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FORT FORT LOINTAIN A FERME SES PORTES.

be together, but alone, as the need for it has grown ⊱ iseut


FORT FORT LOINTAIN

C'PAS MOI M'SIEUR SEGUIN JE JURE

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⊱ pseudonyme : songbird
⊱ tête mise à prix : travis fimmel.
⊱ crédits : prout (ava.)
⊱ arrivé(e) le : 04/01/2015
⊱ manuscrits : 392

⊱ tes licornes : shéhérazade, marie, barthélemy
⊱ schillings : 310

⊱ ton conte : cúchulainn, le chien du forgeron.
⊱ ta race : bête parlante. un énorme loup blanc.
⊱ métier : combattant dans un des recoins du marché noir. celui sur lequel on mise généralement.
⊱ tes armes : une hache, camil, un bouclier. sa bestialité.
⊱ allégeance : il n'a jamais aimé les fées, celle-ci ne fait pas exception.





Lun 24 Aoû - 1:43



Iseut, Cúchulainn
(head is filled, the thought unlocked.)

La folie les avait emportés. Comme une vague dévastatrice, elle avait détruit leurs pensées jusqu'à la dernière, dévasté leurs corps jusqu'à ce qu'ils n'en aient plus contrôle. Le vent avait porté les mouvements du loup, sans qu'il ne s'oppose à aucun moment. Il ne s'était jamais opposé au contact d'une femme, il est vrai, mais c'était différent cette fois-ci. Différent à cause des événements récents qui avaient retourné le monde; différent à cause de la haine incessante qui flottait entre eux depuis toujours; différent à cause du manque d'arrière-pensées qu'il avait, cette fois. Différent parce que c'était Iseut. Parce qu'il l'avait aidé, cette fois, il le savait – ne serait-ce qu'à lui faire oublier, pour un instant – et qu'aucun d'eux ne pouvait le nier. Ils avaient été bénéfiques l'un à l'autre, pour une fois, à un point qu'elle ne supportait visiblement pas. Au point de ne plus parler, au point de s'enfuir et de tenter de tout oublier en l'évitant. En le fuyant comme s'il était la peste et le choléra depuis des jours et des jours. En se fondant dans la masse quand elle accrochait son regard, en s'enfermant dans le moindre bâtiment devant lequel elle le voyait passer. Il avait frappé un grand coup, mais le manque de revers auquel il avait droit le surprenait de ses habitudes avec Iseut, et il n'aimait pas vraiment cette idée.
À vouloir aider – et profiter, avouons-le –, Cúchulainn s'était complètement perdu. Il n'était plus sûr de grand chose, ni de ce qu'étaient le loup et la bergère l'un pour l'autre, ni de ce qu'il voulait et pensait vouloir. Il était sûr de vouloir en finir avec les fuites puériles de la blonde, mais du reste ? Il ne pouvait s'empêcher de faire raisonner le moindre de ses mots, un soupir pour toute parole. Était-ce vraiment ce vers quoi ils allaient ? Une absence éternelle, pour quelques insultes et ceux-trois baisers ? C'était ridicule, sans autre mot – d'autant plus que la belle avait été mariée, un simple baiser n'était pas grand chose pour une grande fille comme elle, ni pour un grand garçon comme plus. Il la savait bouleversée, et il n'avait pas été des plus tendres verbalement parlant, mais il lui en fallait habituellement plus pour la décourager. Iseut était une battante, et savait se faire entendre, que ce soit une bonne chose ou non. Un tel silence radio l'inquiétait quelque peu, et d'autant plus venant de la grande Iseut, qui ne se priait pas pour venir lui remuer le pelage dès qu'elle a quelque chose à redire.
Leur rapprochement, leurs baisers n'étaient que des erreurs et il en était conscient, quand bien même il devait avouer que les traits agréables d'Iseut n'étaient sincèrement pas désagréables à contempler, et ses lèvres à embrasser. Il ne reviendrait pas réclamer quoi que ce soit, si ce n'est un peu de maturité dans tout ça. Après ce qui semblait avoir été une éternité à se bouffer le nez, une éternité de silence de plus ne serait pas beaucoup mieux pour travailler ensemble. Il avait tourné et retourné la situation dans tous les sens, et il ne lui semblait pas de meilleur moyen de faire réagir Iseut qu'en organisant une confrontation. Directe, comme à leur habitude, parce qu'ils ne s'entendaient que comme ça. Par respect, il ne raconterait leurs mésaventures à quiconque, et ne prendrait même pas la peine de s'en vanter – bien que la bergère soit suffisamment prude pour qu'un simple baiser l'élève au rang de héros. Les années et les bombes le rendaient peut-être un peu plus raisonnable, allez savoir. Il ne prévoyait pas même de rappeler cet épisode au bon souvenir d'Iseut à qui il accordait des circonstances atténuantes. Que ce soit lui ou un autre, la situation aurait été la même.

Ainsi, Cúchulainn avait pensé que camper devant Rentre Tes Joyaux Blancs était une idée du meilleur goût. Iseut n'avait aucun moyen de s'enfuir, et elle le savait bien assez déterminé pour s'asseoir devant la vitrine trois jours durant s'il le fallait; elle n'irait probablement pas jusqu'à se laisser mourir de faim dans son appartement – à cette simple pensée, Cúchulainn se stoppa dans sa marche. Bien sûr que si elle le ferait. Il soupirant, reprenant ses foulées entre les pavés de Romeo Drive, jusqu'à arriver au numéro quatorze. Elle lui avait mit une chasse la dernière fois qu'il avait montré le bout de son nez ici – il faisait soi-disant fuir les clients, paraît que la hache ça n'a rien de chaleureux et raffiné, mais il avait son propre avis sur la question –, mais le soleil bien haut annonçait bientôt midi. Adossé contre un mur voisin, non loin de l'entrée pour s'assurer qu'Iseut était bien là, le loup prit son mal en patience et attendit. Il patienta jusqu'à ce que les clients les plus lents et exigeants, qui venaient toujours avant les heures de fermetures – sinon ça n'est pas drôle, c'est bien connu – s'en aillent, avant de s'avancer dans la rue, et de passer la porte. Il laissa les clochettes au-dessus de la porte annoncer sa présence, en prenant soin de retourner le petit panneau ouvert/fermé pour éviter toute nouvelle intrusion.
Sans laisser le dos à Iseut, déjà dans l'arrière-boutique, de s'exprimer, Cúchulainn éleva la voix. Bien que je ne doute de tes talents de joaillière, je n'ai aucunement les moyens de m'offrir l'un de tes bijoux – désolé de te décevoir. Les yeux rivés sur des créations en tout genre dans lesquelles il voulait bien reconnaître une part d'Iseut, un quelque chose qu'il reconnaissait comme lui appartenant, il s'avança en douceur, prenant son temps. Arrivé devant le comptoir, le loup continua jusqu'à la porte de l'arrière-boutique, bloquant l'issue et Iseut par la même occasion. Bonjour Iseut. Il s'adossa contre le montant de la porte, observant avec attention les meubles composant l'arrière-boutique. J'ai préféré attendre la fermeture pour passer, mais venir ici semble être le seul moyen de te croiser sans que tu ne te cache. Il soupira, doucement, croisant ses bras sur sa poitrine. On ne pourra pas s'éviter pour toujours, j'espère que tu t'en rends compte. Ce qu'il s'est passé l'autre jour n'est que le résultat d'un trop plein d'émotions, Iseut, et nous n'avons plus douze ans. Oublie mes insultes et j'oublierai les tiennes, mais il faudra bien que l'on s'affronte à nouveau un jour ou l'autre – et je pense qu'il est temps.

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cut off a wolf's head
and it still has the power to bite.


they see me shippin' they hatin':
 
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FORT FORT LOINTAIN

TU SAIS OU J'VAIS LES RENTRER MES MOUTONS ?!

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⊱ pseudonyme : Lady Furiosa
⊱ tête mise à prix : Katheryn Winnick
⊱ crédits : elf & tumblr ♥
⊱ arrivé(e) le : 27/12/2014
⊱ manuscrits : 510

⊱ tes licornes : Belle Yeuxdevelours & Raiponce Cheveuxdor
⊱ schillings : 671

⊱ ton conte : La bergère et le ramoneur
⊱ ta race : Statuette de porcelaine vivante
⊱ métier : Bijoutière ¤ Propriétaire de sa propre boutique, on commence à connaître son nom à Fort Fort Lointain ¤ Seconde au sein des Lames de Cendres
⊱ tes armes : Un bâton de bergère & une épée nommée Sybelle (fabriquée par son bestah 4eva, Jeiran) : elle manie le premier mieux que la seconde mais elle maîtrise pô mal quand même.
⊱ allégeance : Jolèmpa. Même que je rêve d'arracher ses petites ailes d'usurpatrice.





Mer 2 Sep - 1:57



Iseut & Cúchulainn
be together, but alone, as the need for it has grown

La matinée avait été d'une longueur affligeante. S'il arrivait que les heures filent à toute allure et que le clocher sonne la fin de la journée sans qu'on l'ait vu passer, il en était d'autres, de ces journées, dont on rêvait de voir le crépuscule se lever. Tandis que les derniers clients indécis et pinailleurs trainaient leurs guêtres d'une vitrine à l'autre, Iseut ne cessait de jeter des œillades discrètes à la petite pendule en fer forgé trônant au-dessus de son comptoir. En ces temps troublés, on aurait pu croire que la perspective de se faire envoyer en l'air par quelque bombe suffirait à ce que les gens restent terrer chez eux, signant là l'arrêt de mort des commerces, mais il n'en était rien. Naturellement, ils étaient moins nombreux, souvent plus pressés, avec cette tendance nouvelle à sursauter au moindre bris de verre ou objet tombant. Un spectacle que la bijoutière supportait de moins en moins, bien que pas suffisamment pour qu'il éclipse sa propre agitation.

