Hansel avait déjà appliqué ce mantra. Contre son gré, peut-être, animé par une volonté bien plus forte que lui, et qui faisait encore battre son cœur de travers, mais cela revenait au même : il s'était découvert une passion pour l'aventure. Dès son plus jeune âge d'ailleurs, le destin la lui avait enfoncé dans les entrailles, et il avait fallu exactement dix-huit ans pour que naisse de cette immondice une crise de conscience – cela ne pouvait pas être une prise de conscience. Il pouvait presque relativisé avec cette pensée sur l'origine du mal, puisque si on ne l'avait pas abandonné, il n'aurait jamais pu développer ceci. Il n'aurait par ailleurs jamais eu besoin de délaisser lui-même sa famille et sa vie en général.
Il se mordit la lèvre inférieure, le signe certain d'une nervosité croissante. Il sentait qu'il allait assister à un authentique dérapage de son ami, et dans quelques secondes seulement, qui plus est. - Il n'avait jamais rien prévu de si juste. Tout de suite, l'inventeur s'approcha, haleine chargée d'alcool et yeux aussi grands que des océans. Hansel en resta bouchée-bée, l'écoutant simplement, cloué sur sa chaise comme un crucifié, obligé de rester croupir ici ou de s'enfuir avec sa croix, ce qu'il ne pouvait plus puisque toute sa force s'était échappé de son être, comme happé par les paroles qu'il reçu de plein fouet. "Mais c’est peut-être déjà le cas, non ? Je te trouve bien calme, ça ne te ressemble pas, toi qui n’es qu’un diablotin d’habitude. Ferais-tu ton timide, Hansel Denougatine ?" A partir de là, le matelot baissa les bras. Que pouvait-on faire contre le regard d'un enfant d'Afshin, de toute manière ? Surtout lorsque les paroles d'un autre afshinien se rajoutait par dessus, comme du sel sur une plaie béante. C'était la porte à tout réchauffement interne qui invoquait rougissements et tout ce qui allait avec, et l'ancien confiseur n'y échappa pas le moins du monde. Il se prit à se maudire lui-même. Il ne pouvait faire que cela après tout, puisque l'un l'était déjà, et depuis quelques longues années, et l'autre, eh bien l'autre faisait ce qu'il pouvait, et puis tant pis si cela provoquait quelques dégâts collatéraux. Son ami ne lui en voulait pas, l'inventeur avait toujours été un peu déconnecté de la réalité, et il arrivait ainsi, parfois, qu'il descelle des trouvailles invisibles aux yeux des conscients. En revanche, il réussit tout de même à jeter une nouvelle malédiction sur son amant, qui arborait le visage d'une personne avec une idée révolutionnaire derrière la tête. Et quelle idée. Quel mensonge. Quel cauchemar. "N'êtes-vous donc pas au courant Jeiran ? Quelqu'un s'est fait une petite place dans ses pensées." Le malaise du cadet était bien visible sur son visage qui se voulait le plus neutre possible, alors qu'un soupir se faisait doucement entendre à la bordure de ses lèvres. Si Sinbad ne voulait pas être nommé « la légende des sept mers » alors il ne pouvait nier son titre de « légendaire menteur. » Le pire était que tout concordait. L'invention se tissait dans un fond de vérité, sans pour autant y plonger complètement, car cela aurait été mal connaître le forban des mers. Jeiran pourrait y croire. Tout le monde le pouvait, et dur comme fer. La tromperie pouvait perdurer dans le temps, sans jamais plier, au moment fatidique ils seraient même capable de retourner à Yasen pour le faire s'étendre un peu plus dans les prunelles de cette jeune femme qu'Hansel aurait pu oublier, si elle n'était pas réapparue tel un fantôme dans une discussion alambiquée. Un instant le plus jeune se demanda s'il réussirait à hocher la tête en signe d’acquiescement, et ainsi  les protéger. Mais était-ce réellement utile ? Était-ce bon ? Parfois il fallait faire du mal pour apporter le bien. Mais si on allait dans ce sens là, pourquoi pas éviter toute condamnation aux barbares qui incendiaient des villages entiers d'innocents, sous prétexte qu'ainsi ils les délivrait de la maladie, de la vieillesse, de la douleur d'être un homme ? Cela n'avait aucun sens, ou juste pour Sinbad, et encore. Il en avait tué, des bougres, et sans raison autre que celle de sa propre survie. Ce pouvait-il qu'il se mette à penser de cette façon afin de se donner des excuses ? Dans tous les cas, Hansel n'était pas Sinbad. Et il n'était pas non plus un petit être sensible qui acceptait tout, même ce qui lui semblait n'être pas acceptable un seul instant, bien que souvent il en ait tout l'air. Pourtant, il ne répliqua pas. Il ne le pouvait tout simplement pas, comme si ici, ce droit lui était étranger. Il était le matelot, après tout. Et Septmers le capitaine. Même si Jeiran était son ami. Cela ne rentrait pas dans l'équation, de quoi donner à Hansel une pâleur maladive, car il se retrouvait encore une fois tiraillé entre deux réalités qui menaçait de le prendre à la gorge s'il ne réagissait pas maintenant. Heureusement, quelqu'un d'autre le fit pour lui, et c'était sûrement mieux de la sorte, car Kale avait la prestance qui manquait au plus jeune, ce qui fit rapidement relever la tête de toutes les personnes ici présentes. On le remarquait toujours, Kale, sans pour autant qu'il cherche à se détacher du reste du monde. Il possédait simplement cette démarche ci et ce regard qui hypnotisait l'assemblée, le souffle coupé, comme attendant une parole, un geste, quelque chose venant de sa personne. Même Sinbad l'écoutait. C'était pour dire. D'ailleurs il prit congé rapidement, rejoignant son frère aussi vite que possible, ce qui peina un Hansel laissé pour compte. Cela ne le reposait pas du tout. Cela ne le reposerait jamais. Il reprit donc une gorgée de son verre, qu'il avait bu plus lentement que les deux autres, pour la simple et bonne raison qu'il ne pouvait faire d'une autre manière, et reposa son regard sur la table, observant les échardes qui s'y étaient logées, histoire de vous faire regretter de taper du poing. "Il a toujours été ainsi." commença-t-il en parlant du capitaine, après quelques minutes de silence, la voix presque maussade. "Enfin je crois." Il ne le connaissait après tout que depuis six minuscules mois, qui lui apparaissait pourtant comme une éternité. Il se pinça les lèvres, et releva la tête vers son ami. C'était le calme après la tempête. Un peu, du moins. "Et puis c'est faux, elle n'a pas une place dans mes pensées. Il plaisante." continua-t-il, en haussant les épaules, l'air de rien. "Cela doit l'amuser, j'imagine." Il eut l'ombre d'un sourire, puis décida de se redresser un peu sur son siège afin de paraître un peu moins abattu qu'il ne l'était, ou un peu plus adulte, ou un peu moins lui, c'était au choix. "Enfin, mis à part cela, le capitaine est formidable. Qu'en as-tu pensé ?"
Oui, qu'est-ce qu'on pensait de Sinbad Septmers quand on était pas Hansel Denougatine ?
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⊱ pseudonyme : Zabolac.
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⊱ allégeance : Qui ça ?





Lun 26 Jan - 23:09



Jeiran & Sinbad & Hansel
Toi le frère que je n'ai jamais eu...


Pauvre Hansel. Il n’aurait jamais pu deviner ce qui l’attendait en rejoignant la table de l’inventeur, comment aurait-il pu ? Comment aurait-il pu savoir que c’était un de ces soirs où, la tête trop pleine d’idées, de pensées, de soucis, de rêves, Jeiran se réfugiait dans le seul expédient qu’il savait temporairement efficace : l’alcool ? Il n’en abusait pas bien sûr, n’avait presque jamais été soûl au point de perdre conscience ou la mémoire, mais le vertige, ce vertige salvateur de l’ivre bienheureux, ça il voulait bien s’y laisser glisser, de temps en temps, quand ça allait péter dans tous les sens dans sa boîte crânienne. Et sous l’emprise de l’alcool, Jeiran avait un peu tendance à dire tout ce qui lui passait par la tête. Y compris des choses qui pouvaient embarrasser les autres. Sans qu’il ne le sache d’ailleurs. La sensibilité et l’empathie n’étaient pas les qualités premières de l’inventeur. La créativité, l’optimisme, la gentillesse, sans doute. La compassion, pourquoi pas. Mais pour aller lire dans les pensées des autres, quand les siennes étaient déjà tellement obscures… Et ce soir-là, après Natalia, c’était Hansel qui en faisait les frais. Pauvre garçon. Si Jeiran s’était douté ne serait-ce qu’un seul instant du tourment auquel il le soumettait, nul doute qu’il aurait arrêté sur le champ, mais à cette heure, Hansel était la pauvre victime crucifiée par les jeux d’esprits involontairement cruels d’un homme qui voyait son monde s’effriter dangereusement devant lui. Partout où Septmers passait, des mondes s’écroulaient. Une malédiction qui passait de père en fils, fallait-il croire. Et pas seulement ceux qui avaient été reconnus. Très satisfait de sa petite taquinerie, il remarqua à peine que le pauvre mousse avait viré au blanc coton et portait de nouveau sa choppe à ses lèvres. Rien de mieux que l’alcool pour anesthésier l’esprit et la tempête.

« N'êtes-vous donc pas au courant Jeiran ? Quelqu'un s'est fait une petite place dans ses pensées. » « Noooon ? » fit Jeiran, brièvement étonné, mais son esprit s’envolait déjà ailleurs. Il avait eu envie de taquiner Hansel, mais comme tous les gens ivres, il régressait à l’âge de cinq ans, et les enfants avaient la patience et la capacité d’attention d’une moule. Hansel et Eleonore étaient déjà sortis de son esprit. Jeiran eut un sourire, qui pouvait passer pour un sourire complice à la description de la supposée jeune femme, mais qui était réellement un sourire de pitié pour lui-même, quelque part un peu conscient de sa misère. De sa misère, et de ce qu’elle éclaboussait un peu l’infortuné marin assis à côté de lui qui n’avait rien demandé d’autre que de la compagnie. Il ignorait juste à quel point les éclaboussures étaient en réalité un véritable tsunami, si un mot de trop était prononcé.

Soudain Sinbad détourna la tête, et Jeiran releva la sienne pour voir ce qui attirait son attention comme ça. Il faillit sursauter quand, après quelques secondes d’hésitation, il avait finalement reconnu ce gamin qui traînait toujours avec Sinbad auparavant, il y a des années, à Fort Fort Lointain. Un nom qui commençait en K… Kale ? C’est ça, Kale. Le frère de cœur de Sinbad, certainement. Celui qui, sans le savoir, grâce à la lâcheté d’un homme, avait pris sa place. Et ne l’avait jamais lâchée, visiblement. Toujours là après toutes ces années… Jeiran regardait les deux hommes converser, dans un mélange de curiosité et d’envie. Mais pas de jalousie. Il n’avait plus la force ni l’envie d’être jaloux, encore moins de celui qui avait pu donner à Sinbad ce que lui n’avait jamais eu la possibilité ni le courage de lui offrir. Il les voyait, la confiance et la complicité. Et sa propre tristesse, qui recommençait à lui noyer le cœur. Longtemps qu’elle n’était pas venu dire bonjour, celle-là.

« Et bien Aurorefauve, ce fut un plaisir de croiser votre route, j'espère que nous nous reverrons ! »
« De même, capitaine. » répondit simplement Jeiran en touchant son chapeau en guise de salut. Et voilà, baissé du rideau, rentrez m’sieurs dames, y a plus rien à voir. La star quitte la scène, et ne restent que les seconds rôles pour conclure alors que tout le monde se lève déjà pour partir. Jeiran suit les deux hommes des yeux, impuissant. Il sent son cœur qui se remet à battre, qui lui crie de lui courir après, de ne plus le lâcher, de tout lui dire, d’essayer au moins. Et il sent son corps et sa tête qui refusent, préférant rester dans cet état de léthargie lamentable. Une occasion manquée, encore. Il laissa échapper un long soupir, puis se redressa pour poser ses coudes sur la table, le menton posé sur ses mains jointes. Imbécile, va.

"Il a toujours été ainsi." La voix d’Hansel le tira de son conflit intérieur, si bruyant qu’il en avait obscurci les bruits du bar, jusqu’à ce que le marin ait la bonté de le tirer de là. Jeiran tourna la tête et les yeux vers Hansel, esquissa un sourire. Presque heureux de savoir qu’il n’était pas complètement seul dans cette mouise. "Enfin je crois." Jeiran eut un semblant de rire. « Tu es intuitif, Hansel. Si tu le dis, tu as sûrement raison. » se contenta-t-il de répondre en se frottant les yeux. Et il resta là, le front et le haut du visage dans sa paume, trop froide, trop chaude, il ne savait plus. "Et puis c'est faux, elle n'a pas une place dans mes pensées. Il plaisante." Nouveau demi-sourire. "Cela doit l'amuser, j'imagine." Reprit Hansel. Sûrement, songea Hansel. Il ne le connaissait pas assez pour le dire, après tout. Il entendit sans le voir Hansel bouger sur sa chaise. Jeiran, lui, resta parfaitement immobile, comme un de ces automates qu’il savait si bien construire et qu’il aimait tant, un de ces automates au cœur mécanique que parfois il enviait dans leur inertie. "Enfin, mis à part cela, le capitaine est formidable. Qu'en as-tu pensé ?" demanda-t-il enfin.