Depuis sa petite "entrevue" avec l'homme-loup, la bergère était passée par différentes phases, pas toujours très reluisantes. Le soir-même, elle s'étalait sur son lit et ne le quittait plus pendant deux jours entiers. L'infini sentiment de vide et de tristesse passé, elle avait quitté ses draps et sa dépression naissante d'un pas mal assuré. Elle se serait crue revenue aux premiers mois de son humanité, lorsque chaque enjambée était un défi, un pari avec la gravité. C'était comme si cet épisode oscillant entre le ridicule et le drame avait brisé tout ce qu'elle était en quelques milliers de petits morceaux qu'elle devait rassembler de nouveau afin de se retrouver. Elle tâtonnait dans une obscurité aussi déprimante que rageante. En somme, son humeur, pleine de contradiction, frôlait dangereusement la bipolarité. Un coup elle versait une larme malvenue, un autre elle sentait ses muscles se tendre et la colère lui brûler la gorge, puis, soudain, elle riait à gorge déployée devant la dernière émission de Qui veut adopter mon dragon. Le pauvre Guarin s'agitait autour d'elle, complètement déstabilisé par cette nouvelle bergère qui oubliait de changer son foin, se gavait de muffins aux myrtilles et dont l'hygiène laissait franchement à désirer. Le tout n'avait pas dû durer plus d'une petite semaine, cependant, ce fut suffisant pour que l'animal saisisse la première occasion d'une porte mal refermée pour aller chercher de l'aide. Un aide qui se nommait Tristan et qui n'avait - heureusement - pas eu besoin qu'on lui explique la situation pour débarquer à Romeo Drive.

Le ramoneur avait une quantité de défauts et en ce qui concernait Iseut, le pire tandis qu'il avait débarqué sous ses fenêtres était sa tendance à se prendre pour le sauveur de ces dames. Il ne manquait plus que les trompettes et le cheval blanc afin de parfaire le tableau chevaleresque qu'il lui avait offert. Autant dire qu'il avait été bien reçu. La vaisselle avait volé depuis le premier étage, s'écrasant tantôt à ses pieds, tantôt sur sa tête qu'il protégeait davantage que sa dignité. Cependant, si lui n'avait rien récolté de plus dans l'affaire qu'un dialogue de sourds, quelques égratignures et un échec cuisant, son intervention avait eu le mérite de réveiller sa chère et tendre. Le jour suivant, galvanisée par cet élan de vie, elle se sentait enfin prête à affronter tout ce qu'elle avait laissé en plan, de son travail, en passant par les Lames et finalement, par son quotidien lui-même.

Ou pas.
Ou disons, pas exactement tout. Ni tout le monde.

Forgéteinte n'avait pas été qu'un témoin de sa chute inexorable; il en avait été le principal responsable. A grands renforts de tirades assassines et de regards rudes ou hautains, il avait piétiné ce qu'il restait de force à la rebelle. Il l'avait poussé bien au-delà de ses retranchements, jusqu'à réveiller le monstre qu'elle avait si savamment nourri par son déni. Alors, elle lui avait dit adieu. Pas clairement, pas avec ces mots-là mais l'intention y était, claire et palpable. Elle avait beau avoir réalisé que son but n'avait été, au final, que de l'aider elle, elle n'arrivait pas à lui pardonner, ni à se pardonner elle-même. Elle s'en voulait des aveux de faiblesse qu'elle lui avait servi sur un plateau, de l'avoir laissé l'embrouiller au point de n'être plus que l'ombre de la guerrière, de la femme, qu'elle s'était efforcée de devenir. Mais surtout, elle lui en voulait à lui d'avoir visé si juste et si bien. La simple vue du géant blond suffisait à la plonger dans un profond malaise, les souvenirs de leur échange affluant aussitôt pour son plus grand déplaisir. Elle revoyait les grondements, les cris, les larmes ainsi ... Qu'autre chose auquel elle ne désirait absolument pas repenser. Il lui était déjà bien assez difficile de retrouver une existence à peu près équilibrée, pourquoi s'encombrer d'un homme capable de vous mettre à nue - dans tous les sens du terme, quand on y réfléchissait - par sa simple présence ? Aussi, son obstination à éviter son comparse n'avait d'égale que sa volonté à rebondir. Sachant la détermination dont elle pouvait faire preuve, les astres n'avaient plus qu'à s'accrocher.

Il allait sans dire que ces derniers étaient certainement bien moins durs à l'épreuve que l'homme-loup. Le manège de la bijoutière ne lui avait probablement pas échappé et d'un côté, elle se demandait si son nouveau toc consistant à jeter un oeil à sa pendule toutes les deux minutes n'étaient pas lié à lui. Comme si elle pressentait que la trêve ne serait pas éternelle et que le moment viendrait où il débarquerait à sa porte ou au détour d'une ruelle. Leur relation avait été faite de beaucoup de choses, de défis en défiance, mais certainement pas de silences. Ni l'un ni l'autre ne connaissait la sagesse de l'esquive quand il s'agissait de se faire face. Iseut ne l'aurait pas avoué sous la torture, néanmoins ... Et bien oui, cette situation lui pesait.

Quoi que pas autant, en cet instant, que son dernier client. Il comptait ses schillings, vérifiant encore et encore qu'il lui payait la bonne somme pour l'imposant collier d'ambre noire et d'argent qu'il avait choisi. La jeune femme dut se faire violence pour ne pas lui arracher les pièces d'or des mains. Lorsqu'enfin, il consentit à reconnaître qu'il tenait le bon compte et que la porte se referma derrière lui, elle lâcha un profond soupir avant de disparaître dans l'arrière-boutique. Son petit havre de paix, son capharnaüm ode à la création. En somme, le seul lieu qu'elle posséda qui ne soit pas tenu avec une rigueur quasi-militaire. Ici, nul ne pouvait l'atteindre.

Croyait-elle ...

Si le carillon de la porte d'entrée lui arracha un grognement frustré, ce ne fut rien en comparaison de ce qui l'anima quand elle reconnut la voix lui parvenant de la boutique. Son monocle grossissant lui tomba de l'oeil et ses ongles s'enfoncèrent dans le bois de sa table de travail tandis que ses paupières se fronçaient. Non non non non râlait-elle intérieurement, au comble de l'agacement. Elle songea un instant à retirer son Charnel, histoire de disparaître telle une souris de porcelaine via l'un des trous laissés dans les murs. Seulement, la fuite en avant n'étant pas une de ses spécialités coutumières, elle chassa rapidement l'idée et pivota de manière à affronter son nouvel interlocuteur, lequel ne s'était pas gêné pour investir l'encadrement de la porte. Elle s'efforça de lui présenter son sourire - ou plutôt, sa grimace - le plus hypocrite possible.

" Forgéteinte ! Que me vaut le déplaisir ? " Elle n'avait pas pu s'en empêcher. Son contact la faisait régresser au stade d'enfant mal élevée, révélait un cynisme dont elle ne se parait que rarement. Et seulement en cas d'urgence. Il fallait dire qu'il en était un sacré, de cas. Les explications ne tardèrent pas à s'amorcer et elle ne put retenir ses yeux de lorgner le plafond. " Me cacher ? Ce que tu peux être puérile. " C'était carrément la calèche qui se foutait de la charrette, mais au point où elle en était ... Le fait qu'il lui bloqua sa seule issue ne l'émue pas une seconde. Les bras chargés d'un plateau rempli d'anneaux d'or, elle combla la distance qui les séparait en deux enjambées et donna à son comparse un coup d'épaule afin de se dégager une voie. Elle lui tournait le dos alors qu'il reprenait, remplissant une vitrine des compositions qu'elle avait apporté dans sa fuite. Ce fut d'abord un rire sarcastique qui répondit à Lainn, avant que sa voix ne s'ajoute aux festivités : " Ne t'est-il pas venu à l'esprit qu'il était possible que je préfère me passer de l'affrontement en question, justement ? " interrogea-t-elle. Pure rhétorique. Elle se tourna à nouveau vers lui, ses traits affichant un amusement sincère mais où pointait également une profonde amertume. " Je reconnais avoir peu d'expérience en la matière, mais les hommes ont-ils tous cela en commun de se croire le centre du monde ? Je commence franchement à m'interroger quand je vois que ceux qui m'entourent, en plus d'être des ânes battés, trouvent toujours le moyen de venir se rappeler à moi comme si j'étais l'astre gravitant autour de leur ego contrarié. Jeiran ne comprend pas que je refuse d'avoir un quelconque contact avec lui depuis que j'ai appris qu'il était l'inventeur de ces armés maudites. Toi, tu t'imagines que je n'ai rien de mieux à faire que de venir encore me battre avec toi à cause d'un épisode fâcheux mais inéluctable ... " Un des anneaux s'échappa du plateau pour aller rouler aux pieds de Forgéteinte. Il faut dire qu'avec tous les grands gestes qu'elle faisait, il était bien naturel que même ses oeuvres essaient de se faire la malle. " ... Oh et puis j'oublie le meilleur de vous tous ! Mon mari ! Allons Iseut, qu'importe que je m'envoie la moitié de Fort Fort Lointain, tu es la seule que je veuille voir revenir à la maison ! " singea-t-elle le pauvre ramoneur, tout en grimace et ton moqueur. Un peu plus et on aurait pu entendre ses dents crisser entre elles autant que sa voix. " Des mois qu'il s'envoie la laitière et d'après les dires de cette dernière, ta petite amie au caractère puant et il s'imagine que ... Quoi ? Que ça va passer comme une lettre à son pigeon ? La seule chose que j'ai envie de faire dans cette maison, c'est d'y mettre le feu. Je te jure, vous me faites rêver. " Elle se figea soudain, comme si elle venait de réaliser l'ampleur de ses révélations. Depuis quand se confiait-elle à lui ? Jamais ! N'importe quoi ! " Je ne sais même pas pourquoi je te parle de ça. Ni pourquoi je te parle tout court. Sors de chez moi, je reviendrai vers toi quand et si j'y suis disposée. Comme tu vois, j'ai à faire ! " Elle lui adressa un vague signe de la main et s'en retourna à sa tâche.