Ce qu’il en pensait. Et il attendait une réponse en plus, cette nouille. Jeiran avait une furieuse envie de s’enfoncer dix pieds sous terre et de n’en jamais revenir. Au lieu de ça, puisqu’il n’avait guère le choix, il se frotta le front avant de joindre à nouveau ses mains sous son menton, les index joints sur ses lèvres comme pour les sceller dans un secret, pendant que ses yeux évitaient soigneusement Hansel pour regarder la porte. Des yeux dont il avait douloureusement conscience qu’ils étaient trop humides pour être honnêtes.

« C’est un homme intéressant, je te l’accorde. Et sûrement un homme bien. Difficile de juger après seulement quelques minutes d’entretien… » Seulement quelques minutes. Alors qu’il aurait dû avoir trente-et-un ans d’expérience derrière lui. Nouveau coup au cœur, en botte et je touche. Quelques minutes contre trois décennies. Sinbad était parti, la tempête s’était apparemment calmée, mais elle avait laissé des débris derrière elle. Un bateau à la dérive, un esprit naufragé, un survivant qui s’accroche à sa planche de bois tout en buvant la tasse et l’eau de mer qui lui brûle les poumons. Et la planche, cette foutue planche qui le soutenait depuis si longtemps, était à deux doigts de lâcher après une dernière vague un peu trop forte. Et dire que de l’extérieur, on aurait simplement pu croire qu’il était pensif, ou qu’il avait l’alcool triste, à la limite. L’alcool aidait sûrement d’ailleurs. C’était ce dont il essayait de se convaincre. Alors qu’il savait très bien que s’il n’avait pas déjà mis la voiles en claquant la porte, c’était bien grâce à –ou à cause de – l’alcool et ses effets pervers. Il baissa les yeux, regarda à nouveau vers la porte, attendant, attendant quoi ? Un signe ? Que Sinbad revienne ? Arrête tes jérémiades Jeiran, il ne reviendra pas tu le sais bien, peut-être que tu ne le reverras jamais d’ailleurs, pourquoi viendrait-il te revoir ? Re-re-re-re, ça en fait beaucoup des deuxièmes fois hypothétiques qui ne se réaliseraient jamais. Paf, nouveau coup de poing dans le bide. Il fallait vraiment qu’il arrête de se faire du mal, ça ne lui réussissait pas. Il n’était pas solide comme Ali, lui.

« Hansel, je suis vraiment désolé, mais il faut que je file aussi je… j’ai du travail à terminer. » lâcha précipitamment l’inventeur en se levant pour enfiler ses gants, avant d’hésiter et de se rasseoir, en proie à une agitation visible, une agitation qu’il n’arrivait plus à contenir, dont le bocal fermé depuis tant d’années venait d’être méchamment fissuré par cette rencontre impromptue. « Non, en réalité, je… » Il soupira longuement, inspira nouveau, déglutit péniblement. Il perdait le contrôle. L’avait-il seulement jamais eu ? Il avait cru. Pendant trente putain d’années, il avait cru. Et la réalité lui revenait au visage, en pleine face, malgré l’alcool qui se dissipait, qui déjà n’avait plus d’effet parce que la réalité de ce qui venait de se passer était tellement plus puissante, le frappait tellement plus de plein fouet, qu’il ne pouvait même plus se réfugier derrière. Il était fait.

Se rappelant soudain de la présence d’Hansel à ses côtés, il le dévisagea, comprenant tout de suite que le garçon avait bien compris que quelque chose ne tournait pas rond chez l’inventeur. Hansel, pauvre Hansel, perdu dans sa propre tragédie, pris en tenailles dans celle de son ami. Jeiran posa sa main sur le bras du confiseur et serra un peu, comme s’il essayait par là de communiquer à quel point il se sentait… mauvais.

« Excuse-moi Hansel. Je ne sais pas ce qui me prend, c’est sûrement l’alcool. C’est ça. L’alcool. » acheva-t-il en murmurant presque. Mais encore et encore, l’image de Sinbad qui se levait et qui partait –encore – une fois de plus, une fois de trop. Pourquoi ? Pourquoi on lui infligeait ça, ces retrouvailles aussi brèves que cruelles et inutiles ? Il avait mal, il avait plus mal que jamais, trente-et-un ans de solitude, trente-et-un ans d’un foutu silence forcé qui, d’un seul coup, le submergeaient et l’emportaient.

La planche avait fini par céder. Et Jeiran aussi.

« Oh bon sang… » souffla-t-il en enfouissant son visage dans ses mains, pour l’en retirer tout de suite et poser sur Hansel son regard, un regard sombre qui contenaient, sans pouvoir l’exprimer, le tsunami qui l’engloutissait et que personne ne voyait, n’entendait, et qu’il ne pouvait pas montrer. Il n’avait pas les gestes, il n’avait pas les mots. Enfin si. Quelques uns. Dérisoires, et pourtant si terrifiants. « Sinbad est mon frère, Hansel. Je sais que tu l’ignorais, tu ne pouvais pas le savoir, mais… » Jeiran inspira à nouveau, le cœur prêt à exploser. « Ca faisait plus de quinze ans que je ne l’avais pas vu, que je ne pensais plus le revoir. Notre père me l’avait interdit. Il n’a jamais rien su. »

L’histoire sortait, pêle-mêle, sans ordre, sans queue ni tête, Hansel n’y comprenait sans doute pas grand-chose, mais Jeiran se débattait trop pour s’en soucier. Ca faisait mal. Et ça faisait rien.
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Dim 1 Fév - 16:38




Sinbad, Jeiran et Hansel

pourquoi fallait-il qu'on fasse toujours avancer les choses qu'elles le veuillent ou non ? mystère. manifestement, personne n'avait jamais envie de les conduire gentiment par la main.

Parti, Sinbad Septmers formait encore des tempêtes au creux du cœur, histoire de ne pas se faire oublier de sitôt par les esprits qu'il avait toujours entre les mains et qu'il devait pouvoir mener à sa guise, si l'envie lui prenait. Hansel n'en doutait pas un seul instant. Il avait été faible, il avait piétiné ses grands principes au profit d'une nouveauté à effleurer du bout des doigts et finalement à prendre complètement, et voilà où il en était à présent. Plus vivant que jamais, et même si cette situation était difficile, même si les mensonges essayaient de suivre la route sinueuse qu'ils avaient tous deux tracés sur les flots, le matelot était plutôt content de son sort. Il s'y faisait, jour après jour. Et tout cela n'était peut-être pas normal pour les autres, mais cela l'était devenu à ses yeux. Au fond de lui, il aurait tout de même aimé que pour certaines autres personnes, des personnes chères, comme Jeiran ou encore ce bon vieux Lorcan, cette mascarade soit connue au moins d'eux, afin de ne pas avoir à faire semblant, car quoi de pire que mentir au nez de ce qui faisait les amitiés les plus soudées ? Rien absolument rien, pas même la mort, d'après le jeune homme qui s'en voulait un peu, assez pour, si l'alcool avait coulé un peu plus dans ses veines, tout avouer à l'inventeur. Cela aurait été une belle erreur, ainsi avoir les idées à peu près claires se relevait être plutôt une bonne nouvelle, puisque même s'il avait du faire face aux railleries des deux hommes à moitié saouls, lui ne risquait pas de dire quelque chose qu'il pourrait regretter par la suite – bien qu'il regrettait déjà. Il regretterait encore plus à la sortie de la sirène amputée, bien certainement.
"Tu es intuitif, Hansel. Si tu le dis, tu as sûrement raison." S'il avait été aussi intuitif que Jeiran se mit à dire en réponse à ses paroles entre-coupées de petites pauses indispensables à sa constante recherche de mots justes – qui ne sonnaient pas si biens que cela, il n'en serait pas là à l'heure qu'il est, en train de donner à qui voulait le bâton pour se faire battre, ou pire, de l'asséner sur le dos d'une personne qu'il aimait énormément. Non, Hansel était l'homme le moins intuitif qu'on pouvait trouver en ce bas monde. Il trébuchait sur ses propres émotions, se faisaient des bleus avec celles des autres, et collectionnaient les cicatrices de relations humaines mal gérées – les siennes comme ceux du voisin, en parfaite éponge à sentiments.  Continuant à se tenir droit sur sa chaise, autant que possible du moins, il attendit sa réponse, qui mit du temps à venir ce qui n'échappa pas à sa petite cervelle ramollie par le rhum ingéré. Il observa son expression, sourcils haussés, les mains croisées sur la table abîmée par le temps et la quantité astronomique de bières qu'elle a du supporter, avec les consommateurs qui allaient avec. Jeiran, de son côté, regardait la porte. Hansel se dit un instant que s'il avait été du même côté, c'était ce qu'il aurait fait aussi, à n'en pas douter, désirant apercevoir son pirate une dernière fois avant qu'il ne se fasse happer par la nuit et les ruelles mal fréquentées de Ragtown. Ils devaient sembler bien idiots, ces deux âmes en peine, complètement perdues car leur petit bout de mensonge auquel ils se retenaient comme à leur vie s'était enfin évanoui aux côtés d'un autre. "C’est un homme intéressant, je te l’accorde. Et sûrement un homme bien. Difficile de juger après seulement quelques minutes d’entretien…" La réponse vint, après un long moment de silence pesant qu'Hansel ressentit fortement de part le contraste avec l'ambiance qu'on pouvait retrouver à quelques mètres de là, sur une autre planche de bois identique. Un radeau qui emportait pourtant des énergumènes qui différaient énormément d'eux. Deux pauvres bougres qui évitaient de se regarder dans le blanc des yeux, afin de n'éveiller aucun soupçon, ce qui était raté. Le cadet hocha légèrement la tête, tandis que la grenouille faisait une nouvelle fois un saut périlleux, petite prouesse qui retint son attention, du moins son regard d'enfant. Le fait que Jeiran trouvait Septmers intéressant réjouissait le matelot, qui était rassuré par cet aveu qui lui arracha un petit sourire. Si Jeiran approuvait ses dires, alors tout irait bien. Oui, tout irait bien. Mais pas maintenant, parce qu'à sa manière, Hansel avait tout fichu en l'air. Ce fut ce qu'il comprit enfin lorsqu'il releva les yeux vers son ami, qui se mit à changer du tout au tout. Aveugle, Denougatine. Tu es comme un enfant, tu fais du bruit, et tu ne sais rien. C'était ce qu'aurait dit Kale, s'il avait été là. Mais à la place, il était venu leur enlever leur poison ambulant, et c'était comme ces blessés de guerre qui vivaient avec une lame plantée dans le corps, qu'on ne pouvait leur enlever sans leur ôter de ce fait la vie.