Le rouge lui montait aux joues, son coeur s'emballait. Décidément, sa présence était plus aliénante que n'importe quelle potion bien dosée.

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⊱ pseudonyme : songbird
⊱ tête mise à prix : travis fimmel.
⊱ crédits : prout (ava.)
⊱ arrivé(e) le : 04/01/2015
⊱ manuscrits : 392

⊱ tes licornes : shéhérazade, marie, barthélemy
⊱ schillings : 310

⊱ ton conte : cúchulainn, le chien du forgeron.
⊱ ta race : bête parlante. un énorme loup blanc.
⊱ métier : combattant dans un des recoins du marché noir. celui sur lequel on mise généralement.
⊱ tes armes : une hache, camil, un bouclier. sa bestialité.
⊱ allégeance : il n'a jamais aimé les fées, celle-ci ne fait pas exception.





Ven 4 Sep - 19:38



Iseut, Cúchulainn
(head is filled, the thought unlocked.)

Les manières de Cúchulainn étaient bien souvent loin d'être les plus douces et délicates. Aujourd'hui encore, ses formidables idées en étaient l'exemple même; on avait pas idée d'aller confronter de la sorte quelqu'un qui vous évite depuis votre dernière entrevue, mais il n'avait pas réfléchi plus loin. Iseut et lui s'étaient toujours prit le museau, que ce soit dans les moments les plus agités ou les plus calmes – il n'y avait que comme ça qu'ils savaient communiquer : en gueulant et se cassant des assiettes à la gueule. Pourtant, ça lui convenait jusque là. S'il ne cessait de s'en plaindre, il fallait avouer que ce duel incessant apportait des péripéties à sa vie, et c'était appréciable. Le suspens – savoir qui du loup ou de la bergère entamerait les hostilités cette fois-ci, c'était excitant. Le vide qu'elle laissait en l'évitant depuis des jours renforçait les craintes qu'il avait eu en la voyant se jeter en direction de la Fabrique du Bonheur, le jour de l'explosion.
Qu'ils le veuillent ou non, Iseut était malgré elle devenue une amie spéciale pour lui. Pas le genre d'amie à qui il irait spécialement se confier – pas sans gueuler, en tout cas – ou qu'il prendrait naturellement dans ses bras les jours de fête, mais simplement quelqu'un qui lui était cher. Ça n'était pas forcément simple de se l'avouer, vu l'état de leurs conversations, mais il n'y pouvait rien. Et étrangement, savoir s'il en était de même pour la bergère l'intriguait terriblement.
Qu'il ne s'agisse que d'un vide passager comme celui qu'elle imposait pas ses fuites récentes ou d'un plus définitif, il était difficile pour Cúchulainn de penser à ne plus voir Iseut. Il avait vécu plus de trente ans sans la connaître, mais il se sentait déjà devenir fou de ne plus avoir quelqu'un comme elle à ses côtés. Quelqu'un avec qui hurler et se cracher dessus, mais pas que – quelqu'un de fort à ses côtés, quelqu'un comme lui. Les autres rebelles, ça n'était pas pareil. Ils n'étaient pas forts à sa manière, ils n'étaient pas... ils étaient trop... différents. Iseut lui était plus importante que les autres Lames, sans qu'il ne puisse entièrement se l'expliquer. Le fait qu'ils se soient embrassés et qu'il n'ait pas rechigné à la voir nue contribuait aussi largement au fait qu'il la considère différemment des autres. Pour sûr, voir Beowulf sans son plus simple appareil ne lui aurait pas fait le même effet – cette simple pensée lui avait arraché un frisson des plus désagréables. Adieu la délicatesse, elle s'en passerait bien cette fois aussi.
L'envie – le besoin – de rendre visite à Iseut lui avait prit comme l'envie de pisser sur une pivoine, et il se trouvait déjà bien brave d'avoir attendu la pause de midi de la bergère pour se présenter – plutôt s'imposer – à elle. Il n'était jamais vraiment entré dans sa boutique, outre la fois où il l'avait ramenée chez elle, et il savait avant même qu'elle ouvre la bouche qu'Iseut serait agacée. De l'apercevoir à moins de cent pas d'elle, déjà, mais surtout de le voir dans son petit coin à elle. Loin des engueulades et loin des bombes. L'endroit était étrangement calme, délicat et sentait la vanille; appuyé contre son encadrement de porte Cúchulainn n'arrivait toujours pas à se décider à savoir si c'était une partie d'Iseut qu'il ne connaissait pas encore ou bien une façade à laquelle elle voulait que les clients croient. Lui faisait bien tâche au milieu des beaux bijoux et des pierres précieuses, bien qu'il ait fait un effort. Pas un cheveu ne dépassait de sa tresse, et il n'y avait pas même une tâche de sang devant laquelle elle aurait pu se trouver dégoûtée. La chemise de Cúchulainn était aussi blanche que le lait et même ses bottes étaient propres. Si il y avait un malaise entre eux cette fois encore, son accoutrement de sauvageon n'en serait pas la cause. Pour peu, il aurait l'air d'un homme tout ce qu'il y a de plus banal.
Le loup de bougea pas d'un cil en l'observant pivoter sur son siège, ne lui rendant même pas son sourire hypocrite. Forgéteinte ! Que me vaut le déplaisir ? S'il trouva nécessaire le fait de rouler les yeux, Cúchulainn sentait un soulagement étrange s'installer quelque part, tout au fond de son esprit. Ça faisait trop longtemps qu'on n'avait pas mit ses murs à l'épreuve, vraiment. Se poussant, bien forcé, pour laisser passer la petite bergère, Cúchulainn se contenta de se tourner, s'adossant à nouveau à l'encadrement de la porte. Il se serait mal vu la suivre – elle lui aurait probablement mit un coup, et il aurait percuté une vitrine en voulant l'éviter. Soyons clairs : il n'aurait pas dans toute une vie assez d'argent pour payer le remplacement d'une de ces belles vitrines, et encore moins avec les bijoux qu'elles contenaient. De ce qu'il avait aperçu en passant rapidement, c'était raffiné et de bon goût, mais horriblement cher. Le genre de chose dont il ne s'approchait généralement pas – exception faite de la bergère.
Ne t'est-il pas venu à l'esprit qu'il était possible que je préfère me passer de l'affrontement en question, justement ? En écho à son rire, Cúchulainn fit éclater le sien. C'est ça, et moi j'suis un ragondin. Ne me fais pas rire Iseut, dès qu'il y a une occasion de se rentrer dedans, ni toi ni moi ne nous faisons attendre. Il se retint in extremis de prendre pour exemple leurs baisers (trop) passionnés. La claque qu'il se serait prit n'aurait pas valu son hilarité passagère. Puis, prenant son mal en patience comme il s'efforçait parfois de le faire, il écouta la tirade d'Iseut. L'envie lui prenait parfois de faire quelques réflexions, mais à peine eût-il eu le temps d'inspirer qu'elle en était deux phrases plus loin. Alors, résigné en quelques secondes, il trouva un intérêt tout à fait curieux en la forme des lattes du plancher. Très... boisées. Il écoutait vaguement, d'une oreille, que l'orage passe – et pour une seconde, une seule seconde de rien du tout, il maudit la merveilleuse envie qu'il l'avait conduit à venir revoir Iseut. L'herbe est toujours plus verte chez les autres, et il en aurait presque envié Jeiran et l'époux d'Iseut, pour peu.
Attendez. Avait-elle parlé de mari ? Les sourcils froncés au-dessus d'un regard interloqué, Cúchulainn se pencha pour ramasser l'anneau doré qui avait roulé jusqu'à lui, se concentrant déjà plus sur les paroles de la bergère. Un mari. Un mari ? Dieu, que le pauvre devait être malheureux ! Il en fallait bien du courage pour se lier à quelqu'un comme Iseut, il n'était pas certain qu'un joli corps et deux beaux yeux valent le coup de supporter une migraine à chaque fois que quelque chose va de travers.
Elle n'avait jamais parlé de ce mari. Ni à lui ni aux Lames – il est vrai que personne ne serait allé se pavaner à le hurler sur tous les toits, mais elle n'avait jamais vu d'alliance au doigt de celle qui passait ses journées à les faire, et n'avait jamais rien entendu dire sur ledit époux. Puis, dans un moment céleste, Cúchulainn se rappela d'un petit homme à qui Iseut avait parlé, pendant qu'ils évacuaient la ville. Le même qui lui avait proposé de fuir avec lui, et à qui Cúchulainn avait mit un coup d'épaule plutôt que de dévier de sa route droite. Pour sûr, même Iseut aurait pu trouver plus agréable à regarder et plus courageux comme mari, un jean-foutre comme ça avait l'air bien con à côté d'elle.
Le loup se permit un sourire à la mention de Suzy dont il n'avait pas vu les cuisses ouvertes depuis longtemps, alors qu'il s'approchait lentement et avec précaution d'Iseut, la bague roulant entre ses doigts peu délicats. La seule chose que j'ai envie de faire dans cette maison, c'est d'y mettre le feu. Je te jure, vous me faites rêver. La tête du rebelle se releva comme celle d'un loup qui aperçoit du gibier. Venger l'honneur d'une dame était délicat, mais cramer les maisons... ça, ça il savait faire. Il finit de combler la distance qui les séparait, alors qu'Iseut espérait retourner tranquillement au travail qu'il attendait. Lui avait une mince idée de pourquoi son inconscient avait voulu lui lâcher tout ça, et ça lui plaisait grandement.
Attrapant sans lui demander son avis la main d'Iseut, Cúchulainn lui passa littéralement la bague au doigt, un sourire indivisible de son visage à la simple pensée de l'après-midi qui les attendait. Il n'avait pas même prêté attention aux joues rosies de la bergère qu'il se saisissait déjà du plateau d'anneaux qu'elle avait amené là, allant le remettre sur le petit bureau de l'arrière boutique. Puis, d'un pas fort enjoué, il s'en revint avec un jeu de clé pour tout compagnon, qu'il tendit à Iseut. Ma chère Iseut, ferme la boutique, nous partons à l'aventure. Elle avait semblerait-il enfin trouvé le moyen de lui faire ignorer toutes les critiques du monde. Si le rebelle étalait son sourire comme un clochard sa misère, il grinçait des dents de penser à l'idiot du village que devait être le mari d'Iseut.
Le problème avec Cúchulainn, c'est qu'il est un entre-deux constant. Pas tout à fait homme mais pas entièrement animal, il n'était pour beaucoup qu'un sauvageon quand il avait reçu une très bonne éducation sous la surveillance de son père. Il aurait pu se faire une belle place et sans la guerre qui l'a maudit à porter une chaude fourrure blanche, il serait seigneur de quelques terres dans un village éloigné, au croisement des routes de Fort Fort Lointain, Saay et Afshin. Si on lui a apprit à lire, écrire et compter, la chose sur laquelle ses maîtres et sa famille avaient le plus insisté était le respect des femmes. Il était né grâce à une femme, et les Dieux en témoignent, elles causeraient probablement sa perte. Bien plus fortes que la plupart des hommes, il ne comprenait pas qu'elles aient si peu de place dans la société actuelle par rapport à leurs alter-ego masculins. Il était donc naturel qu'en bon loup dominant qu'il était, Cúchulainn ressente le besoin urgent de faire comprendre au mari de la bergère que tromper une femme n'était pas chose à faire – surtout pas quand lui se trouvait dans les parages. Il ne lui passait en revanche aucune critique en tête concernant Iseut et les baisers qu'elle avait échangé avec lui – pas sûr qu'il aurait fait deux poids deux mesures si un autre avait reçu ces baisers.
Se saisissant de la main de la jeune femme, Cúchulainn ouvrit la porte de la boutique et la passa, sans laisser le choix à Iseut de le suivre. Autant dire que si elle ne venait pas, il irait tout seul mettre le feu à la maison du ramoneur – autant qu'elle soit là pour s'assurer qu'une seule maison y passe, avant qu'il ne soit recherché par tous les chevaliers-flics du Royaume. En bon maître de cérémonie qu'il était, il se saisit même des clés qu'il avait donné à Iseut un instant plus tôt, fermant la porte d'entrée et les rangeant dans sa poche pour qu'elle soit incapable de revenir sans l'avoir accompagné.
Paraît qu'c'est la saint Jean aujourd'hui. Eh ben j'te promets que dans dix siècles, on en parlera encore, des feux d'la saint Jean.

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⊱ pseudonyme : Lady Furiosa
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⊱ ton conte : La bergère et le ramoneur
⊱ ta race : Statuette de porcelaine vivante
⊱ métier : Bijoutière ¤ Propriétaire de sa propre boutique, on commence à connaître son nom à Fort Fort Lointain ¤ Seconde au sein des Lames de Cendres
⊱ tes armes : Un bâton de bergère & une épée nommée Sybelle (fabriquée par son bestah 4eva, Jeiran) : elle manie le premier mieux que la seconde mais elle maîtrise pô mal quand même.
⊱ allégeance : Jolèmpa. Même que je rêve d'arracher ses petites ailes d'usurpatrice.





Dim 20 Sep - 17:06



Iseut & Cúchulainn
be together, but alone, as the need for it has grown

D'ordinaire, lorsque la bergère sommait à quelqu'un de disparaître de sa vue et de ses lieux, le malandrin ne se faisait pas prier. D'une part, parce qu'il était assez vexant de se faire disposer de la sorte ; les gens dotés d'une once de dignité préféraient se draper dans celle-ci et s'exécuter. D'autre part, elle n'était pas de ceux qu'on aimait voir en colère et encore moins contre qui on n'avait envie de se frotter. Tenter de discuter ou de négocier avec une Iseut campée aussi fermement sur ses positions, c'était s'exposer à une logorrhée sans fin, voire à un vol de vaisselle particulièrement douloureux et bruyant.

Sauf que, non seulement l'homme-loup avait dû oublier son amour-propre quelque part entre un nez cassé dans une ruelle de Ragtown et une chope de bière à la Griffe Marine, mais en plus, il faisait partie de cette caste rare et irritante qui avait aussi peur de la blonde que d'un chauve-rat en pleine hibernation. Une vraie sale bête.

Elle s'apprêtait à réitérer son ordre, le sentant s'approcher dans son dos. Elle pivota afin de lui faire face, la mine plus courroucée encore qu'à son arrivée impromptue, la main levée en un signe prémices de menaces. Néanmoins, son élan de mauvaise humeur fut sapé par le geste de Forgéteinte. Profitant des doigts offerts de son interlocutrice, il glissa gaiement l'anneau égaré à son annulaire. Fait exprès ou non, elle l'ignorait, puisqu'il ne paraissait même pas avoir visé celui-ci en particulier et autant l'avouer, elle en resta bouche bée. Puis, il s'éloigna, plateau entre les mains, ses chausses envahissant sa chère arrière-boutique. La jeune femme s'ébroua, soudain ramenée sur terre et s'empressa de le rejoindre, leurs silhouettes manquant de se heurter alors qu'il réapparaissait, les clefs de la boutique pour tout compagnon. " Par la Grande Mère ! Qu'est-ce qui te prend encore ?! " s'agaça-t-elle, lui arrachant le trousseau au passage.  
Ma chère Iseut, ferme la boutique, nous partons à l'aventure. répliqua-t-il aussitôt, pas ébranlé pour deux sous. Pour la rebelle, en revanche, c'était une toute autre histoire. Son instinct lui susurrait qu'il mijotait quelque chose, son air malin pour grande partie à l'origine de ses soupçons. Ses paupières se plissèrent légèrement. S'il croyait pouvoir la traîner où que ce soit, il se fourvoyait complètement ! " Certainement pas. Je ne te suivrai nulle part et si aventure il doit y avoir, je te propose d'aller la vivre avec tes compagnes de gaudrioles ou tes amis de beuverie, mais sois aimable, pour une fois et laisse-moi en-dehors de tes mauvais coups ! " trancha-t-elle d'un ton qui ne souffrait pas la la contradiction tandis qu'elle croisait ses bras sous sa poitrine, les épaules redressées.

Comme si son obstination allait l'arrêter. A croire qu'elle refusait toujours d'assumer à quel point elle le connaissait bien. A peine avait-elle prononcé ces mots qu'il lui attrapa le bras, trouva sa main et l'entraina vers la sortie. La cloche teinta sur leur passage, de même que sur les interjections courroucées de la bijoutière à base de lâche-moi immédiatement, débile des bois et autres joyeusetés toutes plus colorées les unes que les autres. Là encore, Lainn l'ignora et poussa même le vice jusqu'à lui reprendre ses clefs afin de verrouiller derrière eux. Pire, il les rangea dans sa poche. Il n'en fallut pas davantage pour la bergère, laquelle se jeta sur lui afin de les lui reprendre, attirant des regards curieux dont elle n'avait cure. Si elle répugnait - oui oui, répugnait - à devoir le fouiller, l'idée de dépendre de son bon-vouloir surpassait largement sa réticence. Évidemment, il ne se laissa pas faire, s'amusant à échapper à ses moulinets furieux par quelques esquisses de pas habiles. Paraît qu'c'est la saint Jean aujourd'hui. Eh ben j'te promets que dans dix siècles, on en parlera encore, des feux d'la saint Jean. déclara-t-il pour ponctuer son indifférence face à son attaque. Intervention qui eut le mérite de la stopper net. Elle battit plusieurs fois des paupières. A s'y méprendre, on aurait dit un croisement de poisson-clown et de hibou dérangé en plein sommeil par la lumière crue d'une lanterne. " Que ... Quels feux ? De quoi parles-tu ? Ce n'est pas la Saint J... " Elle s'interrompit brusquement, le souvenir de ses paroles faisant écho dans sa mémoire. La seule chose que je rêve de faire dans cette maison, c'est d'y mettre le feu avait-elle affirmé, sa colère dépassant largement ses pensées. Ses yeux s'écarquillèrent tout grands. Pas de doute : un hibou. " ... Oh non ! Non non non non ! Non non non non ! " s'exclama-t-elle, soudain prise d'une terreur sans nom. Mais déjà, il s'éloignait et elle dut presque courir pour le rejoindre. " Je te savais limité mais de là à te croire fou ! " l'alpagua-t-elle tandis qu'elle tirait sur son bras dans l'espoir de l'arrêter. En vain. " De toute façon, tu ne sais pas où il habite et ne compte pas sur moi pour te renseigner !

Ah ça non, il ne pourrait pas compter sur elle ! Sur leurs concitoyens, en revanche ... Il suffit d'une personne accostée pour qu'il obtienne l'information désirée. Tristan était connu dans la Capitale. Tout comme sa femme, ils y trainaient leurs guêtres depuis plus de quinze ans, et maintenant qu'il avait forme humaine, sa technique de ramonage - de cheminées hein. Bien que ses performances dans d'autres domaines attisaient également les rumeurs, visiblement. - n'était plus à vanter. Sans compter qu'il était un homme bon, toujours prêt à aider son prochain, ainsi qu'en témoignait sa ferveur à aider l'évacuation lors de la menace bombesque. Les hommes le saluaient avec respect et les femmes lui adressaient son plus beau sourire. Bref, il était apprécié. Qui aurait pu soupçonner que ce géant blond fort aimable au demeurant, puisse nourrir de sombres desseins à son encontre ? " Vous auriez mieux fait de vous taire ! " informa pourtant la bergère à l'attention du pauvre malheureux collabo' avec véhémence. Elle pensa un instant à supplier l'homme-loup d'en rester là, mais rien qu'à son regard et à son sourire béat, elle comprit aussitôt que s'abaisser à une telle extrémité ne servirait qu'à la rendre ridicule. Si elle était bornée, alors lui avait été forgé dans la pierre. Alors, ne sachant quelle autre solution adopter, elle s'élança.