Hansel, il avait déjà vu l'inventeur s'éloigner de la réalité pour se retrouver dans son propre monde où les automates avaient un cœur, et ou les humains n'avaient plus aucune place. Cependant, c'était la première fois qu'il était témoin d'une telle nervosité de sa part, qui n'avait rien à voir avec une quelconque machinerie créer de ses propres mains, mais plutôt celle qu'il avait à l'intérieur de lui, et qui semblait dérailler plus que de raison en cet instant propice au dérapage. Il le regarda hésiter, mettre ses gants, se lever pour le quitter puis se rasseoir pour ne pas l'abandonner. Il la vit dans ses yeux, la détresse. Cette même détresse qu'on pouvait lire dans ses prunelles où une lueur d'incompréhension s'était glissée en précipitation. Un miroir à son propre malheur. Aurorefauve s'était mis à baragouiner dans sa moustache comme Hansel pouvait le faire parfois, quand la gène était de mise et qu'il n'avait aucun moyen pour la détruire entièrement. Les émotions négatives demeuraient toujours plus longtemps que les autres. Et les sourires étaient beaucoup plus facile à mettre en pièces que la peur. Ce fut ce qu'il remarqua chez son interlocuteur. Ce fut ainsi qu'il se dit qu'il avait fait une grosse bêtise, et qu'il en ferait toujours, du berceau au tombeau. D'abord il avait précipité Gretel dans la maison d'une sorcière carnivore, puis il s'était précipité lui-même dans la gueule du loup, pour finir par rendre un ami complètement perdu dans sa propre existence, ce qui était le plus douloureux, le plus compliqué à supporter – le matelot en avait déjà fait les frais. Il ne réussit qu'à extraire que quelques informations dans le flux de paroles constant que Jeiran lui offrit comme un sac de regrets qu'on vide brusquement, parce qu'il y a toujours un moment où l'esprit nous dit que c'est trop, qu'il faut évacuer sous peine de se faire ensevelir sous les non-dits. L'alcool. L'inventeur mettait cette détresse sur le dos de l'alcool. Hansel fronça les sourcils, et se pencha un peu en avant, son torse se faisant plaqué contre le rebord de la table pour s'approcher un peu des paroles de son ami, qui n'en menait pas large. Puis la vérité vint, parce qu'après le mensonge venait toujours cette dernière, vile et paresseux concept qui mettait tellement de temps pour arriver que sa némésis se faisait un plaisir de tout pourrir pour lui faciliter la tâche. Lèvres sèches, il eut la très bonne idée – comme toutes celle ce soir – de boire une gorgée de son verre qu'il vida finalement, mais la recracha rapidement en entendant la voix d'un Jeiran qui ne finirait jamais de l'étonner.  "Sinbad est mon frère, Hansel. Je sais que tu l’ignorais, tu ne pouvais pas le savoir, mais… Ça faisait plus de quinze ans que je ne l’avais pas vu, que je ne pensais plus le revoir. Notre père me l’avait interdit. Il n’a jamais rien su." Le temps s'arrêta net, coupé dans son élan. La grenouille fit un nouveau tour sur elle-même, qui rata et la projeta sur le flanc, un peu plus loin. Morte. Happée de plein fouet par cette révélation qu'Hansel ne put assimiler tout de suite. Il toussa un moment, main sur sa gorge mise à mal par le liquide alcoolisé, puis cligna des yeux, fit la grimace, se redressa une nouvelle fois sur sa chaise afin d'éviter d'en tomber, le souffle court et la mine déconfite. Après quelques secondes, il se remit dans sa position initiale, bien qu'elle ne semblait pas confortable du tout – de toute manière, à cet instant même il songea que rien ne pourrait lui paraître confortable. Il restait immobile, bouché-bée face à- à quoi déjà ? Il ne savait plus. Ce fut pourquoi il posa la question, d'une voix qui monta rapidement dans les aigus. "Quoi ?" Quoi ? C'était tout ce qu'il avait à dire, par peur d'avoir mal entendu, par peur que ce soit la réalité, un peu aussi. N'en aurait-il jamais fini de faire des bourdes ? Non, bien sûr que non. Hansel Denougatine demeurerait Hansel Denougatine quoi qu'il advienne, et il traînerait ses bêtises jusque dans sa tombe. Il essaya de respirer calmement, mais n'y arriva pas, ce qui l'énerva et le fit se mordre méchamment l'intérieure de la lèvre. Le sang se mit à s'écouler par la petite plaie faite, futile mais douloureuse. Et cette pauvre grenouille qui ne se relevait pas. Et ce pauvre Jeiran à qui on avait tant pris, même un frère un peu trop téméraire. Ce fut dans ce moment de trouble que la jeune serveuse revint dans l'espoir d'une nouvelle commande, ou de l'argent de la dernière. "Vous avez terminé messieurs ?"  demanda-t-elle de sa petite voix, les yeux dérivant sur la chaise vide de ce bon vieux Sinbad Septmers. Piqué au vif, Hansel prit la bourse de schillings que ce dernier avait laissé et la déposa un peu violemment au bout de la table, ce qui fit sursauter la pauvre fille qui pris l'argent et s'en alla sans demander son reste. De son côté, le matelot prit une longue inspiration, et posa les coudes sur la table, mains retenant son visage caché par ces dernières, une manière de faire le point sur une situation où on ne pouvait en faire aucun. Aussi étrange que cela puisse paraître, l'ironie de leur sort l'amusa, et son rire résonna à leur table d'infortune. "Bon sang..." commença-t-il entre deux rires étranglés. "Tu n'aurais pas pu me le dire avant qu- non bien sûr que tu ne le pouvais pas." reprit-il après coup, lorsqu'il se fut un peu calmé, et que toutes les informations s'étaient regroupées bien à l’abri dans son crâne afin de lui donner la possibilité de réfléchir, au moins un peu. Maintenant qu'il y pensait, c'était presque une évidence. Bien sûr, que Sinbad et Jeiran étaient frères, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. Bien sûr. Bien su-. Quel idiot. Il n'en loupait jamais une, c'était une maladie chez lui. "Oh non..." qu'il se mit à souffler, en passant ses deux mains dans sa tignasse bouclée, en soupirant légèrement. "Je suis désolé mon ami. Je- je ne voulais pas. Si j'avais su, je ne me serais pas immiscé ainsi dans- dans tout cela..." Pourtant, un menteur reconnaissait toujours un autre menteur. Il fallait comprendre de cela qu'Hansel était un bien piètre imposteur. Mal à l'aise, il finit par attraper son bras, comme lui l'avait fait quelque temps plus tôt, afin de le serrer en signe de compassion, car si Denougatine n'était pas un bon charlatan, il pouvait se montrer assez bon ami. "Alors, tu es vraiment son frère ? Waouh." Bon, parfois seulement, il était un véritable ami. Pas toujours. Bon sang, cela voulait dire qu'il le connaissait depuis beaucoup plus longtemps que lui. C'était quelque chose. Il se reprit rapidement tout de même, en malmenant sa lèvre inférieure. Plusieurs sentiments le tiraillaient, et tel un enfant il ne savait lequel suivre réellement, passant d'un certain émerveillement à des remords sans faille. D'une petite voix, il demanda après une seconde de silence, ne lâchant pas le moins du monde son bras. Jamais. "Dis-moi que c'est une bonne chose que tu l'aies revu après quinze ans d'absence, je t'en prie mon ami."  Cela pouvait l'être. Il l'espérait de tout son cœur, du moins. Et il en savait assez sur les relations familiales brisées pour laisser s'éffilée cette dernière au prix de la santé mentale de l'un de ses meilleurs amis.
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⊱ pseudonyme : Zabolac.
⊱ tête mise à prix : Santiago Cabrera
⊱ crédits : LAURA et Tumblr.
⊱ arrivé(e) le : 01/01/1970
⊱ tes licornes : David Leféroce.
⊱ schillings : 0

⊱ ta race : Humain, même s'il a toujours rêvé d'être un nuage.
⊱ allégeance : Qui ça ?





Ven 13 Fév - 23:50



Jeiran & Sinbad & Hansel
Toi le frère que je n'ai jamais eu...


La bombe était lâchée. Jeiran, étourdi, n’était pas sûr de réaliser encore l’énormité de ce qu’il venait de faire. Avouer à Hansel la vérité sur lui et Sinbad. C’était la première fois qu’il se confiait à ce sujet à un autre être humain, à part Ali, mais Ali savait tout, il ne pouvait rien lui cacher à Ali. Mais Hansel ? Un matelot de Sinbad ? C’était probablement l’idée la moins raisonnable qu’il ait eue ces quinze dernières années. Et Dieu savait qu’il en avait eu, des idées déraisonnables. Ne pas s’enfuir de cette taverne quand il en avait eu l’occasion par exemple. Bon sang, mais qu’est-ce qui lui avait pris, de tout avouer à Hansel ? Plus les secondes s’écoulaient, lentes, lourdes, écrasantes, plus Jeiran réalisait, lentement, l’horreur de ce qu’il venait de révéler à l’innocent matelot. Il l’avait laissé entrer dans la bulle insondable que constituait normalement son esprit et les soucis qui s’y trouvaient, et il savait déjà qu’il n’en sortirait pas indemne. Le mal était déjà fait, il n’avait qu’à regarder la tête d’Hansel pour le savoir. Jeiran sentit son cœur tomber bas, très bas dans sa poitrine. Mais qu’avait-il fait, bon sang ? A quoi pensait-il, ou plutôt, à quoi ne pensait-il pas, en laissant échapper cet aveu et toutes les conséquences qui allaient avec ? Son sang se figea dans ses veines alors qu’il imaginait déjà Hansel, incapable de tenir le secret, aller tout révéler à Sinbad. Et alors, que se passerait-il ? Au mieux, il viendrait lui demander des explications, l’accuserait de mentir, et disparaîtrait à nouveau de sa vie, en le haïssant. Au pire, il ruinait toutes les certitudes du fier capitaine de l’Ecorchée, bousillait sa vie en même temps que la sienne, et l’entraînait avec lui dans la tornade infernale de son secret. Un secret qu’il s’était résolu depuis toujours à garder pour lui seul, un fardeau qui n’était, qui n’aurait dû être que sien, et qui était maintenant celui d’un autre. Et Jeiran splendide égoïste, refusait de céder ce serait-ce qu’un peu de ce poids qu’il chérissait autant qu’il le haïssait. Et il venait de tout gâcher, et en plus de mettre Hansel dans une situation des plus délicates. Il se détestait. Jamais il ne s’était autant détesté. Le poing de Jeiran se crispa sur son genou, ses ongles s’enfonçant dans la chair de sa paume. Qu’il était mauvais. On disait que tout ce qu’il touchait se transformait en or, il n’était pas sûr que ça se tienne pour ce qui était des êtres humains. Il avait plutôt tendance à tout casser, maladroitement, et ne réussissait jamais à réparer les dégâts malgré toute la bonne volonté du monde. Bon sang, Aurorefauve. L’ingénieur ferma les yeux, paupières serrées, comme si ça allait lui permettre d’effacer le monde autour de lui et ne plus jamais le faire réapparaître. Il était en train de tout gâcher. Encore une fois. Il avait un don pour réparer les objets, et la contrepartie, c’était de systématiquement bousiller les personnes qu’il avait la chance d’avoir autour de lui. Bien joué Aurorefauve, un coup de maître encore une fois.

"Quoi ?"

Jeiran rouvrit les yeux, passa une main sur sa nuque, embarrassé, paumé. Quoi ? Qu’est-ce qu’il pouvait bien répondre à cette interrogation qui résumait bien ces seize dernières années ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il pouvait y faire ? A quoi il avait le droit de s’attendre ? A quoi est-ce qu’il s’attendait en déballant tout à Hansel de la sorte ? Le pauvre, vu la tête qu’il tirait, ce n’était pas un poids léger qu’il venait de lui flanquer sur les épaules. Jeiran s’en voulait. Il n’avait pas le droit d’impliquer son ami dans ses histoires familiales foireuses, Hansel n’était sûrement pas en manque de problèmes lui aussi, et il ne se lamentait pas sur son sort, lui. Pauvre Hansel. Perdu dans ses pensées, l’inventeur remarqua à peine la serveuse et son échange avec le matelot, et ce n’est que quand Hansel laissa échapper un rire étranglé que Jeiran le regarda enfin.

"Bon sang... Tu n'aurais pas pu me le dire avant qu- non bien sûr que tu ne le pouvais pas." S’interrompit-il aussitôt. Un éclair douloureux passa dans le regard sombre et si expressif de Jeiran, qui baissa à nouveau les yeux sur la table, honteux. Son cœur pesait horriblement lourd dans sa poitrine. Lâcher son secret ne l’avait en rien libéré. Au contraire. Ces trente-et-un ans de silence pesaient plus lourd que jamais, le mettant à terre, jusqu’à ce qu’il étouffe sous ce poids insupportable. Il n’avait même plus l’envie ni la force de pleurer. Juste celle de s’enfoncer six pieds sous terre ou de disparaître dans l’océan. N’importe quoi pour faire taire cet orage dans sa tête et cette tristesse sourde qui à nouveau l’étreignait de toute part. Il ne savait pas quoi dire. A force, il avait oublié comment parler.

"Je suis désolé mon ami. Je- je ne voulais pas. Si j'avais su, je ne me serais pas immiscé ainsi dans- dans tout cela..." La voix d’Hansel poussa Jeiran à relever la tête, et lorsqu’il sentit sa main sur son bras, il consentit enfin à le regarder dans les yeux. Hansel, pauvre Hansel. Un cœur tellement plus brave que le sien. Pour la première fois depuis le début de la soirée, Jeiran sourit et posa sa main par-dessus celle de son ami. « Tu n’as rien à te reprocher, Hansel. Tu ne pouvais pas savoir. C’est moi qui suis désolé de t’avoir bouleversé de la sorte. » répondit l’ingénieur d’une voix plus calme que ce à quoi il s’était attendu. "Alors, tu es vraiment son frère ? Waouh."

Jeiran hocha la tête, songeur. Waouh. C’était le mot. Il n’aurait pas dit mieux lui-même. Bon sang que ça lui faisait bizarre d’entendre ça de la bouche de quelqu’un d’autre. Comme si toutes ces années n’avaient été que le rêve d’un gosse sans frère et qu’enfin on lui disait qu’il n’était pas fou. Hansel ne remettait pas en cause sa parole, il le croyait, il pouvait le lire dans ses yeux. Et rien que ça, ça valait le monde aux yeux de Jeiran.

"Dis-moi que c'est une bonne chose que tu l'aies revu après quinze ans d'absence, je t'en prie mon ami."

Cette voix de gosse coupable lui fit un pincement au cœur. Décidément, il ne l’avait pas épargné ce soir-là, ce pauvre Denougatine. Jeiran sourit plus franchement, et hocha la tête en guise d’acquiescement. Par réflexe d’abord, et après une courte réflexion, il acquiesça à nouveau, plus convaincu. Quelle que soit la douleur et la confusion maintenant, c’aurait été pure mauvaise foi que de nier ce qu’il avait ressenti en revoyant Sinbad. Le soulagement de voir qu’il n’était pas mort. La joie de l’entendre lui parler. La fierté de voir ce qu’il était devenu et celle de pouvoir lui parler de son parcours, aussi. Ce bref échange avait été plus que tout ce qu’il avait pu avoir en plus de trente ans. Et c’était Hansel qui, sans le savoir, lui avait offert cela.