Dans ces moments de course effrénés - heureusement rares -, elle regrettait grandement de ne pas avoir adopté un cheval à la place de Guarin. Le mouton avait beau être adorable et l'être qu'elle chérissait tel l'issue de sa propre chair, il était totalement inutile en tant que monture. Sa jambe encore souffreteuse se rappela à elle dès les premiers mètres et lorsqu'elle parvint, dix pénibles minutes plus tard, à la clairière où se dressait fièrement son ancien chez-elle, elle claudiquait. A bout de souffle, son poing s'écrasa contre le battant de bois tandis qu'elle ne cessait de jeter des regards désespérés derrière elle. " Ouvre ! Tristan ! Si tu es là, dépêche-toi ! " implora-t-elle. Avec un peu de chance, le ramoneur était affairé sur un toit quelconque et la maison était vide. Elle aurait préféré qu'elle le soit. La porte s'ouvrit. " Que se passe-t-il ? Vous avez un problème, mademoiselle ? " Elle aurait vraiment préféré qu'elle le soit. Car ce n'était pas son mari qui se tenait devant elle, un torchon dans une main, un seau dans l'autre. Non, c'était cette catin de laitière ! Dans sa maison ! Qui tenait son torchon et son seau ! Elle n'avait aucune peine à remettre ses traits pour l'avoir aperçu de nombreuses fois au marché à vendre ses produits de traite. " Vous ! " éructa-t-elle, sonnée pour mieux se reprendre la seconde suivante. La pauvre laitière dut se demander qui était cette folle échevelée qui la fixait avec une telle rage, cependant, elle devait être moins bête que son joli visage poupin le laissait entendre car elle ne tarda pas à comprendre à qui elle avait affaire. " Oh mes Dieux ... " souffla-t-elle, rouge de honte. La phrase de trop pour Iseut. Elle semblait si gênée, si ... Adorable. " C'est ça ! Je vais te donner une bonne raison de les implorer ! " Et sur ces belles paroles, elle empoigna l'épaisse tignasse brune de la maîtresse de son mari et l'obligea à quitter le palier, la trainant dehors.

Ignorant ses cris de douleur et de protestation, la bergère la débarrassa de son seau et lui en flanqua un coup dans le menton. La laitière atterrit sur son séant en hoquetant, sonnée par cette attaque pas si gratuite que ça. Le fait était que malgré son mauvais caractère, Iseut n'était pas réputée pour sa violence. Les mots lui seyaient davantage que les coups et elle laissait aux sauvages - ainsi qu'elle avait qualifié Forgéteinte - le soin d'user de ces derniers. Mais il fallait dire que jusqu'ici, personne ne s'était permis un affront de cette ampleur ... Elle leva le seau à nouveau, prête à le lui éclater sur la tête une bonne fois pour toutes.

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⊱ pseudonyme : songbird
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⊱ tes licornes : shéhérazade, marie, barthélemy
⊱ schillings : 310

⊱ ton conte : cúchulainn, le chien du forgeron.
⊱ ta race : bête parlante. un énorme loup blanc.
⊱ métier : combattant dans un des recoins du marché noir. celui sur lequel on mise généralement.
⊱ tes armes : une hache, camil, un bouclier. sa bestialité.
⊱ allégeance : il n'a jamais aimé les fées, celle-ci ne fait pas exception.





Lun 12 Oct - 0:01



Iseut, Cúchulainn
(head is filled, the thought unlocked.)

Si ça devenait une habitude pour elle, Cúchulainn ne parvenait décidément pas à se faire aux silences et aux surprises de la bergère. Elle passait d'un volcan en fusion à une cheminée mal branlée, avec du bois trop humide qui prend pas. Un vrai bordel.
Sa stupeur passagère face à l'annonce du rebelle avait eu le mérite de le faire sourire, presque attendri par cette réaction. Il regardait du coin de l’œil une ombre aux courbes agréables se joindre à la sienne, alors que tintaient encore les clés de la boutique dans ses mains – discrètement, il les enfouit dans l'une de ses poches, bien trop serrée pour qu'Iseut tente à quelconque moment 'y introduire sa main. Je te savais limité mais de là à te croire fou ! De toute façon, tu ne sais pas où il habite et ne compte pas sur moi pour te renseigner ! Soit. Il s'arrêta net, comme elle avait été stoppée dans sa réflexion plus tôt, posant une main sur la tête de la bergère et ébouriffant quelque peu ses cheveux. Si aucun mot ne franchit ses lèvres à l'attention de la belle, elle pouvait aisément entendre le Bien, je me débrouillerai sans ton aide qui se cachait par là. D'une grosse voix, Cúchulainn fit arrêter un vieil homme à la moustache saillante et l'aida à porter sur quelques mètres, jusqu'au pas de sa porte, les bagages qu'il se traînait difficilement pourvu qu'il le renseigne sur le ramoneur et son lieu d'habitation. Le remerciant une bonne dizaine de fois, il apprit entre deux toussotements le chemin à suivre. Jetant un coup d’œil à Iseut, il recommençait déjà à fouler les pavés, bien content de sa trouvaille. Il était déterminé, le salaud, mais il était surtout certain que l'idée de cramer cette cahute le hanterait jusqu'à ce qu'il entendre crépiter la dernière planche où l'idiot qui servait de mari à Iseut avait posé le pied. Alors qu'il se perdait tant entre ses pensées qu'entre les pavés, un sursaut prit l'homme-loup en voyant Iseut le dépasser, à toute vitesse. Il haussa un sourcil, les babines pourtant bien remontées en un sourire. Elle pouvait bien courir, il se foutait que Tristan soit chez lui – tant qu'Iseut et Guarin étaient saufs, il se foutait bien du reste. Et jackpot : Guarin était loin de là, et il pouvait aisément maîtriser Iseut.
Lorsque la silhouette d'Iseut disparut dans le lointain, Cúchulainn consentit à accélérer le pas, la capuche haute sur sa tête et la cape au vent. À six ou sept siècles près, il aurait pu avoir l'air d'un super-héros arpentant les rues de la ville pour aller punir un malfrat, mais il n'avait pour le moment l'air de rien d'autre qu'une montagne pressée – et ça faisait apparemment moins envie qu'une orange. (trop drôle, bravo)
Il n'eût pas même besoin de se rappeler des indications du vieillard, seulement à suivre les pas affolés de la bergère qui le précédait. Plus les routes s'allongeaient et plus il accélérait le pas, jusqu'à courir pour ne pas la perdre de vue. Il avait pensé, les premiers instants, que la panique d'Iseut lui passerait comme la colique, mais elle semblait bien plus tenace. La relation qu'elle semblait entretenir avec ce ramoneur ne cessait de l'étonner.
Lors de l'évacuation de la population, il n'avait pu entendre que quelques bribes de la conversation que les époux avaient eu, mais il lui semblait pourtant qu'une grande tendresse s'en dégageait. Une bienveillance qui durait depuis longtemps. Suffisamment pour qu'ils se soient mariés, après tout – idée plaisante qui, quand elle concernait la belle Iseut et l'autre jean-foutre, le débectait au plus haut point. Mais depuis, le voilà qui la trompe avec la première laitière venue, alors qu'elle avait eu Cúchulainn d'un assaut passionné. À y réfléchir, Iseut vivait également seule, et ça ne devait pas être une question de distance si même elle, mal à l'aise sur ses deux jambes bien humaines, pouvait s'y rendre en courant avant d'être essoufflée. Les deux rebelles n'avaient jamais été suffisamment proches pour parler calmement de la relation qu'entretenaient Iseut et Tristan. Ils n'avaient déjà pas souvent été calmes en présence de l'autre, il faut dire, et la chose était trop effrayante pour qu'il la provoque de son plein gré. Le sujet lui brûlait les lèvres sans qu'il ne l'aborde, mais il nourrissait l'espoir que sans avoir à le faire, Tristan s'efface des mémoires d'Iseut.
À vrai dire, et sans qu'il ne parvienne à s'y résoudre, plus le temps passait et plus Cúchulainn nourrissait l'espoir que quelqu'un remplace Tristan. Quelqu'un de mieux, bien entendu, qui correspondrait à Iseut. Qui saurait l'accompagner n'importe où et la protéger, plutôt que de lui proposer la fuite au moindre danger, et l'abandonner au premier refus. C'était une pensée bien étrange et absurde qui résonnait de plus en plus fort en son esprit à la seule vue de la bergère... qui s'enfuyait plus loin que son regard ne pouvait aller. Poussant sur l'accélération, l'homme-loup sema ses pensées de quelques foulées, jusqu'à apercevoir une maison au lointain qui ne pouvait être que celle de ce foutu ramoneur.
Il fit son arrivée en trottinant, quelques minutes après la bergère, toute son attention portée sur la cabane en bois que certains appelaient maison – notez l'ironie de la pensée de celui qui vit dans une caverne. Tout, des murs qu'on aurait dit peints à la chiasse aux fenêtres aussi bien lustrées que son ego causait au visage de Cúchulainn de se tordre en une grimace dégoûtée. Cet endroit lui filerait la gerbe – sans que son jugement ne soit altéré par l'identité de l'occupant des lieux, bien entendu. Il s'avança avec lenteur, surtout prudence, avant de sursauter, arraché à ses pensées par des cris étouffés d'une laitière qui prenait cher dans sa mouille.
Il fit un détour sur sa trajectoire initiale, un sourcil haussé au-dessus d'un regard amusé. Il saurait ressortir cette anecdote à la prochaine dispute qui l'opposerait à Iseut, pour sûr. Si la vue d'une bergère déchaînée ne lui déplaisait pas, surtout si ladite vue remettait en cause pas mal des critiques qu'elle avait prononcé à l'égard de Cúchulainn, il s'interposa néanmoins en attrapant fermement le seau que levait la rebelle. Il posa une main douce et distraite dans ses cheveux, en dévalant les ondulations presque à la manière dont il aurait félicité une enfant de lui avoir rendu son jouet, avant de s'en aller. Un dernier cri sortit du gosier de la laitière, qui pour un instant se persuada qu'il allait la piétiner, avant qu'elle ne se débatte à nouveau avec le peu de forces qu'il lui restait. Elle avait l'air bien plus forte qu'elle ne semblait l'être, mais un nouveau regard jeté à la dame fit penser à Cúchulainn que tout ce qui la composait ne devait pas être entièrement naturel. S'il avait encore mieux regardé, il aurait pu s'inspirer d'elle pour créer le premier Monsieur Patate sans soucis.
Au lieu de ça, Cúchulainn s'avança en direction de la maison dont la porte demeurait ouverte. Il la poussa avec précaution, sans s'annoncer d'une autre manière. Alors que les cris dans son dos s'atténuaient, il pénétra dans le hall d'entrée, sa main frappant de plus en plus rapidement et fort sur l'acier du seau. Si Tristan se cachait là, il aurait déjà apparu, mais mieux valait prévenir que guérir : en plus d'être laid, peut-être était-il trop sourd pour entendre sa femme s'attaquer à sa maîtresse.
Ses pas dépassant la pote du salon, Cúchulainn s'arrêta de taper et soupira lourdement. Il n'aurait pas rechigné à présenter son poing au ramoneur, surtout en sachant qu'Iseut n'aurait pas pu le lui reprocher, mais la chance ne lui souriait pas entièrement sur ce coup-là.
Le seau s'envolant dans les airs pour atterrir quelques mètres plus loin, Cúchulainn s'aventura jusque dans la cuisine pour trouver ce dont il avait besoin : une bouteille, de l'alcool, du tissu, du feu.
Sans se soucier plus de ce qu'il balançait, Cúchulainn fit rapidement le tri dans les casseroles, les poêles et les théières, avant de trouver au fin fond du placard un assortiment de trois bouteilles plus ou moins pleines d'alcool. Un sourire se traça sans discrétion sur son visage, alors qu'il arrachait d'un simple coup de main le bouchon de l'une des bouteilles pour porter le goulot à sa bouche.
L'espace d'un instant, il se stoppa entre deux gorgées, presque sûr d'avoir entendu des pas franchir le seuil de la maison. L'homme-loup referma la bouteille aussi vite qu'il l'avait ouverte, l'emportant ainsi que les deux autres, avant d'aller explorer plus loin encore les lieux.
Sans qu'il accepte de l'admettre, l'intérieur de la maison lui aurait presque fait envie. S'il aimait sa caverne, il se surprenait parfois à rêver d'un lit douillet et même de quelques tableaux pour décorer les murs. Son allure ralentit, le regard perdu sur les bibelots entassés au-dessus de la cheminée. Il y avait-là quelques fleurs, de petites figurines – dont la plus petite d'une bergère, qu'il fourra aussitôt dans sa poche – et même un lot de photos. Pas même jaunies, parfaitement encadrées. Ses sourcils se froncèrent quand son regard croisa la photo d'un couple qui ne devait plus être d'actualité. Il la fit malencontreusement tomber au sol, écoutant le verre de a vitre se briser comme si c'était là la plus fine des mélodies.
Cúchulainn était en certains points bien plus bête qu'il ne le disait. Il était très fort pour voir ce que cachaient les autres, et ne cessait de s'en vanter, mais dès que la chose le concernait, un voile s'abaissait sur ses yeux. Son comportement impulsif ne le laissait souvent penser qu'après avoir agi, et il n'était pas près de s'en rendre compte. Pourtant, son regard se porta sur le cadre retourné, explosé, et il s'arrêta de tout même de respirer quelques secondes. La haine qu'il éprouvait pour Tristan était si irrationnelle qu'il avait du mal à la comprendre lui-même. Une pensée éphémère lui chuchota agréablement qu'il n'était même plus question de Tristan lui-même mais seulement d'Iseut, mais il la chassa bien vite, mal à l'aise. Son pied donna un coup dans le cadre en bois, avant qu'il ne se retourne et s'en aille à grandes enjambées. S'il avait l'air concentré, son cœur s'emballait et son esprit lui répétait, d'une grosse voix, que Tristan le méritait – et une autre, plus lointaine, tentait encore de lui rappeler qu'Iseut le haïssait plus encore que son mari. Aucun de ses mots calmes, de ses gestes tendres ou ses assauts passionnés n'avaient été pour lui : il avait seulement été là au bon moment. Lui, plutôt qu'un autre, qui n'aurait pas vu les choses se dérouler autrement.
Ses grandes foulées le menèrent jusqu'à la chambre à coucher, où il attrapa sans réfléchir les deux premières chemises qui tombèrent sous son regard, avant de rebrousser chemin pour se sortir de la maison.
Iseut ! Il s'approcha de la bergère, lui lançant une des bouteilles d'alcool ainsi que l'une des chemises. T'as fini de jouer, on peut s'y mettre ? Un sourire amusé fendit son visage alors que son pied tapait sans qu'il l'ait voulu dans la laitière, à terre, qui en poussa un petit cri désagréable. Ah bah oui mais si tu reste dans le chemin des gens aussi, faut pas se plaindre... De la même manière, ignorant ses petits gémissements qui semblaient peut-être, dans une certaine mesure, éventuellement exprimer la douleur, il la décala de quelques mètres pour prendre place à l'endroit qu'elle occupait.
Comme si c'était une science qui demandait grande concentration, Cúchulainn imbiba la chemise qu'il tenait d'un peu d'alcool, la coinçant autour du goulot de la bouteille à moitié remplie. Son regard se reporta sur Iseut, alors qu'il lui mettait un petit coup de coude pour l'inciter à l'imiter. Il y a un temps pour tout dans la vie, et il est temps de faire ta sauvage. Tu m'engueuleras après, allez. Débouchant à nouveau la troisième bouteille pour se désaltérer – les attaques lui donnaient grand soif –, Cúchulainn eut vite fait de la tendre à Iseut pour qu'elle fasse de même. Elle aurait beau dire ce qu'elle voudrait, rien ne vaut l'alcool pour se mettre dans l'ambiance d'un feu de joie.
Prête ? Sa main tâtonna chacune des poches de son pantalon avant qu'il ne trouve les allumettes qu'il y avait toujours de cachées. Faire du feu avec du bois ou des pierres c'est bien joli, mais ça prend du temps. Il en craqua une, le paquet bien tenu entre ses dents, pour allumer la chemise qui pendait le long de la bouteille, avant de balancer la bouteille d'un grand moulinet du bras, qui s'introduit dans la maison en en brisant un carreau; puis il se tourna vers Iseut, impatient. Allez, dépêche-toi ou la mienne aura fait tout le travail.
Mais il n'était pas aussi simple de convaincre Iseut, pas vrai ? Cúchulainn soupira face au temps mit par la bergère pour se saisir d'une allumette et balancer sa bouteille. Si j'étais toi, je n'hésiterais pas une seconde. Il entama une marche circulaire autour d'Iseut, le regard passant de la bouteille, à elle, au sol poussiéreux. Rien que de penser à ce que la personne qui m'a juré fidélité a fait avec cette vulgaire laitière... je réduirais la moindre poutre de cette maison en cendre. Il s'arrêta, dans le dos d'Iseut, et s'approcha suffisamment d'elle pour lui murmurer à l'oreille. Ton bon ramoneur, il n'a pas réfléchi avant de faire s'envoler en fumée ce qu'il lui restait de respect pour toi. Il n'y avait pas même d'aspect malsain dans le son de sa voix, seulement l'envie de la faire réagir. Qu'elle s'élance, se lâche et se consume elle aussi, qu'elle fasse éclater la rage qu'elle avait bien montré avoir enfouie. Cúchulainn voulait seulement être l'étincelle pour démarrer la flamme.

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Mer 14 Oct - 0:44



Iseut & Cúchulainn
be together, but alone, as the need for it has grown

Jamais elle n'avait lu un air aussi apeuré sur un visage. Non, plutôt, la bergère n'avait jamais été la cause de ce genre de frayeurs. Elle était celle qui rassurait les démunis, celle qui les portait à bout de bras ou tendait une main secourable lorsque leurs genoux ployaient sous le poids de leurs angoisses. Elle ne les provoquait pas, elle essayait au contraire de les atténuer. Mieux, de les faire disparaître tout à fait.

Parce qu'au fond, Iseut était une bonne âme. Elle n'avait pas rejoint les Lames de Cendres par simple intérêt personnel, mais pour ce qu'elle croyait être l'oeuvre vers un bien commun. Si elle pouvait l'éviter, elle ne créait pas de conflits gratuits ou inutiles. Elle donnait même volontiers quelques schillings à un mendiant de Ragtown lors de ses passages dans les ruelles pullulantes de ce quartier pauvre. Jusqu'ici, elle n'avait pas oublié ni qui elle était, ni d'où elle venait. La naïveté de croire qu'ils pouvaient retrouver un monde où chacun serait libre de choix et la candeur de ceux qui n'avaient pas encore fait verser le sang. La bergère sur sa petite table qui subsistait, s'accrochait, se rappelait à elle, adoucissait ses traits, hantait ses sourires et encore quelques-uns de ses rêves.

Sauf que les années s'écoulaient.
Sauf qu'elle n'avait plus de la bergère que l'origine et les souvenirs, trop peu de choses dans son présent pour s'y raccrocher réellement.
Sauf qu'il y avait la laitière, l'écho de la trahison de Tristan, la blessure de la perte d'Olga ... La mort et l'amour. La mort de l'amour.