« Sois tranquille mon ami. De toute façon, il y a peu de chances pour que je le revoie, maintenant. Mais c’était tellement inattendu que… j’ai été surpris. Pardonne-moi de t’avoir fait peur. » reprit-il, avant de marquer une pause. « Non, pas inattendu. Inespéré. » Jeiran planta son regard dans celui d’Hansel. Un regard dans lequel on pouvait voir danser tristesse et reconnaissance, nostalgie et soulagement. « Merci, Hansel. Je sais que tu ne l’as pas fait exprès, mais hé, d’habitude tu manques de faire sauter mon atelier, je ne vais pas me plaindre d’un peu de changement. » plaisanta-t-il même en ébouriffant la tignasse de son ami, retrouvant rapidement sa bonne humeur. Qu’elle soit de façade ou sincère, l’important c’était qu’il y croit lui-même, non ? Et Jeiran était remarquablement doué pour croire à ses propres trucs, comme un marionnettiste qui finit par croire que ses poupées sont vraiment vivantes. Et puis au moins, son merci était sincère, lui. C’était peut-être un cadeau empoisonné, il était encore trop tôt pour le dire, mais c’était sûrement le plus beau cadeau qu’on lui ait depuis… bien longtemps. Jeiran se laissa aller contre le dossier de son siège, plus détendu. Comme si, finalement, peut-être bien qu’un peu de ce poids qu’il avait sur les épaules s’était bel et bien envolé, après tout. Peut-être qu’il était temps. De faire le deuil. Peut-être qu’au fond, cette entrevue était tout ce dont il avait besoin pour tourner la page. Du moins, c’était tout ce que son esprit encore embrumé était capable de croire pour le moment. Il ne savait pas encore à quel point il avait tort. Laissant ses yeux glisser sur la table, il remarqua la petite grenouille gisante, la ramassa, et en remonta le mécanisme en un tour de main. Tranquillement, il la reposa sur la table, et la laissa joyeusement sautiller vers Hansel, ressuscitée. L’inventeur croisa ses mains sur son ventre, regarda le matelot, et demanda, une note d’inquiétude dans la voix : « Tu ne lui diras rien, hein ? Il ne se doute sûrement de rien… Et c’est mieux comme ça, crois-moi. » Une pause. Puis ce fut au tour de Jeiran de, dans l’ignorance la plus complète, mettre les pieds dans le plat. « Et toi ? Vous avez l’air de bien vous entendre tous les deux si vous allez à la taverne sans le reste de l’équipage. Je ne connais pas bien le monde des pirates mais j’imagine qu’il faut avoir l’estime de son capitaine pour avoir un tel honneur. »
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Dim 22 Fév - 15:34




Sinbad, Jeiran et Hansel

pourquoi fallait-il qu'on fasse toujours avancer les choses qu'elles le veuillent ou non ? mystère. manifestement, personne n'avait jamais envie de les conduire gentiment par la main.