Elle leva donc le seau encore plus haut, pour plus d'élan, pour frapper plus fort, aveuglée par une rage innommable. Que se serait-il passé si Forgéteinte ne lui avait pas retiré le récipient des mains ? Aurait-elle apprécié d'entendre l'os de sa mâchoire céder sous l'impact ? Aurait-elle pu se repaître de la couleur de son sang imbibant l'herbe grasse ? Ces interrogations ne cheminèrent pas jusqu'à son esprit encrassé par la haine. Privée de son arme de fortune, elle se contenta de se figer, ses bras retombant le long de son corps. Sans le savoir, l'homme-loup venait de l'empêcher de commettre l'irréparable. De la sauver, d'une certaine manière. Elle sentit sa main glisser le long de ses mèches et l'espace d'un battement de cils, elle se laissa aller contre cette étreinte qui n'en était pas vraiment une. Le regard de la laitière toujours au sol allait d'une silhouette à l'autre. L'une, implacable, qui la fixait avec froideur. L'autre, massive, dont l'intérêt ne se portait déjà plus sur elle. Presque jumelles. Ses paupières s'écarquillèrent davantage alors que Cúchulainn s'éloignait et que le pied d'Iseut repoussait la maigre tentative de la jeune femme pour se relever d'un coup dans le ventre. La laitière hoqueta, les larmes aux yeux, un rictus douloureux tordant ses lèvres.

" Je ... Je suis désolée, si vous sa... " " La ferme. " l'interrompit la rebelle, beaucoup trop calme. A n'en pas douter, elles se trouvaient dans l'oeil d'un véritable cyclone. La laitière se mit à ramper en arrière, trainant son énorme séant dans la terre, espérant sans doute lui échapper. Ou pas. Elle se redressa d'un bond et, prouvant qu'elle avait bien caché son jeu, se jeta littéralement sur son assaillante. Le choc passé, elle avait retrouvé tous ses moyens. L'ennui étant qu'elle faisait bien mauvais honneur aux vrais combattants, elle tenta de la griffer, de la gifler et même, de lui tirer les cheveux. Iseut n'eut pas grand mal à se dépêtrer de cette enfant en colère et, bientôt, la laitière se retrouva plaquée dos contre sa poitrine, le bras de la bijoutière entravant sa gorge. " J'espère qu'il se démerde mieux sous les draps que comme maître d'armes ! " gronda cette dernière, un amusement hystérique brillant dans sa voix. Elle aurait pu lui briser la nuque, là, sur-le-champ. C'était simple. Terriblement facile. Hors de question, également. Elle ne fit que la repousser avec violence. Et la laitière, aussi échauffée qu'elle, repartit à l'assaut.

Le petit jeu dura un moment. Un jeu, oui, c'était ainsi que la blonde considérait cet ersatz de combat. Chaque coup qu'elle esquivait, tout ceux dont elle retenait la véritable force afin de ne pas assommer son adversaire, de sa respiration alourdie par l'effort jusqu'à ses oreilles bourdonnantes et ses narines frémissantes, faisait naître en elle une sensation qu'elle n'avait jamais éprouvé. Celle d'être en vie. Elle brûlait de rire, de pleurer, de hurler et tant et plus. Tout à la fois. Elle exultait d'une énergie inédite, d'une soif sanguinaire qu'elle ne cherchait même pas à réprimer. Lorsque la laitière s'effondra, vidée et geignarde, elle en fut presque ... Déçue. L'adrénaline retomba quelque peu, cependant pas suffisamment pour qu'elle qu'elle ne soit pas désireuse d'achever son office, poing levé et à cheval sur le torse de sa victime. Elle rejeta la tête en arrière, dégageant ses cheveux de son visage rougi ... Interrompue dans son élan par la réapparition de Forgéteinte. T'as fini de jouer, on peut s'y mettre ? Sa main retomba et elle se redressa, laissant l'homme-loup dégager l'importune gémissante qu'elle ignora superbement. Soudain, elle ne l'intéressait plus tellement. " Et toi alors ? Qu'est-ce que tu fabriquais à l'intérieur ? " haleta-t-elle avant de se rendre compte qu'elle avait, machinalement, attrapé de sa main libre l'une des bouteilles d'alcool qu'il lui avait lancé. Son regard suivit les gestes de son compagnon. Elle blêmit. Il n'allait quand même pas ... " Tu n'es pas sérieux ! " Bien sûr que si ! C'était Forgéteinte ! Il était encore plus têtu qu'elle ! Il y a un temps pour tout dans la vie, et il est temps de faire ta sauvage. Tu m'engueuleras après, allez. Elle secoua la tête tout en repoussant la troisième bouteille qu'il lui tendait. Pour y boire, cette fois-ci. Prête ? " Tu ne crois pas que nous ... Que j'en ai assez fait comme ça, niveau sauvagerie ? Je n'ai aucune envie de retourner croupir dans les cachots royaux ! Pour y voir déjà fait un séjour, crois-moi qu'il est des camps de vacances beaucoup plus reposants ! " répliqua-t-elle vertement. Elle n'avait pas exactement dansé la chenille ni fait tourner des serviettes en chantant les sardines de Patrick Lasavate là-bas. A dire vrai, tout ce qu'elle y avait gagné, c'était des poux et une sainte horreur des rats. Sans compter un début de claustrophobie.

Naturellement, il ne l'écoutait pas. Déjà, la chemise qu'il avait récupéré par les contenants de verre s'imbibait et il craquait une allumette. Avant qu'elle ait pu l'arrêter, il lança son arme artisanale embrasée, le bruit des bris de verre bientôt remplacé par le crépitement d'un feu naissant. " Par la Grande Mère ! Tu es complètement malade ! " lâcha-t-elle d'une voix blanche. Définitivement, son comparse n'avait pas juste un grain, il était vraiment siphonné. Allez, dépêche-toi ou la mienne aura fait tout le travail. S'arrachant à la contemplation du début de son oeuvre, elle se tourna vers lui, mâchoire tombante. " Non ! Définitivement non ! " Elle lui tendit la bouteille, les lèvres ourlées en une grimace révulsée. Elle avait déjà dépassé d'énormes limites aujourd'hui, il ne lui en ferait pas franchir d'autres. ! Une petite parcelle de raison s'agrippait à ce qu'il lui restait de conscience. Raison que Forgéteinte semblait bien décidé à souffler comme il voulait détruire la maison de bois, mots et ballet autour d'elle à l'appui. Cette tactique calculée faisait tourner la tête et les sens de la bergère, sa détermination vacillant au gré de la tempête qu'il réveillait. Elle banda sa volonté, tentant d'ignorer l'horrible dilemme manichéen, paupières closes et lippes tremblantes. Elle ne ferait pas ça. Jamais. Elle n'était pas de ces gens-là. Elle était honnête, elle était bienveillante, elle était secourable, elle était ... Elle était ... Ton bon ramoneur, il n'a pas réfléchi avant de faire s'envoler en fumée ce qu'il lui restait de respect pour toi. Son souffle contre son oreille, sa présence dans son dos, son odeur chatouillant ses narines et cette fièvre qu'il lui communiquait ... Elle rouvrit les yeux. " Passe-moi une allumette. " se contenta-t-elle de rétorquer sur le même ton.

Elle enfila une autre chemise dans la bouteille qu'elle tenait toujours. Quelques instants plus tard, une seconde fenêtre explosait sous l'impact de son propre lancé. Hypnotisée, Iseut fixa la maison qui s'embrasait de toutes parts. Les flammes léchèrent les rideaux qu'elle avait elle-même choisi ce qui lui paraissait un siècle auparavant avant de s'attaquer aux poutres, aux murs, au toit ... Devant elle, son passé partait littéralement en fumée. Des réminiscences lointaines affluaient : Tristan et elle le jour de leur mariage, Tristan et elle le jour où ils avaient emménagé, Tristan et elle ici, Tristan et elle là ... Les images se firent nettes pour mieux s'effacer aussitôt. Dans la danse des flammes, il lui semblait que ses souvenirs en profitaient pour mourir avec les vestiges d'une existence révolue. Elle abandonnait la bergère. Elle abandonnait le ramoneur. Elle réduisait en cendres ce qu'elle n'était plus depuis longtemps et l'acceptait. Enfin.

Si l'homme-loup ne l'avait pas arraché à la scène, elle aurait pu rester ainsi des heures entières. La fumée avait dû les trahir - ou bien la laitière, laquelle avait disparu. Elle se laissa entraîner dans le bois jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment loin du lieu de leur méfait pour qu'ils puissent s'arrêter. Brisant enfin son mutisme, elle se tourna vers Cúchulainn. Ses traits ne trahissaient aucune expression. Elle paraissait comme anesthésiée. " J'ai fait brûler ma maison. " Peu à peu, un sourire naquit sur ses lèvres. " J'ai fait brûler ma maison ! " répéta-t-elle, son visage se détendant abruptement. Un soulagement intense s'y lisait alors qu'elle partait dans un petite rire. Rire qui enfla, se répercuta parmi les feuillages et agita tant ses membres qu'elle en tomba à genoux en se tenant les côtes, tête renversée. " Douce mère ! J'ai fait brûler ma maison et c'était extraordinaire ! " Le fou-rire se calmait quelque peu, aussi profita-t-elle du semblant de contrôle retrouvé sur son corps pour arracher la bouteille d'alcool restante des mains de son compagnon. A genoux, la poitrine toujours agitée de soubresauts, elle en avala une grosse rasade infâme - la moitié se renversant sur son menton et dans son décolleté, pour sa plus grande indifférence. " A la tienne, chère fortune ! " glapit-elle, hilare. Non vraiment, de mémoire de bergère, elle ne s'était jamais sentie aussi vivante. Elle reporta son attention sur le géant blond et brandit le contenant de verre dans sa direction. " Et à ta santé également, espèce de malade ! Comment fais-tu pour que, dès que tu es dans les parages, j'abandonne absolument toute raison et toute bienséance ? Quelle sort de confusion m'as-tu lancé ? D'abord la scène dans la rivière et maintenant, ça ! C'est à n'y rien comprendre ! "

Pour une fois, le ton n'était pas accusateur. A dire vrai, il était plutôt ... Complice. Ils avaient été partenaires de lames. Et voilà que depuis quelques temps, ils semblaient cheminer vers une autre voie, plus personnelle. Plus singulière, également. Après un échange de baisers fiévreux qu'elle n'aurait jamais pensé impulsé - et pourtant, elle l'avait fait -, ils brûlaient une maison ensemble. Quelle serait la prochaine étape ? Dans quoi s'engageait-elle avec lui ?

Sans mauvais jeu de mots, une partie tout à fait éveillée d'Iseut brûlait de le savoir.

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⊱ pseudonyme : songbird
⊱ tête mise à prix : travis fimmel.
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⊱ arrivé(e) le : 04/01/2015
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⊱ tes licornes : shéhérazade, marie, barthélemy
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⊱ ton conte : cúchulainn, le chien du forgeron.
⊱ ta race : bête parlante. un énorme loup blanc.
⊱ métier : combattant dans un des recoins du marché noir. celui sur lequel on mise généralement.
⊱ tes armes : une hache, camil, un bouclier. sa bestialité.
⊱ allégeance : il n'a jamais aimé les fées, celle-ci ne fait pas exception.





Sam 14 Nov - 23:57



Iseut, Cúchulainn
(head is filled, the thought unlocked.)

L'instant était suspendu pour un peu moins d'une éternité, prit dans cette folie que partagent la passion et l'impulsion. Cúchulainn était là, il était là mais pas dans le sens où tous l'auraient entendu. Debout devant cette maison en feu, ce temple de souvenirs, cet orchestre de mémoire dont les seuls instruments étaient les crépitements des flammes, il était là, partout. Il s'envolait à travers ces flammes et cette fumée. Loin, dans le ciel. Loin, entre les arbres de la forêt. Loin, jusque dans le sol et jusque dans le cœur du monde. Inspirant un grand coup, la poitrine bombée et la tête haute face à ce spectacle, resté collé au dos de sa nouvelle amie quelques instants, il était fier. Fier d'avoir vengé une femme honorable comme Iseut, fier d'avoir fait fuir de sa demeure à elle celle qui avait essayé de la remplacer – parce qu'un simple regard dirigé vers les mèches blondes de la rebelle contre lui suffisait à le convaincre que si toute personne était remplaçable, elle réussissait à elle seule à tout chambouler, à inverser tous ces mots. Fier d'avoir puni celui qui vivait en toute tranquillité dans le mensonge; dans la trahison d'une promesse faite tant à son aimée qu'aux Dieux. Oui, ce soir et malgré ce qu'allait probablement titrer le lendemain le Far Far Away Times, Cúchulainn était fier – eût-il envoyé quelques uns rejoindre les cieux que sa pensée n'aurait pas changée, trop accaparée par la présence qui faisait marcher son cerveau bien trop vite. C'était ce dont il avait besoin, après Tracassin, après la Fabrique, après Olga. De trouver quelqu'un contre qui hurler tout ce qu'il s'était refusé à hurler autrement qu'en un baiser, et Tristan était le parfait candidat.
Il ne se faisait pas même de mouron pour ce qu'il arriverait au pauvre ramoneur; il le savait bien aimé dans la Capitale, suffisamment pour que sa laitière et les autres lui construisent un abri dès le lendemain de leurs petites mains, les briques soudées par la pitié et la compassion. Quant à Iseut et lui, les Grands Méchants Loups, il ne savait pas. Ils s'en étaient toujours sorti – un événement comme celui-ci n'était pas si rare, après tout, et le pays avait d'autres soucis en cours. La laitière clamerait haut et fort, il n'en doutait pas, ce qu'elle avait retenu de son nom à lui – probablement connaissait-elle déjà celui d'Iseut sur le bout des doigts pour s'être permit de dormir dans ses draps et boire dans ses coupes – mais ça n'était rien. Au mieux, ils se cacheraient, admettons, une semaine. Au pire, ils seraient jetés aux cachots quelques jours. Aucun enfermement dans aucune cellule ne lui faisait peur après avoir été enfermé pour dix ans dans un corps qui n'était jamais le sien. La seule chose importante à retenir était la joie, le feu bien plus vivant que celui qui embrasait une maison devant eux, au creux de son estomac, à la simple pensée qu'Iseut et lui puissent enfin travailler, rire, pleurer, sourire et combattre ensemble. S'unir, face à Marraine et pour leurs amis. S'unir contre ce jean-foutre de Tristan, auquel il aurait craché dans les yeux s'il en avait eu l'occasion, dans une poésie et une délicatesse que l'on lui connaissait déjà bien.

En attendant que justice soit faite pour cet incendie, ils s'en étaient allés, bien trop loin entre les chênes pour qu'on les retrouve avant que le feu ne soit éteint. Après avoir allumé le brasier qu'était Iseut, la douce bergère, Cúchulainn ne faisait plus qu'en suivre le mouvement, sans plus réfléchir – y avait-il seulement quelque chose à penser ? Leur course stoppée pour le moment, il s'adossa à un arbre près d'Iseut, hilare et à genoux. Son rire avait du faire s'envoler les oiseaux plus vite encore que la fumée; et il se dit qu'il avait eu de la chance de devenir loup et pas corbeau. De toute sa vie, il n'aurait jamais voulu fuir loin de ce rire-là, aussi fou soit-il.
Douce mère ! J'ai fait brûler ma maison et c'était extraordinaire ! Il se surprit à sourire éphémèrement à ce spectacle de débauche un peu étrange, avant que la surprise ne le prenne de voir Iseut descendre autant d'alcool; la même Iseut qui, si droite et drapée de ses valeurs, serait avant passé pour la sainte des saints. La même Iseut qui, tête haute et fierté au vent, l'avait lui traité de sauvage, de fou, de monstre. Le vent ne faisait pour sûr pas s'envoler que les feuilles d'automne.
A la tienne, chère fortune ! Et à ta santé également, espèce de malade ! Comment fais-tu pour que, dès que tu es dans les parages, j'abandonne absolument toute raison et toute bienséance ? Quelle sort de confusion m'as-tu lancé ? D'abord la scène dans la rivière et maintenant, ça ! C'est à n'y rien comprendre ! Reprenant sa bouteille pour en siffler quelques gorgées, Cúchulainn finit par tendre la main à Iseut, ignorant ses derniers sursauts d'hilarité, pour la relever. Son attendrissement à l'égard de la blonde s'était, pour un temps, calmé; parce que le retour de flammes dont il venait à peine de réaliser l'existence commençait à peine à le piquer.
Sans le l'expliquer, il savait. Il voyait. Bien qu'à moitié loup, Cúchulainn était un homme simple, mais pas idiot. Il avait le flair, sans jeu de mots, pour voir ce genre de choses, quand il se serait il y a dix ans voilé la face. Quelque chose flottait dans l'air; pas partout, cette fois, seulement entre eux. Quelque chose qui l'attirait vers elle, qu'il s'agisse-là d'un regard ou d'une étreinte. Repensant aux mots échangés lors de leur dernière rencontre, il les sentait se remplir encore un peu plus de sens. Il sentait ses pensées s'alourdir si, comme il l'avait cru ce maudit jour, il la perdait. Dans un champ de mines, Iseut était une rose, unique, droite et bien éclose qui provoquait le destin. Le genre qu'il ne cessait de contempler, le cœur serré un peu plus à chaque fois qu'il se rappelait qu'il ne pourrait pas la cueillir. Cúchulainn ne mettrait pas cette rose-là sous verre, ne la garderait pas éternellement.
Il trouva cependant en un regard l'espoir que, peut-être, quelque part, sa bonne étoile brillait. Pour sûr chère Iseut, ce doit être mon charme naturel qui t'a fait déconner ! Un bref rire envolé, et il leva les mains en l'air, l'une d'elle toujours serrée autour de sa bouteille de compagnie. Pour la rivière en revanche : je me proclame non coupable ! Je n'ai pas été celui qui a commencé cet... incident, si tu te souviens bien. Le ton léger était en opposition complète avec la lourdeur de ses pensées, pour lesquelles il trouva bon de souffler, juste assez fort pour qu'elle l'entende – La panique qui t'habitait ce jour-là t'a poussé à m'embrasser, il n'était pas question de moi, mais d'une autre présence à laquelle te raccrocher.
Une nouvelle gorgée descendant son œsophage, Cúchulainn prit quelques secondes pour observer le ciel qui se recouvrait de fumée et le silence éloquent de la forêt. Suspendus dans leur bulle, comme toujours. Sa main essuya le goulot de la bouteille rapidement avant qu'une goutte n'en dévale le verre coloré, puis il détailla Iseut avec plus de précision. De ses yeux, intrigués, à ses lèvres, dont s'échappaient encore un peu d'alcool. Celui qu'il avait lui bu lui montait probablement un peu à la tête – ou peut-être se rassurait-il de cette manière –, puisque Cúchulainn réduit d'avantage la distance les séparant, la bergère et lui.
Il se pencha, en douceur, les yeux rivés sur cette peau de lait qu'elle lui laissait à la vue, avant d'y poser ses lèvres. Rien de comparable à leur autre rencontre, Cúchulainn avait embrassé son front, avant de la forcer d'un doigt sous le menton à relever un peu la tête, pour essuyer du bout des lèvres une goutte perdue. Il n'y en avait qu'une, et pourtant il resta là, plus longtemps qu'il ne l'aurait fallu, ses yeux remontant lentement les formes de son visage pour en arriver à ses yeux. Il n'avait pas de mots à poser sur ça, sur elle, sur lui ni même sur eux, aucun mot qui fasse sens pour décrire ce qui agitait son cœur, là, les lèvres à quelques millimètres de sa peau, meurtri en un sens de n'avoir été, cet autre jour, que celui qui s'était par chance trouvé là, plutôt que le seul qu'elle avait voulu y trouver.

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cut off a wolf's head
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