Il avait peur. Ils avaient tous peur, toujours, et faisaient avec ce sentiment blafard, qui les révélait pourtant dans leur entièreté, d'abord Jeiran, qui avait baissé les armes après une bataille silencieuse, et ensuite lui, enfant un peu gauche, un peu bancal, qui virevoltait sans cesse entre deux réalités afin de ne pas se faire happer de plein fouet par la vérité engendrée par la crainte, si ce n'était pas le contraire, de toute manière l'un revenait à l'autre. Hansel avait peur des révélations, et cette peur se propageait dans son cœur pour l'obliger à murmurer des mots imprononçables. Un cercle vicieux qui ne manquait pas de lui donner le tournis, et le voilà qui pataugeait une nouvelle fois dans le brouillard sans réussir, finalement, à éviter quoi que ce soit. Quoi qu'il arrive, on refaisait toujours les mêmes erreurs, comme si une volonté propre nous suivait parmi les vies, parmi les âges, afin de nous rendre toujours faible sur les mêmes points, afin de nous voir recommencer encore et encore les mêmes bêtises qu'avant. Qu'il était désolé pour cela.
Il était désolé pour tout.
Il était désolé pour Jeiran, qui avait souffert une enfance entière, et encore au-delà, il était désolé pour Sinbad, qui ne savait pas, et pour lui-même, ignorant et inconstant, capable de la pire bourde qui soit et d'une empathie qui le faisait souffrir, car il ressentait déjà bien assez de choses lui-même pour encore se coltiner les sentiments des autres. Pourtant c'était ce qu'il faisait – ce qu'il était en train de faire, en regardant son ami comme si son regard avait pu le faire demeurer sur place, une manière de le supplier de rester ici afin de ne pas se retrouver seul – lui ou l'inventeur, les deux, peut-être. Et bien entendu, qu'il ne pouvait pas savoir, bien entendu, qu'il n'était pas totalement en faute. Mais les paroles rassurantes de Jeiran n'y faisaient rien, Hansel se sentait pris entre deux étaux qui lui compressaient le cœur d'un côté comme de l'autre pour lui montrer qu'il était à l'origine de certains mal, lui aussi, et que cela n'arrivait pas qu'aux autres, non, les erreurs se glissaient partout, même dans une personne à priori pure. Au final, ils étaient tous fait de la même manière, tous meurtrier de quelque chose, que ce soit d'une idée, d'une créature, d'un rêve, d'un cœur un peu trop mis à l'épreuve. Cette façon de réfléchir le bouleversa tout autant que l'étrange nouvelle d'Aurorefauve. Hansel préférait mille fois mieux savoir que son ami avait un frère, même si ce frère était Sinbad, que voir dans ses yeux cet éclair sombre et s'avérer être la cause de ce dernier. Pourtant, le gamin se ressaisit, en songeant qu'il en était de son devoir, il avait après tout, poussé son inventeur à un aveu douloureux, il se devait de l'aider à le porter, car quand on connaissait le secret d'une personne, on en devenait en quelque sorte responsable. Comme une sorte de gardien. Un gardien qui jouait sans cesse avec des clés sans connaître ce qu'elles pourraient déverrouiller,  sans même savoir si elles pouvaient déverrouiller quoi que ce soit d'ailleurs, ou juste un cœur brisé.
Il se reprit donc, la respiration courte et les yeux ouvrant sur son âme mise à mal par ces révélations qui lui retournaient l'esprit plus que de raison. Qu'avait-il fait, bon sang ? Il réfléchit un instant, la mine indéchiffrable. Il l'ignorait bien, tiens. Était-ce une bonne action ou une dague glissée sous leur jugulaire à eux tous ? Aurait-il voulu, lui, qu'on le pousse vers Gretel ainsi ? La relation qu'il entretenait avec sa sœur était trop différente pour être comparée à celle des deux fils d'Afshin. Il ne pouvait même pas s'appuyer sur ses propres déboires pour faire le point. C'était d'un risible affligeant. Pendant un moment, longtemps même après cette petite entrevue, Hansel eut l'impression d'avoir amorcé une bombe. Et c'était si angoissant, de ne pas savoir comment faire pour réparer ses erreurs, qui n'en étaient peut-être même pas. Ça avait d'ailleurs un léger goût de son secret à lui, qui s’entremêlait à celui de Jeiran, car liés indéfiniment à la même personne presque heureuse de faire ressentir à ces deux êtres des sentiments aussi contradictoires et forts. L'ancien confiseur voulut derechef arrêter de penser. Mais bien entendu, il ne pouvait pas. Heureusement, et aussi étrange que cela puisse paraître, son ami l'aida à retrouver son calme, du moins ils semblèrent s'aider mutuellement, comme le faisaient souvent les amis, et surtout ces deux-là, lorsqu'ils ne passaient pas leur temps à se chamailler car Hansel avait un peu trop observer avec les mains une des nombreuses inventions du créateur. "Sois tranquille mon ami. De toute façon, il y a peu de chances pour que je le revoie, maintenant. Mais c’était tellement inattendu que… j’ai été surpris. Pardonne-moi de t’avoir fait peur.  Son ton affligeait l'enfant des mers, trop bouleversé par ce dernier pour oser le contredire dans ses paroles pessimistes. Pessimistes ou réalistes, il n'en savait rien. Néanmoins, Jeiran se corrigea de lui-même, et cela rassura un peu le matelot qui put enfin le regarder sans avoir peur d'avoir brisé définitivement quelque chose en lui, autre qu'un secret trop lourd à porter. Ainsi, l'Afshinien aurait voulu le rencontrer plus tôt. Ce fut du moins ce qu'il comprit, trop content de cette annonce pour demeurer silencieux. Il eut un sourire timide, empêtré dans les remerciements de Jeiran qui le touchèrent en plein cœur. "Merci, Hansel. Je sais que tu ne l’as pas fait exprès, mais hé, d’habitude tu manques de faire sauter mon atelier, je ne vais pas me plaindre d’un peu de changement.  Au moins gardait-il son humour, et même si cela se voyait, qu'il voulait se préserver par ce biais – préserver ce qu'il avait en lui, son honneur comme ses regrets, cela tranquillisa Hansel, dont la gorge se dénoua finalement, après le coup du sort. Il n'eut même pas l'envie de remettre en place sa tignasse indomptable lorsque son ami la transforma en un champ de bataille meurtrier, à la place ses mots teintés d'une certaine reconnaissance, mais aussi d'une légère tristesse firent leur apparition d'un le brouhaha constant de la taverne. "Ne dis pas ça... On ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve, vous vous recroiserez sûrement, et ce sera peut-être une bonne chose.  Il eut un vague sourire nostalgique en l'observant, et finalement soupira. Il ne savait même pas comment appréhendé lui-même ses propres mots, il doutait que Jeiran puisse en tirer quoi que ce soit, et cela le peina atrocement. C'était douloureux, de vouloir aider, et de ne pas pouvoir le faire. Son attention fut accaparé un instant par la grenouille, qui revint vers lui, réparée par son créateur, il la laissa danser sur la table, devant lui, puis lorsque son cirque cessa complètement, l'attrapa d'une main douce, comme si cela pouvait le raccrocher de ce fait à une certitude : elle avait cessé de fonctionner, mais lorsqu'on actionnerait à nouveau son mécanisme, elle repartirait de plus belle. C'était un peu comme les humains, finalement. Parfois, leurs rêves cessaient de fonctionner, à l'instar de leur cœur, et il fallait simplement redémarrer la machine. Même si pour cela, il fallait avoir recourt à des artifices, comme un petit mensonge, un espoir remis à neuf, une promesse humaine. "Ne t'inquiète pas, je ne dirais rien, si c'est ce que tu souhaites. Le jeune homme avala sa salive, non sans peine, et il était prêt à rajouter quelques mots lorsqu'il fut coupé par l'homme au chapeau, d'une délicatesse sans faille. Les secrets rendaient les amis ignorant l'un de l'autre. Pourtant, qu'Hansel aurait voulu se livrer, tout dire, comme un échange équivalent, qui aurait rétabli l’équilibre, pour éviter que tout se casse la figure, y compris hypothétiquement leur amitié.  Mais bien entendu, lorsque Jeiran aborda le sujet inabordable, le matelot effaça de ses pensées tout désir d'échange de bon procédé. Il s'y obligea, du moins.
Ce n'était pas facile, d'aider quelqu'un lorsque lui-même ne vous aidait pas. Pourtant ce fut ce qu'Hansel s’efforça de faire, en se relevant finalement de sa chaise, la grenouille toujours en main. Il était temps de mettre les voiles. Il avait fait son compte de bêtises pour le restant de la soirée, et il le sentait bien, le dérapage. A plein nez, même. Ses paroles se firent plus rapide, plus précipitées. Elles ne cherchaient pas à le trahir, mais plutôt à lui tendre la main, et pourtant elle faisait tout le contraire. "Oh, hm, tous les membres de l'équipage ou presque ont des personnes chères les attendant à la maison. Revenir à la capitale, c'est donc pour ces hommes rentrer chez eux. Mais pour certains d'entre nous, ce n'est pas ça, pas du tout même. Alors on se tient les coudes et on va fêter les profits faits en mer à la taverne, avant de revenir sur le navire, qui fait office de maison. D'ailleurs, si ça ne te dérange pas, je vais rentrer, tu devrais penser à faire de même, tu seras mieux chez toi qu'ici." Le gentil garçon. Il se mordit la lèvre inférieure un court instant, puis passa à côté de lui, une main posée, comme quelques temps auparavant celle de Sinbad, sur l'épaule de Jeiran, qu'il ne voulait pas laisser. Malgré tout, s'il se rasseyait, il s'exposait au risque. Aux esprits échauffés qui comprendrait que ce qu'il disait n'était pas faux, mais pas vraiment vrai non plus. Un doux sourire vint effleurer ses lèvres, et avant son départ, il rajouta ces mots qui eux, ne pouvaient être que justes. "C'est toujours une bonne chose, d'avoir une famille, Jeiran. Ne l'oublie pas. Il était un frère, lui aussi. Il savait. Et dans sa peau de frère, il avait des millénaires. Des années de soucis en tout genre, qui finissaient par bouffer l'esprit et humidifier ses yeux de pluie. Il ne voulait pas de ça pour son ami. Et en quittant la salle après un au revoir pour ce dernier, il se le promettait : il ferait tout pour que cela n'arrive jamais.
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